le Mardi 17 mai 2022
le Samedi 23 avril 2022 7:15 Politique

Présidentielles françaises vues du Canada

  Photo : Anna Tis – Pexels
Photo : Anna Tis – Pexels
FRANCOPRESSE – L’élection présidentielle française de 2022 fait appel aux 94 940 Français établis au Canada. Alors que plusieurs iront voter le 24 avril et d’autres peineront à faire entendre leur voix, faute d’avoir accès à des lieux de vote. Cette réalité relance le débat du vote en ligne qui fera une première apparition lors des législatives en juin.

Bien que la majorité des électeurs inscrits au Canada n’aient pas exercé leur droit de vote au premier tour, le consul général de France à Vancouver, Nicolas Baudouin, observe «une belle mobilisation» en Alberta et en Colombie-Britannique au niveau des volontaires et bénévoles qui tiendront les bureaux de vote lors du deuxième tour, le dimanche 24 avril.

Les Français devront alors se prononcer pour élire à la présidence Emmanuel Macron du parti La République en marche, qui sollicite un second mandat, ou Marine Le Pen, représentante du Rassemblement national.

Les résultats du premier tour sont disponibles sur les sites Web des consulats français : Québec, Moncton, Montréal, Toronto et Vancouver.

Des enjeux particuliers pour les ressortissants français

Maëva Leblanc, originaire du nord-est de la France, est arrivée à Ottawa en 2014 et s’intéresse à divers aspects de la politique française depuis son arrivée au pays.

Photo : Godwin Daniel Photography

Maëva Leblanc est arrivée à Ottawa en 2014. Elle remarque accorder plus d’importance à certains enjeux dans son pays d’origine depuis son arrivée au Canada.

«Pour moi, [l’environnement] est quelque chose de super important. En tant que Française à l’étranger, qui a beaucoup voyagé dans le monde, c’est quelque chose qui me touche beaucoup. De voir comment les autres pays font les choses, ça m’impacte aussi», affirme Maëva Leblanc.

En tant que Française à l’étranger, elle se sent interpelée par tout ce qui touche les politiques d’immigration : «Ça impacte énormément le fait d’être protégé à l’étranger. […] Les retraites aussi, le fait de pouvoir les récupérer quand on rentre en France, le fait de pouvoir avoir des héritages ; je pense qu’il y a beaucoup de choses qui pourraient changer dans certaines politiques [en France].»

Chloé Liberge est arrivée au Canada à la mi-mars avec un permis vacances-travail. Pendant ces élections, celle qui est maintenant journaliste au journal Le Franco, en Alberta, s’intéresse surtout aux candidats qui valorisent la jeunesse et les échanges dans le monde.

Elle mentionne notamment le programme Erasmus, qui rend possible des séjours à l’étranger pour les étudiants, les stagiaires, les enseignants et formateurs, et pour les jeunes en général afin d’accroitre leur employabilité et leurs compétences.

«Il y a pas mal de personnes qui veulent que ce programme reste et continue pour permettre aux jeunes de faire des projets à l’extérieur, que ce soit pour l’école ou pour faire des stages», explique-t-elle.

Nicolas Baudouin est consul général de France à Vancouver.

Voter en région

Pour les Français établis en région, le consul Nicolas Baudouin rappelle la possibilité de voter par Internet pour les législatives de juin : «C’est la première fois que, pour les élections législatives, cette possibilité sera offerte aux ressortissants français inscrits sur la liste électorale.»

Cela n’est toutefois pas encore possible pour les autres rencontres aux urnes, qui doivent se faire soit par procuration, soit dans les bureaux de vote.

Des présidentielles en deux tours

Les Français, ainsi que les ressortissants établis à l’étranger, votent au premier tour afin de déterminer les deux candidats qui passeront au deuxième tour. Au deuxième tour, le candidat qui obtient la majorité des voix devient président.

Des législatives en deux tours

Les élections législatives permettent d’élire les députés à l’Assemblée nationale.

Les députés sont élus au scrutin majoritaire à deux tours.

Méthodes de vote pour les Français à l’étranger

Une fois inscrits au registre consulaire et aux listes électorales consulaires en ligne, les ressortissants français peuvent voter dans un bureau de vote assigné ou faire voter un résidant français par procuration.

Les mêmes principes s’appliquent aux élections législatives auxquelles s’ajoutera le vote par Internet pour la première fois cette année.

Anne Gutknecht, qui réside au Canada depuis maintenant 10 ans, raconte qu’il y a quelques années, lorsqu’elle habitait à Kingston, en Ontario, elle devait se déplacer jusqu’à Toronto pour voter. Un trajet de presque trois heures.

Anne Gutknecht s’est établie au Canada il y a dix ans et vit dans la région d’Ottawa.

Photo : Courtoisie

Une fois rendue, elle pouvait attendre jusqu’à «cinq heures à chaque fois. […] Il faut vraiment que tu croies en la démocratie pour rester autant de temps».

Maintenant établie dans la région d’Ottawa, elle attribue les longues heures d’attente au nombre restreint d’isoloirs prévus pour des milliers d’électeurs et pense que «ça serait bien qu’ils passent au vote électronique. […] On a assez de moyens aujourd’hui pour sécuriser ce genre de chose».

Quand le professeur émérite à la Faculté de gestion de l’Université Laurentienne Jean-Charles Cachon était étudiant, il n’avait pas les moyens de se déplacer pour aller voter. Désormais consul honoraire de France à Sudbury, il peut valider les procurations et s’occuper de les envoyer au consulat pour ceux qui habitent en région.

Un débat qui suscite les ardeurs

Le vote par Internet demeure fait polémique, mais selon Jean-Charles Cachon, en raison des distances et des gens qui voyagent, «l’idéal serait qu’on puisse voter par correspondance et par Internet à toutes les élections».

Jean-Charles Cachon effectue son dernier mandat en tant que consul honoraire de France à Sudbury.

Photo : Courtoisie

Pourvu que le consul ait une copie du passeport ou d’une carte d’identité de l’électeur, il est d’avis que «si on parle strictement des procurations et de l’établissement de l’identité, l’usage de Zoom devrait permettre d’établir l’identité des gens».

Dans le cas des renouvèlements de pièces d’identité françaises, «le problème des gens, c’est surtout quand ils doivent comparaitre en personne devant le consul honoraire, explique Jean-Charles Cachon. Comme il y a des gens qui sont dans des régions éloignées, ils peuvent être à Timmins ou dans une réserve autochtone, des fois ils doivent faire plusieurs centaines de kilomètres».

«On utilise un logiciel qui appartient au gouvernement français [qui] ne peut pas être capté par un ordinateur normal. […] C’est quelqu’un du consulat qui doit se déplacer pour tenir une permanence consulaire», explique-t-il.

En raison de la pandémie, il n’y a pas eu de permanence consulaire à Sudbury depuis deux ans, selon Jean-Charles Cachon.

Même s’il voit quelques points à améliorer, il défend que la France soit «l’un des pays qui offrent le meilleur service aux citoyens à l’étranger. […] Le réseau consulaire français est tout de même très bien installé».

Sa motivation à être consul honoraire est la même qu’il y a vingt ans : «J’ai profité probablement d’un des meilleurs systèmes d’éducation au monde et je considère que j’ai une dette envers la France. […] Pour moi, c’est un souci de donner le meilleur de ce que peux donner au service public français.»