le Lundi 5 Décembre 2022
le Jeudi 31 mars 2022 7:30 Éducation

Un Sommet pour favoriser le succès des Autochtones au postsecondaire

L’Université des Premières Nations du Canada est située à Regina, en Saskatchewan. — Photo : Daryl_mitchell – Flickr
L’Université des Premières Nations du Canada est située à Regina, en Saskatchewan.
Photo : Daryl_mitchell – Flickr
FRANCOPRESSE – Plus de 900 personnes se sont rassemblées virtuellement en début mars pour réfléchir aux manières d’améliorer la réussite autochtone dans l’enseignement postsecondaire. L’évènement, orchestré par l’organisme sans but lucratif Indspire, a mis en lumière les meilleures pratiques du milieu, s’est penché sur des actions concrètes à mettre en place et a fait valoir plusieurs histoires à succès.
Un Sommet pour favoriser le succès des Autochtones au postsecondaire
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Indspire est organisme sans but lucratif national, dirigé par des Autochtones, qui vise à promouvoir l’éducation des Premières Nations, des Inuits et des Métis au Canada.

Le Sommet virtuel 2022 se voulait un espace de dialogue sur les manières de promouvoir le succès autochtone dans les établissements postsecondaires canadiens. Plusieurs leadeurs ont pris la parole afin de discuter des actions qu’ils ont entreprises depuis l’implémentation d’une politique autochtone dans leur établissement.

Mike DeGagné est président et chef de direction d’Indspire.

Photo : Site Web Indspire

«Que faisons-nous pour soutenir les étudiants autochtones? Que faisons-nous en tant que collectif pour assurer la réussite des étudiants autochtones?» a questionné le président et chef de direction d’Indspire, Mike DeGagné, en ouverture du Sommet qui s’est tenu du 8 au 10 mars.

Lui-même membre de la Première Nation Animakee Wa Zhing 37 en Ontario, il a souligné que jusqu’à présent, «aucun effort de concertation nationale n’a été fait en ce qui concerne l’accompagnement des étudiants autochtones et la décolonisation des universités canadiennes».

Mike DeGagné a été le premier recteur autochtone d’une université publique — l’Université Nipissing, de 2013 à 2020 — et le premier recteur de l’Université du Yukon durant quelques mois en 2020, avant d’assurer la présidence et la direction d’Indspire. Il a consacré sa carrière à tenter de mieux inclure les étudiants autochtones dans les établissements postsecondaires canadiens.

Il faut «réimaginer l’institution»

D’après Lori Campbell, issue de la Première Nation de Montreal Lake en Saskatchewan et vice-présidente associée, Inclusion autochtone à l’Université de Regina, les institutions canadiennes sont eurocentrées, que ce soit au niveau des cours de justice, de la police ou des universités.

Elle explique que décoloniser ces espaces requiert davantage que d’obliger tous les étudiants à prendre un cours en études autochtones : «La colonisation et l’autochtonisation demandent de réimaginer l’institution», défend Lori Campbell.

Le Sommet Indspire s’est tenu du 8 au 10 mars 2022.

Photo : Courtoisie Indspire

Pour Sheila Cote-Meek, Anishinaabe de Teme-Augama Anishnabai en Ontario et vice-présidente de l’équité, des personnes et de la culture à l’Université York, la décolonisation est un projet à long terme.

Elle observe que souvent, lorsque ce sujet est abordé, les gens pensent aux terres et aux ressources. En contexte universitaire, il faut selon elle recentrer le débat pour y inclure notamment les enjeux de violence et de racisme.

Selon Kory Wilson, membre de la Nation We Wai Kai en Colombie-Britannique et directrice générale des Initiatives et partenariats autochtones au British Columbia Institute of Technology (BCIT), reconnaitre la place du racisme dans les institutions permettra d’opérer des changements systémiques. Elle rappelle que pour obtenir un changement systémique, tout le monde doit être interpelé en ce qui concerne les microagressions et les biais.

Rendre les universités plus sécuritaires et plus accueillantes

Manon Tremblay, membre de la Nation Muskeg Lake Cree Nation en Saskatchewan et directrice principale des directions autochtones à l’Université Concordia, explique que dans cette optique, la relation des universités avec les joueurs clés — employés, partenaires, actionnaires, donateurs et autres — doit être analysée, pas seulement le cursus académique.

