le Mardi 4 octobre 2022
le Jeudi 7 avril 2022 7:30 Sports

Redonner confiance aux filles, un pas de course à pied à la fois

Selon le rapport du Groupe d’évaluation des programmes sociaux de la Faculté d’éducation de l’Université Queen’s, les filles forment le groupe le moins actif. — Photo : Daniel Reche – Pexels
Selon le rapport du Groupe d’évaluation des programmes sociaux de la Faculté d’éducation de l’Université Queen’s, les filles forment le groupe le moins actif.
Photo : Daniel Reche – Pexels
L’AURORE BORÉALE (Yukon) – Depuis septembre 2021, Natalie Thivierge retrouve tous les mardis une quinzaine de filles âgées de 10 à 14 ans pour une séance de course à pied et des échanges sur l’hygiène de vie. Pourquoi? Pour les aider à améliorer leur santé mentale tout en étant actives.
Redonner confiance aux filles, un pas de course à pied à la fois
00:00 00:00

Natalie Thivierge n’a pas toujours été sportive. Pourtant, à 43 ans, elle vient de relever un défi personnel.

Le 19 février 2022, elle a couru 160 kilomètres sur des sentiers yukonais en étant accompagnée presque tout du long par une trentaine de proches venus la rejoindre le temps de courir avec elle 1, 10 ou même 60 kilomètres.

Quelques jours après l’exploit, elle a encore de la difficulté à se rendre compte qu’elle en a été capable.

Il faut dire que la mère de famille n’a pas vraiment eu de belles expériences sportives dans sa jeunesse :

J’ai essayé de faire du sport, mais je n’avais pas l’attention nécessaire. En 6e année, j’ai tenté la course à pied, mais on ne savait pas comment nous entrainer. J’ai pratiqué quelques fois avant de compétitionner. Là, j’ai couru le plus fort que je pouvais et le plus longtemps possible… J’ai tenu une minute!

— Nathalie Thivierge

Consultez le site du journal L’Aurore boréale

Une personne a cru en elle

Dans la vingtaine, un ami la persuade cependant qu’elle est capable de courir vingt minutes. Natalie Thivierge lui rit au nez en lui affirmant que non. «Il courait si lentement qu’on marchait presque, mais je l’ai fait et that was it!», se souvient-elle.

Réconciliée avec ce sport, elle s’entraine ensuite jusqu’à pouvoir courir de longues distances.

«J’ai pleuré à l’arrivée de mon premier marathon, de douleurs… et de joie, avoue-t-elle. Je ne croyais pas en moi. Je n’aurais jamais pensé en être capable. Une seule personne a cru en moi et ça a suffi à changer le reste de ma vie!»

Pour Natalie Thivierge, la course à pied est une sorte de méditation qui lui permet de calmer le bourdonnement continu dans sa tête.

Depuis septembre 2021, Natalie Thivierge entraine treize filles à la course à pied chaque mardi soir.

Photo : Cathie Archbould

Une enquête alarmante

En mars 2019, elle prend connaissance du rapport sur les Comportements liés à la santé chez les jeunes du Yukon, produit pour le gouvernement du Yukon par le Groupe d’évaluation des programmes sociaux de la Faculté d’éducation de l’Université Queen’s de Kingston, en Ontario.

Ce groupe est celui chargé de mener une enquête pancanadienne tous les quatre ans pour comprendre la santé des jeunes de 11 à 15 ans dans leur contexte social et environnement.

La conclusion du rapport sur la situation au Yukon est éloquente : les filles des zones rurales signalent des problèmes liés à leur santé physique et mentale et déclarent ne pas avoir confiance en elles. Elles forment le groupe le moins actif, manquent de sommeil et sont susceptibles d’avoir un taux de tabagisme particulièrement élevé.

Avoir une influence déterminante dans la vie de quelqu’un

Employée de la Commission de la santé et de la sécurité au travail du Yukon, Natalie Thivierge a misé sur son réseau professionnel pour mettre en place un programme pilote de course à pied destiné aux filles de la 5e à la 7e année dans le but de leur redonner confiance en elles.

Si j’avais eu ce genre de personnes dans ma jeunesse, j’aurais peut-être fait des choix de vie différents. Je demande souvent aux filles c’est quoi leur 100 mille à elles. Marcher cinq minutes par jour? Avoir une conversation difficile avec un être proche? [Je le fais] juste pour qu’elles ralentissent et se concentrent sur ce qui est essentiel pour leur bienêtre.

— Nathalie Thivierge

Izabella Bilodeau, élève en 6e année à l’École élémentaire de Whitehorse, confirme que l’objectif des séances est de s’amuser, tout en ayant une vie active : «J’aime les jeux que l’on fait et le moment où on mange des collations.»

Ce moment est l’occasion pour les filles d’échanger sur des stratégies visant à améliorer la santé mentale, comme dormir ou manger suffisamment, réduire le temps passé devant les écrans et utiliser un discours personnel positif. «Cela m’aide beaucoup au quotidien. Parfois je suis paresseuse, mais je me rappelle que c’est OK», confie Izabella Bilodeau.

Une idée qui fait du chemin au territoire

Ce programme pilote fait des envieux au Yukon : plusieurs communautés du territoire aimeraient aussi en démarrer un.

Natalie Thivierge élabore donc des plans de formation sur la course à pied et sur des questions de réflexion pour améliorer la santé mentale des jeunes. Elle les enverra aux entraineurs qui le souhaitent. Les communautés de Mayo, Beaver Creek, Mont Lorne et Haines Junction pourraient être les premières du Yukon à mettre en place un club de course à pied pour les filles qui sont baptisées des Ironwomen.

Selon Natalie Thiverge, les Ironwomen n’ont pas vraiment d’intérêt pour la compétition ; elles sont davantage à la recherche d’un endroit sûr où personne ne les jugera et où elles ne seront pas en compétition. Il se peut cependant qu’elles décident de monter une équipe pour la prochaine édition de la course Klondike Road Relay, prévue en septembre 2022. Affaire à suivre!