le Samedi 26 novembre 2022
le Lundi 9 mai 2022 7:30 Politique

Russell: même nom, nouvelle signification

  Photo : P199_Wikimedia Commons
Photo : P199_Wikimedia Commons
IJL – Réseau.Presse – Le Droit (Ontario) – La municipalité de Russell établit finalement la signification du nom de l’endroit. Après avoir découvert, en 2020, que l’homme qui était honoré dans le nom de la municipalité avait été esclavagiste. Le conseil municipal a pris la décision de rendre hommage à d’autres dénommés Russell.
Russell: même nom, nouvelle signification
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Le conseil municipal de Russell a officiellement retiré Peter Russell de la définition du nom de la municipalité lors de la réunion du 2 mai dernier. Ce dénommé Russell, premier administrateur du Haut-Canada en 1796, employait des esclaves dans le Haut-Canada, aujourd’hui l’Ontario, à l’époque où cette pratique était encore légale.

En juin 2020, le conseil municipal avait pris la décision de changer la signification du nom de la municipalité plutôt que de changer de nom tout court, ce qui aurait engendré des coûts importants. Au début de l’année, la communauté a été invitée à soumettre des suggestions de personnes à honorer. Un comité de révision s’est chargé de revoir toutes les soumissions pour en vérifier les antécédents.

«Le conseil a pris la décision de nommer [la municipalité] en l’honneur des résidents qui avaient le nom Russell, qui ont eu un impact positif sur notre communauté», souligne le maire, Pierre Leroux.

Pierre Leroux, le maire de Russell.

Photo : Patrick Woodbury, Archives Le Droit

Il donne comme exemple Russell Phair qui, dans les années 1960, en plus d’être barbier, a été le chef pompier, le chef de la police et était très actif dans la communauté, rappelle M. Leroux. Keith Russell et Bertrand Russell, philosophe qui a remporté le prix Nobel de littérature en 1950, ont aussi été nommés.

Le conseil soutient que ce n’est pas une tentative d’effacer leur histoire, mais plutôt de montrer qu’il s’efforce d’évoluer. À la suite de cette saga, il y a deux ans, un comité sur la diversité, l’équité et l’inclusion communautaire a été créé au sein du conseil.

«Ça ne change rien, à part que nous reconnaissons que Peter Russell n’est plus le représentant et n’a plus cet honneur. C’est plus une déclaration qu’autre chose. […] On s’en va dans une autre direction», déclare M. Leroux.

Il mentionne que malgré son passé esclavagiste, Peter Russell n’était pas connu par la communauté. «Quand on a pris la décision il y a deux ans, oui il y a des gens qui voulaient changer de nom, mais 99,9% de la municipalité, même moi, n’avaient aucune idée de qui était Peter Russell. Ce n’est pas lui qui a créé le village, mais on a de l’amour pour le nom Russell. […] Peter Russell n’a jamais mis le pied dans la communauté.»

Bel accueil dans la communauté noire

Les valeurs et les mentalités ont grandement évolué depuis le 18siècle rappelle le vice-président de la Coalition des Noir.e.s francophones de l’Ontario (CNFO), Patrick Auguste.

La mairie de Russell.

Photo : Patrick Woodbury, Archives Le Droit

«Il y a un contexte dans lequel la personne a évolué qui fait que ce qui était à l’époque normal et moral ne l’est plus aujourd’hui. Dans le contexte de l’époque, de condamner quelqu’un parce qu’il aurait possédé des esclaves, ne fait pas de cette personne quelqu’un d’immoral», relève-t-il.

Le résident d’Ottawa est très heureux de la décision prise par la municipalité, puisqu’elle remet les pendules à l’heure sur les conduites à adopter au 21e siècle.

«C’est positif qu’on ait retiré l’honneur de quelqu’un en se basant sur les valeurs d’aujourd’hui, parce que ça lance un message. On dit “Si vous vous comportez de cette façon-là aujourd’hui, vous ne serez pas honoré”. […] Ça permet de mettre de l’avant les valeurs d’aujourd’hui.»

En 2020, une pétition sur Change.org pour que le nom de la municipalité reste le même avait reçu plus de 1600 signatures.

«Je trouve que le compromis qui a été trouvé est formidable, conclut M. Auguste. Étant donné que les gens aiment ce nom et y sont habitués, on honore un autre Russell.»