le Lundi 5 Décembre 2022
le Lundi 25 avril 2022 13:00 Éducation

Un sous-financement «chronique» met de la pression sur l’U de M

Le recteur et vice-chancelier de l’Université de Moncton, Denis Prudhomme.  — Simon Delattre — Acadie Nouvelle
Le recteur et vice-chancelier de l’Université de Moncton, Denis Prudhomme.
Simon Delattre — Acadie Nouvelle
ACADIE NOUVELLE (Nouveau-Brunswick) — Depuis des années, les dépenses de l’Université de Moncton sont à la hausse, mais son financement public n’augmente pas au même rythme. Des associations étudiantes et de professeurs témoignent des impacts de cette situation qui ne semble pas vouloir s’estomper.
Un sous-financement «chronique» met de la pression sur l’U de M
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Face à ce que son recteur qualifie de sous-financement «chronique», l’Université de Moncton a dû se serrer la ceinture au cours de la dernière décennie. Alors que ses dépenses peuvent augmenter de 3 à 4 millions $ par an, les subventions qui proviennent du gouvernement provincial n’ont augmenté que de 700 000 $ cette année.

Cette allocation totalisant 70,7 millions $ représente 62 % du financement de l’institution. Le reste, en grande partie, provient des frais de scolarité, que l’université a dû augmenter de 8 % pour deux années consécutives, puis de 2 % cette année.

Pour remédier à cette situation, le président de la Fédération des étudiantes et étudiants du campus de l’Université de Moncton (FÉÉCUM), Jean-Sébastien Léger, réclame une augmentation du financement aux universités ajustée en fonction de l’inflation, qui a atteint un niveau record de 5,7 % en février.

Le Dr Denis Prud’homme, recteur de l’Université, abonde dans le même sens. «Ce serait l’idéal», dit-il.

«Le gouvernement nous demande d’être plus efficients et efficaces, et on peut l’être jusqu’à un certain point. (…), Mais l’université a déjà coupé entre 25 et 30 millions $ sur un budget qui était autrefois de 150 millions $. […] »

On a fait pas mal de coupures et maintenant, on a un nombre de professeurs qui, si on descend plus bas, va commencer à affecter la qualité de l’enseignement.

— Denis Prud’homme, recteur de l’Université de Moncton

Dr Prud’homme affirme aussi que l’université devra bientôt investir près de 10 millions $ pour améliorer ses infrastructures ainsi que son offre de technologies et de services aux étudiants.

Même si le portrait financier de l’université est plus favorable que prévu à la suite de la pandémie — elle affiche un surplus de 1,2 million $ à son budget —, le recteur estime que l’institution doit faire preuve de vigilance face à la faible augmentation des subventions provinciales.

Des conséquences sur les étudiants et les professeurs

Jean-Sébastien Léger affirme que cette précarité financière se reflète sur la situation des étudiants.

«Les universités ont une baisse de revenu et elles sont obligées de refiler la facture aux étudiants. C’est déplorable, et malheureusement ça contribue au surendettement», explique le président de la FÉÉCUM, en ajoutant que la dette moyenne d’un étudiant au Nouveau-Brunswick se chiffre maintenant à 40 000 $.

Les compressions à travers les années ont aussi eu un impact sur l’offre en éducation, selon lui :

Je vais donner mon exemple : je suis en finances, un programme bien reconnu à l’Université de Moncton. En raison des coupes budgétaires des dernières années, on a seulement des cours de 18 h à 21 h, même si je suis un étudiant à plein temps. Je ne suis pas le seul dans cette situation.

— Jean-Sébastien Léger, président de la Fédération des étudiantes et étudiants du campus de l’Université de Moncton

Il souligne l’investissement récent de 1,4 million $ de l’université dans les services aux étudiants, y compris pour l’embauche d’une psychologue à temps plein, mais affirme que les coupures des dernières années ont des impacts sur la santé mentale ainsi que sur l’engagement des étudiants.

Les professeurs ressentent une pression semblable. La présidente sortante de l’Association des bibliothécaires, professeures et professeurs de l’Université de Moncton (ABPPUM), Malaïka Bacon-Dussault, affirme que l’université remplace souvent des professeurs par des chargés de cours lorsqu’ils quittent leur poste : «Ce n’est pas une mauvaise chose non plus, mais ça ne devrait pas être une habitude de l’université de ne pas remplacer des professeurs qui partent ou qui prennent leur retraite.»

Elle indique aussi que les responsabilités des professeurs ne se limitent pas à l’enseignement, et que leurs autres fonctions ont souffert en raison de la situation actuelle.

«Leur charge administrative a augmenté, et quand on essaie de jongler entre un programme de recherche, des tâches administratives et un programme d’enseignement — avec la pandémie —, ça met beaucoup de stress sur le corps professoral.»

Un financement prévisible

Trevor Holder, ministre de l’Éducation postsecondaire, de la Formation et du Travail, se dit ouvert à discuter financement avec la direction de l’Université de Moncton.

Le ministre affirme aussi vouloir signer une entente de cinq ans, renouvelable pour cinq ans de plus, avec les quatre universités publiques de la province pour que ces institutions sachent à l’avance quel financement elles auront de la part du gouvernement provincial.

Mais il ne précise pas si elles peuvent s’attendre à une augmentation de leurs subventions ou si les hausses annuelles seront ajustées en fonction de l’inflation, en affirmant que ces discussions sont toujours en cours.

Le ministre Holder affirme qu’un «changement de culture» s’impose et que des subventions additionnelles seront désormais réservées aux universités qui atteindront des objectifs de recrutement d’étudiants.

Je ne crois pas vraiment que le simple fait de verser de l’argent améliore une situation. Nous devons nous assurer que nos investissements sont stratégiques et que nous obtenons les résultats dont nous avons besoin.

— Trevor Holder, ministre de l’Éducation postsecondaire, de la Formation et du Travail au Nouveau-Brunswick

Il explique que le Nouveau-Brunswick traine de la patte en matière de recrutement face aux autres provinces et que le gouvernement veut inciter les universités à y remédier.

En plus d’une augmentation de 1,5 % de leur financement cette année, les universités publiques — l’Université de Moncton, l’Université du Nouveau-Brunswick, l’Université de Mount Allison et l’Université St Thomas — recevront une hausse de 1 % supplémentaire s’ils atteignent leur objectif, qui n’a pas encore été précisé.

Il affirme aussi qu’une part du financement de la province aux universités leur sera versée par l’entremise d’incitatifs à la formation de travailleurs dans des domaines prisés par le marché du travail, comme les services de santé.