Plusieurs experts présents au Sommet se sont effectivement entendus sur l’importance des relations, qu’elles soient menées au sein de l’université ou à l’extérieur, car elles peuvent influencer les politiques et les pratiques en place dans les universités.

Michael Hart est vice-provost à l’engagement autochtone à l’Université de Calgary.

Photo : Courtoisie Indspire

Michael Hart, membre de la Nation Fisher River Cree au Manitoba et vice-provost à l’engagement autochtone à l’Université de Calgary, affirme qu’il est important de travailler à inclure les Autochtones dans toutes les composantes des universités.

«Je suis honoré de travailler avec des gens qui souhaitent opérer un changement et des relations que nous développons au sein de l’Université et en dehors de celle-ci», souligne-t-il.

Il s’agit selon lui d’un travail à long terme, qui doit se faire en collaboration pour permettre que toutes les voix soient de plus en plus entendues, et que les universités de demain soient plus sécuritaires et plus accueillantes pour tous.

En ce sens, Janice Hill de la bande Turtle, une bande mère de la Nation Mohawk du territoire Mohawk Tyendinaga en Ontario, et membre du Bureau des initiatives autochtones à l’Université Queens, explique qu’il est important de reconnaitre les facteurs qui influencent les relations entre les Autochtones et les non-Autochtones.

L’espoir est de créer plus d’autonomie pour les organismes autochtones au sein des universités et sans doute davantage de réconciliation avec le Bureau du président, afin de définir des relations égalitaires et respectueuses dans le futur.

— Janice Hill, membre du Bureau des initiatives autochtones à l’Université Queens

Pour Jackie Ottmann, Anishinaabe (Saulteaux) de la Première Nation de Fishing Lake en Saskatchewan et présidente de l’Université des Premières Nations du Canada (FNUniv), «la réconciliation ne pourra être achevée que lorsque les deux processus de décolonisation et d’autochtonisation seront menés».

Selon elle, la décolonisation doit passer par les politiques. L’autochtonisation est quant à elle «une force guérisseuse qui doit tendre vers l’interconnectivité», décrit Jackie Ottmann.

Du postsecondaire au milieu de travail

Lori Campbell est vice-présidente associée, Inclusion autochtone à l’Université de Regina.

Photo : Courtoisie Indspire

Selon Lori Campbell, l’un des problèmes récurrents que rencontrent les Autochtones dans le milieu universitaire est qu’ils se font embaucher comme stagiaires pour «[combler] un vide culturel» et «[éduquer] l’entreprise sur la culture autochtone», ce qui nuit à leurs apprentissages.

La vice-présidente associée, Inclusion autochtone à l’Université de Regina raconte avoir observé de telles situations lorsqu’elle travaillait à l’Université de Waterloo : «Dans le cadre du programme Coop, beaucoup d’employeurs potentiels souhaitaient embaucher un étudiant autochtone, mais ces étudiants [rapportaient] que l’environnement de travail [était difficile]» et qu’ils vivaient du racisme.

Rob Hancock, Cree et Métis du côté de sa mère et directeur associé du Bureau de l’engagement communautaire et du parcours académique autochtone à l’Université Victoria, estime qu’il est important de décoloniser la relation entre l’employeur et l’étudiant à la recherche de stage. Il faut selon lui éviter d’être dans une logique d’obtention d’une main-d’œuvre bon marché de la part de l’université et décoloniser le processus d’embauche.

Catherine L. Cook, Métis originaire du nord du Manitoba et vice-présidente aux affaires autochtones à l’Université du Manitoba, explique qu’il y a des opportunités pour les étudiants en stage d’aller dans des environnements Métis ou de Premières Nations en Amérique du Sud, bien que ce ne soient pas toutes les facultés qui y possèdent des réseaux.

D’après Catherine L. Cook, les réseaux internationaux sont intéressants puisqu’ils permettent de mettre en commun les différentes pratiques et d’en apprendre davantage sur les expériences autochtones internationales.