le Samedi 26 novembre 2022
le Dimanche 24 avril 2022 7:30 Sciences et environnement

L’Arctique sous la loupe de scientifiques canadiens

Le glacier Bologna se situe dans le parc national Nahanni, à la frontière avec le territoire du Yukon.  — Courtoisie Ressources naturelles Canada
Le glacier Bologna se situe dans le parc national Nahanni, à la frontière avec le territoire du Yukon.
Courtoisie Ressources naturelles Canada
ARTICLES DE L’ARCTIQUE (Arctique) – Deux équipes de glaciologues visitent actuellement les calottes glaciaires du Nunavut et des Territoires du Nord-Ouest afin d’étudier la progression de la fonte des glaces. Ces expéditions organisées par Ressources naturelles Canada permettront de relever les données accumulées par les stations météorologiques et d’observer les transformations subies par les glaciers.
L’Arctique sous la loupe de scientifiques canadiens
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Depuis le 16 avril et jusqu’au le 29 mai 2022, une première équipe se rend sur les calottes glaciaires d’Agassiz, de Meighen, de Devon et de Grise Fiord au Nunavut, ainsi que sur la calotte glaciaire de Melville aux TNO. L’équipe de glaciologues est partie de Resolute Bay, hameau situé à l’extrême nord du passage du Nord-Ouest, sur l’ile Cornwallis.

Danielle Hallé, candidate au doctorat en glaciologie à l’Université de Waterloo en Ontario, fait partie de l’équipe de trois personnes. Sa recherche doctorale porte sur les effets du changement climatique sur les calottes glaciaires, c’est-à-dire les masses de glace d’eau douce qui reposent sur la terre ferme, et les glaciers de l’Arctique canadien de façon plus générale.

Danielle Hallé, candidate au doctorat en glaciologie à l’Université de Waterloo en Ontario, fait partie de l’équipe.

Twitter Danielle Hallé 

L’étudiante se concentre en particulier sur les impacts de la fonte de la glace en surface : «Au cours de cette expédition, je forerai des carottes de neige peu profondes sur la calotte glaciaire du Devon pour documenter les changements récents dans la sous-surface du glacier jusqu’à quatre mètres de profondeur», précise-t-elle.

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Des dommages subis par l’équipement

À cette période de l’année et à ces latitudes, le froid et le blizzard sont extrêmes. L’équipe s’attend à faire face à des conditions de travail difficiles. Les onze stations météorologiques, dont cinq sont placées sur la calotte glaciaire Devon, peuvent aussi subir des dommages causés par la fonte de la glace.

Je serais surprise s’il n’y avait aucun dommage causé aux stations météorologiques. Elles font face à des conditions très rudes, notamment des vents violents et la fonte qui peuvent déstabiliser le support des stations météo.

— Danielle Hallé, candidate au doctorat en glaciologie à l’Université de Waterloo

Occasionnellement, ces stations suscitent aussi la curiosité de la faune comme le renard arctique ou l’ours polaire, qui peuvent aussi endommager le matériel.

«Un ours peut pousser une station météo et l’aplatir dans la neige. Il n’y a pas grand-chose que nous puissions faire pour empêcher que cela se produise!», précise Bradley Danielson, chercheur en sciences physiques à la Commission géologique du Canada (CGC) et membre de l’expédition.

Une fonte intense

L’un des objectifs de cette expédition est l’évaluation du bilan massique, c’est-à-dire la différence entre la quantité de chutes de neige hivernale et la fonte estivale de chaque glacier.

Mme Hallé s’attend à relever des taux de fonte élevés : «La chaleur excessive en Arctique continue de créer des températures estivales chaudes pour la région. Avec chaque année plus chaude, la température du manteau neigeux au sommet du glacier devient plus difficile à refroidir pendant l’hiver et prépare le glacier à une fonte accrue lorsque les années précédentes ont également été consécutivement chaudes.»

Les données relevées sur le terrain permettent notamment une compréhension de l’ampleur des changements observés dans les glaciers et les mécanismes à l’origine de cette évolution afin d’évaluer la contribution des glaciers à la hausse globale du niveau des océans et des effets sur les écosystèmes.

Carte qui montre la délimitation des glaces entre juillet 2021 et mars 2022.

Lambert Baraut-Guinet - Médias ténois

«Nos données pluriannuelles sont essentielles pour comprendre l’évolution de ces glaciers et pour se faire une idée de l’avenir», indique le chercheur de la CGC David Burgess, lui aussi membre de l’expédition.

Des drones au service de la science

Une seconde équipe, dirigée par Mark Ednie de la CGC, se rendra dès le mois de mai 2022 sur le glacier Bologna, au cœur du parc national Nahanni, après plusieurs jours passés sur le glacier Helm en Colombie-Britannique.

Le glacier Bologna intéresse particulièrement cette équipe, qui sera munie de drones afin de collecter des images de haute résolution et ainsi cartographier la surface du glacier.

La surface de ce glacier évolue continuellement. De nouvelles crevasses et de nouveaux réseaux de drainage se forment et disparaissent régulièrement. L’eau de fonte du glacier, qui a fortement reculé depuis 2007, s’écoule dans la rivière Nahanni Sud qui traverse le territoire ancestral des Premières Nations du Dehcho.

Articles de l’Arctique est une collaboration des cinq médias francophones des territoires : les journaux L’Aquilon, l’Aurore boréale, et Le Nunavoix ainsi que les radios CFRT et Radio Taïga.