le Dimanche 22 mai 2022
le Lundi 11 avril 2022 13:00 Francophonie

Un sondage démontre un fort appui au bilinguisme au Nouveau-Brunswick

  Photo : Archives Acadie Nouvelle
Photo : Archives Acadie Nouvelle
ACADIE NOUVELLE (Nouveau-Brunswick) – Les résultats d’un sondage publié par la commissaire aux langues officielles du Nouveau-Brunswick indiquent que 81 % des Néobrunswickois sont en faveur du bilinguisme et de la Loi sur les langues officielles de la province, et ce, malgré des mythes sur les exigences linguistiques qui perdurent.

Un sondage de la firme MQO Research commandé par la commissaire aux langues officielles du Nouveau-Brunswick, Shirley MacLean, a repris les thèmes d’un coup de sonde similaire mené en 2009 pour le compte de son bureau.

D’après les résultats du sondage mené en octobre 2021 auprès de 800 résidents de la province, 95 % des francophones et 73 % des anglophones appuient le concept d’une loi sur les langues officielles.

Shirley MacLean, commissaire aux langues officielles du Nouveau-Brunswick.

Photo : Mathieu Roy-Comeau – Acadie Nouvelle

«Il y a toujours des améliorations à faire, mais pour l’instant je trouve que ces statistiques sont encourageantes», dit Shirley MacLean.

Elle souligne aussi que le bilinguisme officiel bénéficie d’un appui dans toutes les régions de la province, mais les régions où l’appui est le plus fort sont aussi celles où la proportion de francophones est plus élevée.

Chez les anglophones qui s’opposent à ce concept (24 %), plusieurs répondants ont mentionné un mythe selon lequel le gouvernement privilégie les francophones et les personnes bilingues pour les opportunités d’emploi.

Shirley MacLean précise toutefois que même s’il y existe des postes bilingues, la Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick (LLO) n’exige pas que tous les emplois du gouvernement soient pourvus par des personnes bilingues.

«Selon les derniers rapports que nous avons vus, plus de 50 % des possibilités d’emploi annoncées par le gouvernement du Nouveau-Brunswick étaient classées comme unilingues anglophones.»

Elle affirme que cette fausse croyance persiste malgré tout, et qu’il est du ressort de son bureau d’informer la population pour dissiper ce mythe.

Cette croyance avait également été rapportée par 26 % des opposants au bilinguisme officiel lors du dernier sondage en 2009.

«C’est un mythe qui se propage en raison d’une incompréhension», dit-elle.

Consultez le site de l’Acadie Nouvelle

Méconnaissance de la loi

Shirley MacLean relève aussi que 50 % des personnes contactées par la firme de sondage n’avaient jamais entendu parler de la LLO, et que seulement 1 % la connaissaient suffisamment bien pour l’expliquer à quelqu’un d’autre.

De plus, 39 % des répondants ont indiqué qu’ils ne savaient pas où ils devraient porter plainte si leurs droits linguistiques n’étaient pas respectés.

La commissaire a annoncé qu’une campagne de publicité sera lancée au cours de la prochaine année pour informer la population de ses droits linguistiques.

[Les Néobrunswickois] ont non seulement le droit de demander à être servis dans la langue de leur choix, mais aussi de se voir offrir d’être servis dans la langue de leur choix par les ministères et organismes provinciaux. Donc c’est à mon bureau de les conscientiser.

— Shirley MacLean, commissaire aux langues officielles du Nouveau-Brunswick

Lorsqu’on lui a demandé de commenter la décision du gouvernement d’accueillir deux anciens membres de la People’s Alliance, la commissaire a affirmé qu’elle ne pouvait pas émettre de déclaration politique en tant qu’agente indépendante de l’Assemblée législative.

«Mais quand même, à mon avis, tous les politiciens, et probablement surtout le gouvernement, ont une responsabilité de soutenir, ou devraient soutenir, les progrès vers l’égalité réelle pour les deux communautés linguistiques. […] Et je pense aussi que les statistiques démontrent très bien un soutien en faveur du bilinguisme, donc espérons que le gouvernement prendra cela en considération aussi.»

La commissaire a également demandé au gouvernement de se prononcer sur le rapport de la Loi sur les langues officielles publié en décembre. Le premier ministre Blaine Higgs a affirmé la semaine dernière qu’il a l’intention d’y répondre en juin.

«On se demande s’il y aura un projet de loi qui sera déposé à l’automne. Le temps commence à couler, et je suis personnellement très inquiète, comme commissaire, qu’on n’ait pas eu de réponse et qu’on n’ait accepté aucune recommandation spécifique», indique Shirley MacLean.

À lire aussi : Langues officielles au N.-B. : pas de projet de loi au printemps (Acadie Nouvelle)

«Manque de leadeurship politique»

Alexandre Cédric Doucet, président de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB), trouve «intéressant» que le niveau d’appui envers le bilinguisme officiel soit demeuré élevé.

Il constate toutefois qu’il y a une «méconnaissance» de la LLO et de ses impacts positifs.

C’est clair qu’il y a un manque de leadeurship politique au niveau de la Loi sur les langues officielles et du bilinguisme institutionnel en général, et je pense que ce fardeau-là [repose] sur les élus.

— Alexandre-Cédric Doucet, président de la SANB

M. Doucet affirme que la LLO est méconnue chez les députés provinciaux.

«C’est inquiétant. Je dis toujours un peu à la blague que les députés passent plus de temps à maitriser leur formulaire de dépenses qu’à maitriser la LLO, et c’est une défaillance majeure.»

Il explique que c’est pour cela que la SANB a demandé la création d’un comité permanent de l’Assemblée législative sur les langues officielles. Les députés seraient ainsi informés et pourraient plus facilement défendre la LLO sur la place publique, selon lui.