le Samedi 26 novembre 2022
le Samedi 14 mai 2022 7:15 | mis à jour le 18 août 2022 11:41 Chroniques et éditoriaux

L’autoroute de la francophonie musicale canadienne : un peu de renouveau, beaucoup d’authenticité

L'autoroute de la francophonie musicale canadienne avec Marc Lalonde. — Photo : Tibor Janosi Mozes — Unsplash/Montage Francopresse
L'autoroute de la francophonie musicale canadienne avec Marc Lalonde.
Photo : Tibor Janosi Mozes — Unsplash/Montage Francopresse
FRANCOPRESSE – Le dénominateur commun des trois artistes en vedette dans cette chronique est une énergie contagieuse qui transporte à tout coup leurs auditeurs. On débute par Vincent Bishop, un jeune homme avec une plume surprenante, on poursuit avec le groupe d’Acadiens/Brayons La Patente et on termine en beauté avec le souvenir de Kevin McIntyre, qui évolue désormais au sein du groupe Salebarbes.
L’autoroute de la francophonie musicale canadienne : un peu de renouveau, beaucoup d’authenticité
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Quelles sont les chances que je tombe sur un album folklorique de chansons originales proposé par un jeune auteur-compositeur-interprète franco-ontarien? Eh bien, l’affaire est dans le sac grâce à Vincent Bishop!

Natif de Vancouver, mais maintenant Franco-Ontarien d’adoption, l’artiste a fait déjà fait paraitre deux albums anglophones : Out of the Dark (2015) et Ambiguous (2019), qui traite des défis que vivent les personnes autistes – l’artiste a lui-même été diagnostiqué avec le syndrome d’Asperger.

L’amour serait bienvenu est le troisième album de Vincent Bishop.

Photo : Site Web Vincent Bishop

Il nous propose désormais un premier album francophone au rythme endiablé intitulé L’amour serait bienvenu, un bouquet de mélodies accrocheuses aux rythmes rafraichissants.

Se basant sur des structures de musiques folkloriques et de chansons à répondre, Vincent Bishop réussit à nous captiver en nous offrant des trames accrocheuses bien construites, qui accompagnent d’excellents textes livrés avec une énergie contagieuse.

Ses thèmes de prédilection sont l’amour, les relations humaines et le courage, qu’il entremêle d’une charmante touche d’humour.

Tout au long de ce troisième opus, Vincent Bishop nous interpelle avec plusieurs vers d’oreille irrésistibles. Le premier en tête de liste est Dans l’air pur et clair. La deuxième version de cet extrait est presque à capella avec seulement une petite trame de percussion.

Dansons la corona est un petit velours humoristique qui nous fait du bien, tout comme La vision 20/20. Je dois également féliciter M. Bishop pour – oui une autre version! – de Mille après mille, mais tellement rafraichissante!

La pièce maitresse de l’album est selon moi Plus que tout. Elle se démarque non seulement par son style musical, mais aussi par la profondeur du texte et de la mélodie.

Après deux albums dans la langue de Shakespeare, Vincent Bishop nous propose un opus francophone vivifiant livré avec une énergie contagieuse et irrésistible.

L’auteur-compositeur-interprète se permet parfois de s’éloigner un peu du style folklorique pour explorer une facette plus profonde de son art. Espérons que ce ne soit pas son seul album francophone, car le premier rendez-vous est fort réussi!

Dans l’air pur et clair – Vincent Bishop

Des Brayons qui mordent dans la vie

Le pays des Brayons se situe dans la région du Madawaska, au nord-ouest du Nouveau-Brunswick. Un territoire pas tout à fait acadien pour certains ni québécois pour d’autres, mais certainement composé des gens fiers de leur culture.

L’illusion d’la perfection est le premier album du groupe La Patente.

Photo : Page Facebook La Patente

De ce coin de paradis nous arrive La Patente, une formation de quatre musiciens qui ont récemment fait paraitre un premier opus, L’illusion d’la perfection.

Marc Colecchio est à la voix principale et à la guitare, Mathieu Émond est au banjo et à la voix additionnelle, Marc-André Godin est à la contrebasse et à la voix additionnelle et Jeremy Ouellette est le batteur qui accompagne le groupe en spectacle.

Au carrefour du folk rock et du rock brut, la formation nous interpelle avec des riffs de guitares accrocheurs et des rythmes endiablés. Les jeux de guitare et de banjo dressent une toile de fond solide du début à la fin. Les textes, parfois crus, sont d’une vérité saisissante et nous interpellent sur le quotidien, les relations humaines et l’espoir.

Le groupe La Patente est formé de Marc Colecchio, Mathieu Émond, Marc-André et Jeremy Ouellette.

Photo : Page Facebook La Patente

L’une des plages majeures du disque est le Blues d’la bouteille, une trame de banjo extrêmement puissante qui nous envahit dès les premiers accords. Un autre bon blues est Reviens à la maison, qui partage des attributs similaires.

Le Smuggler est irrésistible grâce à sa structure évolutive très captivante, qui accompagne un des meilleurs textes. Cet opus fort intéressant se termine par Lâche pas la patate, un petit crescendo rempli de positivisme et livré tout en douceur.

Pour ceux qui recherchent un son rock francophone affranchi, L’illusion d’la perfection est un must. Pour de la guitare et du banjo sur le 220, et des grooves blues rocks solides, cet opus saura mettre la table.

Blues d’la bouteille – La Patente

Souvenir d’un son moderne

Kevin McIntyre a lancé trois albums avant de se joindre au groupe Salebarbes.

Photo : Page Facebook Kevin McIntyre

L’auteur-compositeur-interprète Kevin McIntyre est un membre influent de la formation Salebarbes. Dans une autre vie, il a lancé trois albums : Le monde est truqué (2008), Dragon mécanique (2012) et L’axe du viseur (2016.)

Mon préféré est son deuxième opus, Dragon mécanique, que je compare facilement à du bon Dumas ou encore à Malajube, mais pas tout à fait. C’est de la pop, du rock et encore plus! Kevin McIntyre nous propose en toute vérité un son particulier qui nous semble familier, mais auquel il rajoute une énergie «à la British».

L’une des pièces les plus remarquables et captivantes de cet album est Cerveau de bois, un savoureux mélange de guitares et de claviers qui captive l’attention. La force mélodique de cet artiste acadien nous enivre encore sur Triste et heureux, une des belles surprises du disque. On peut en dire autant pour Hari kiri. Mon coup de cœur de l’album est un texte magnifique de Samuel Chiasson qui s’étale sur une mélodie rock qui charme notre ouïe.

Il y a cette notion qui veut que le deuxième album soit souvent difficile à produire. Pour Kevin McIntyre, il semble que celui-ci fut son meilleur! Avec Dragon mécanique, l’auteur-compositeur interprète acadien nous a proposé un son qui lui était propre, un son rock moderne avec une couleur british qui se collait bien à sa plume dans la langue de Molière.

Cerveau de bois – Kevin McIntyre

Marc Lalonde, dit Lalonde des ondes, est chroniqueur musical depuis plus de 25 ans au sein de la francophonie musicale canadienne et animateur de l’émission radiophonique Can-Rock. Il se fait un malin plaisir de partager cette richesse dans 16 stations de radio à travers le pays chaque semaine.