le Mardi 5 juillet 2022
le Lundi 16 mai 2022 13:00 Actualité

Fermeture de la pêche au hareng : Pêches et Océans surveille le stock depuis 2002

À la fin du mois de mars 2022, Pêches et Océans a annoncé sa décision de fermer la pêche au hareng.   — Archives La Voix acadienne
À la fin du mois de mars 2022, Pêches et Océans a annoncé sa décision de fermer la pêche au hareng.
Archives La Voix acadienne
IJL — RÉSEAU.PRESSE – LA VOIX ACADIENNE (Île-du-Prince-Édouard) — En mars dernier, le ministère fédéral de Pêches et Océans a annoncé sa décision de fermer la pêche au hareng et au maquereau bleu, ce qui a consterné l’industrie. La Voix acadienne s’est entretenue avec le directeur régional de la science pour Pêches et Océans, Matthew Hardy.

Biologiste pour Pêches et Océans depuis une vingtaine d’années, Matthew Hardy, originaire de l’Île-du-Prince-Édouard, est aujourd’hui le directeur régional de la science à Pêches et Océans.

Selon lui, la fermeture de la pêche au hareng n’est pas entièrement une surprise : «Nous surveillons le stock de hareng depuis 2002. On utilise l’image des feux de signalisation vert, jaune et rouge pour catégoriser l’état des stocks. Le hareng est dans le rouge depuis 2002. On a pris des mesures pour tenter de donner une chance à la ressource, en réduisant les nombres des filets et les quotas et, malheureusement, on n’a pas vu le recrutement qu’on aurait aimé voir», dit le scientifique.

En ce moment, le hareng du golfe n’est pas en voie d’extinction. Mais on remarque que les poissons sont plus petits que leurs ancêtres du même âge.

Les poissons ont un petit os dans l’oreille qui agit un peu comme les anneaux sur un tronc d’arbre et nous permet de déterminer l’âge d’un individu. On remarque que, par exemple, un poisson de 7 ans pêché en 2020 est plus petit que ne l’étaient les poissons de 7 ans par le passé. Ça nous dit que la ressource n’est pas en excellente santé. Il n’y a pas de garantie que la fermeture de la pêche aura l’effet souhaité, mais on sait que le maintien de la pêche n’aidera pas le stock à se reconstituer.

— Matthew Hardy, directeur régional de la science pour Pêches et Océans

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Le phoque à blâmer ?

Les pêcheurs soutiennent qu’ils récoltent moins de 2 % de la ressource disponible alors que les phoques et autres prédateurs prélèvent 70 % de la ressource.

Matthew Hardy ne nie pas ces chiffres, mais il tient à les remettre dans leur contexte : «Cette donnée est basée sur un échantillonnage limité, sur une période et sur une partie de la population de hareng. Deuxièmement, la chasse au phoque est permise. Cependant, il n’y a pas suffisamment de pêcheurs ou de chasseurs et les quotas permis ne sont pas récoltés.»

Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce désintéressement des chasseurs/pêcheurs de phoques. L’instabilité grandissante de la couverture de glace augmente le quotient de danger de l’activité.

En plus, la pratique a été démonisée au point que des marchés d’exportation et la recherche de débouchés ont été presque entièrement bloqués.

Le hareng est un poisson extrêmement important, car il est à la base de la chaine alimentaire de nombreuses espèces. «Il n’y a pas seulement le phoque, mais aussi le thon et d’autres espèces qui se nourrissent du hareng. On veut donner une chance au stock de se refaire. Il n’y a pas de garantie, mais on voudrait que les individus en âge de se reproduire soient en nombre suffisant, pour augmenter sensiblement le recrutement.»

Matthew Hardy rappelle qu’après des années de faiblesse, le homard est revenu en force, même chose pour le sébaste, qui a été sous moratoire plusieurs années et qui fait une remontée significative.

«On ne reste pas sans rien faire concernant le hareng. On continue de surveiller et d’évaluer la santé des stocks. Nous avons d’excellents partenaires dans l’industrie. On surveille aussi les stocks de maquereaux, [car] on s’inquiète de ne pas trouver d’individus dans des classes d’âge supérieur en nombre suffisant. C’est comme si on avait une école pleine d’enfants au primaire, mais personne au secondaire. À long terme, ça pourrait avoir un grand impact sur le recrutement, surtout du maquereau, mais également chez le hareng, où on observe un peu le même phénomène.»

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Matthew Hardy entend souvent les pêcheurs dire qu’il y a beaucoup de harengs. «Ça peut être trompeur. Lorsque le hareng se réunit à un endroit et qu’un pêcheur y est, il a l’impression qu’il y a beaucoup de poissons, mais c’est très localisé. Ça ne veut pas dire que c’est comme cela partout», dit-il.