le Dimanche 22 mai 2022
le Vendredi 15 avril 2022 7:30 Politique

Blaine Higgs a rompu une promesse électorale sur trois

Blaine Higgs, premier ministre du Nouveau-Brunswick.  — Alexandre Boudreau - Acadie Nouvelle
Blaine Higgs, premier ministre du Nouveau-Brunswick.
Alexandre Boudreau - Acadie Nouvelle
ACADIE NOUVELLE (Nouveau-Brunswick) – À partir de l’outil Polimètre, qui mesure le taux de réalisation de promesses électorales des élus, le professeur à l’École des hautes études publiques de l’Université de Moncton Gabriel Arsenault a montré que le premier ministre du Nouveau-Brunswick n’a pas respecté le tiers de ses promesses électorales.

De novembre 2018 à aout 2020, Blaine Higgs n’a pas tenu 43 % de ses promesses électorales. Depuis le début de son second mandat, il a rompu celle de doubler la superficie des aires conservées et protégées du Nouveau-Brunswick avant 2021.

«C’est beaucoup de façon absolue, mais c’est normal si on compare aux gouvernements d’ailleurs au Canada», a déclaré Gabriel Arsenault lors d’une conférence à l’Université de Moncton (U de M).

Le chercheur a proposé quatre hypothèses pour expliquer le non-respect de promesses électorales : le changement d’avis à la formation du gouvernement, les vétos institutionnels (interdictions juridiques, opposition politique, etc.), la fin prématurée d’un mandat, et un choc imprévisible (la pandémie, par exemple).

«Plus de 50 % des promesses rompues par M. Higgs l’ont été à cause de la première hypothèse, a remarqué M. Arsenault. C’est intéressant sur le plan démocratique, mais c’est assez typique pour un gouvernement qui exerce le pouvoir pour la première fois. La littérature scientifique le montre.»

Le professeur a précisé qu’un changement d’avis peut résulter d’une malhonnêteté au moment de la formulation d’une promesse, mais aussi du manque d’accès à des experts (aux hauts fonctionnaires, par exemple).

Il y a peut-être cinq promesses qui seront rompues durant le second mandat de M. Higgs. Ça confirme la règle générale. Le gouvernement sait maintenant ce qui est réaliste ou pas.

— Gabriel Arsenault, professeur à l’École des hautes études publiques de l’Université de Moncton

Stéphanie Collin, chercheuse à l’École des hautes études publiques de l’Université de Moncton.

Cédric Thévenin - Acadie Nouvelle

Il a précisé que la pandémie a forcé le premier ministre à revenir notamment sur sa promesse d’économiser 20 millions de dollars en réduisant les paiements de la dette grâce à une gestion fiscale resserrée (les économies réalisées ont été plus faibles).

À noter que durant son premier mandat, le gouvernement Higgs a partiellement réalisé 24 % de ses promesses et en a tenu le tiers.

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Santé

La majorité des engagements que le premier ministre progressiste-conservateur a pris au sujet de la santé pour son premier mandat se sont retrouvés dans le plan dévoilé par son gouvernement en novembre 2021, selon la professeure Stéphanie Collin de l’École des hautes études publiques de l’U de M.

«On croit que la COVID-19 pourrait avoir [eu] des conséquences, soutient-elle. Quand on parle au ministère de la Santé, il dit que toutes ses ressources ont été virées vers la pandémie, ce qui met des bâtons dans les roues des promesses dans ce secteur.»

Le gouvernement a présenté cinq grands axes dans son plan : l’accès aux soins de santé primaires, aux chirurgies, aux traitements des dépendances et de la santé mentale, un système connecté, et un soutien pour le vieillissement à domicile.

«L’échéance pour un réseau d’excellence est 2026, a noté Stéphanie Collin. Les promesses du gouvernement permettent de savoir là où on s’en va et comportent des cibles intéressantes.»

La chercheuse a toutefois fait valoir que la préparation d’une stratégie est l’étape la plus simple de la gestion de changements.

«L’exécution et la réalisation des promesses sont les phases les plus importantes, a-t-elle souligné. Nous verrons leur déroulement dans les prochaines années.»

Municipalités

Blaine Higgs a aussi négligé ses promesses concernant la gouvernance locale durant son premier mandat, probablement à cause des élections anticipées.

Depuis son deuxième mandat, le gouvernement progressiste-conservateur est majoritaire. Les choses ont donc bougé très rapidement.

— Christine Paulin, chercheuse à l’École des hautes études publiques de l’U de M

Elle a indiqué qu’il s’est seulement écoulé quatre mois entre septembre 2020 et l’amorce de la réforme, en janvier 2021.

«C’est un grand ménage de printemps, a déclaré Christine Paulin à propos des mesures décrites dans le livre blanc du gouvernement, faisant passer le nombre d’entités de gouvernance locale de 340 à moins de 100. On s’en va ailleurs!»