le Mardi 5 juillet 2022
le Vendredi 20 mai 2022 7:30 Société

La création comme outil de réhabilitation au Nunavut

  Elio Santos — Unsplash
Elio Santos — Unsplash
IJL — RÉSEAU.PRESSE – LE NUNAVOIX (Nunavut) – Depuis le 1er avril, les Iqalummiut peuvent se procurer des articles réalisés par les résidents d’établissements correctionnels de la Ville. Tous les objets en vente sont confectionnés dans le cadre d’un programme axé sur les compétences culturelles inuites.

Chaque vendredi, de 13 h 30 à 16 h, le Centre de guérison en milieu correctionnel Aaqqigiarvik d’Iqaluit (ACHF) ouvre ses portes à la communauté pour tenir une vente d’articles réalisés à la main par des résidents en milieu correctionnel de la ville.

En plus de quelques qamutiit, les acheteurs intéressés y trouveront notamment des sculptures de pierre à savon et d’autres pièces d’artisanat.

Un qamutiit, ou traineau à chiens.

Algkalv - Wikimedia Commons

Ce programme auquel tous les résidents d’un établissement correctionnel d’Iqaluit peuvent participer volontairement connait un grand succès parce qu’il leur permet d’en apprendre davantage sur la culture inuite.

Consultez le site du journal Le Nunavoix

Acquérir diverses compétences

Dirigé par Pauloosie Nuyalia, le programme de culture et de compétences inuites au Centre de guérison en milieu correctionnel Aaqqigiarvik se tient cinq jours par semaine, et ce, pendant la majeure partie de la journée.

Il est aussi offert au Centre pour jeunes contrevenants Isumaqsunngittikuvik, au Centre correctionnel pour femmes du Nunavut et au Centre résidentiel communautaire d’Uttaqivik.

Taylor LaVallee, directrice des politiques et des communications au ministère de la Justice du gouvernement du Nunavut, explique qu’«il y a deux éléments à ce programme : un qui se déroule sous forme de séances en classe qui parlent de la culture et des connaissances traditionnelles, et un qui est mené dans un espace hors campus désigné où les détenus de l’ACHF ont la possibilité de réaliser des projets ayant une signification culturelle et historique tout en étant supervisés».

Le Centre de guérison en milieu correctionnel Aaqqigiarvik d’Iqaluit ouvre ses portes à la communauté chaque vendredi pour une vente d’objets d’art et d’artisanat.

Gabrielle Poulin - Le Nunavoix

Parmi les articles réalisés et mis en vente, Taylor LaVallee explique qu’il y a entre autres des harpons, des uluit, des qamutiit, des parkas, des mitaines et des kamiik.

De plus, ce programme enseigne la chasse au phoque, la pêche, la cueillette de palourdes et la survie dans l’Arctique. Taylor LaVallee précise au passage que la viande récoltée au cours des activités est souvent donnée à des groupes d’ainés d’Iqaluit.

Même si elle a lieu depuis peu, la vente d’articles réalisés dans le cadre de ce programme connait déjà du succès auprès de la communauté, selon Taylor LaVallee.

«Le public est toujours heureux de s’arrêter et de regarder les divers objets d’artisanat et les sculptures en stéatite dans notre vitrine. L’avis unanime du public qui assiste à la vente de sculptures et d’artisanat est que cela va à une grande cause. Tous les clients participants ont un grand sentiment de fierté et d’accomplissement pour ce qu’ils font», affirme Taylor LaVallee.

Elle précise que 80 % du prix de vente d’un article sont remis à la personne qui l’a fabriqué, et 20 % sont versés dans un compte dédié au bienêtre des détenus.

Créer dans un contexte de réhabilitation

Taylor LaVallee est d’avis qu’en plus de permettre l’acquisition de connaissances et de compétences traditionnelles, ce programme favorise les liens avec la terre et l’interaction avec l’environnement. Il a aussi pour avantage de faire valoir que ce patrimoine doit être célébré et chéri.

De plus, Taylor LaVallee croit que ce programme favorise l’esprit de communauté et la prise de décision partagée, tout en véhiculant des notions de respect.

Sheepa Jar participe à ce programme en tant que résidente au Centre correctionnel pour femmes du Nunavut. Elle avoue aimer particulièrement la fabrication d’hameçons, de harpons et d’uluit.

«C’est formidable de pouvoir apprendre certaines des compétences que les hommes utilisent aussi et de se rendre compte que les femmes peuvent le faire tout aussi bien. J’ai appris que je pouvais faire certaines choses que je pensais être difficiles. C’est tellement agréable de pouvoir vendre ces choses ou de les envoyer à nos familles. J’ai fabriqué des têtes de harpon et j’aime savoir que ma famille peut les utiliser», dit-elle avec enthousiasme.