le Dimanche 22 mai 2022
le Dimanche 27 mars 2022 7:30 Sciences et environnement

Climat : «perdre du temps, c’est périr»

António Guterres a qualifié le rapport du GIEC de «recueil de la souffrance humaine et une accusation accablante envers l’échec des dirigeants dans la lutte contre les changements climatiques», lors d’une conférence de presse à la sortie du rapport du GIEC — Koen Swier - Pexels
António Guterres a qualifié le rapport du GIEC de «recueil de la souffrance humaine et une accusation accablante envers l’échec des dirigeants dans la lutte contre les changements climatiques», lors d’une conférence de presse à la sortie du rapport du GIEC
Koen Swier - Pexels
IJL – Réseau.Presse – L’Aurore boréale (Yukon) – Inégaux et insuffisants. Voici comment sont qualifiés les efforts mondiaux d’adaptation aux changements climatiques dans le plus récent rapport du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC), publié le 28 février dernier. Plus encore, la «fenêtre pour assurer un avenir vivable» se referme rapidement, affirment les experts.

«Perdre du temps, c’est périr», a lancé le Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies (ONU) António Guterres.

Ce dernier a qualifié le rapport de «recueil de la souffrance humaine et une accusation accablante envers l’échec des dirigeants dans la lutte contre les changements climatiques», lors d’une conférence de presse à la sortie du rapport du GIEC, lourd de plus de 3 500 pages et auquel ont contribué plus de 600 auteurs et autrices.

Le but est de mettre en relief les effets du changement climatique, mais également de poursuivre la recherche sur les méthodes d’adaptation qui deviendront de plus en plus capitales.

«Notre évaluation montre clairement que, pour relever ces différents défis, tout le monde — gouvernements, secteur privé, société civile — doit œuvrer de concert et en priorité à la réduction des risques, de même qu’à l’équité et à la justice, dans le processus décisionnel et l’investissement», a affirmé Debra Roberts, coprésidente du Groupe de travail II du GIEC, par voie de communiqué.

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Le rapport prévoit entre autres davantage de feux de forêt, une hausse des niveaux de l’eau et des précipitations ainsi que des effets désastreux en lien avec le dégel du pergélisol. Tous ces éléments auront des conséquences indéniables sur la vie au Yukon.

Pour le directeur général de la division yukonaise de la Société pour la nature et les parcs du Canada (CPAWS, en anglais), Chris Rider, le rapport est «un indicateur clair que nous n’en faisons pas assez pour nous adapter et réduire les effets des changements climatiques».

Effets et réactions au Yukon

Tout en insistant sur le fait qu’entre 3,3 et 3,6 milliards d’humains sont déjà en position de vulnérabilité face aux changements climatiques, le document renferme des chapitres spécifiques aux différentes régions du monde.

En Amérique du Nord, on note qu’une hausse de la température moyenne sur la planète au-delà de 1,5 °C «augmente considérablement le risque que le carbone stocké dans la biosphère soit libéré dans l’atmosphère», notamment en raison des feux de forêt, de la mortalité des arbres et du dégel du pergélisol.

Chris Rider est soulagé que le rapport insiste aussi sur la corrélation entre deux crises environnementales, soit celle des changements climatiques et celle de la perte de la biodiversité.

Le rapport note que de nouvelles espèces feront leur arrivée en Arctique, fuyant un climat plus chaud, ce qui inquiète aussi Chris Rider :

Nous allons voir une hausse de la population de caribous, mais nous verrons au même moment plus d’espèces de tiques, qui apporteront des maladies. D’autres espèces pourraient venir miner les interactions ici au Nord et les espèces qui ne pourront s’adapter à ces arrivées vont disparaitre.

— Chris Rider, directeur général de la division yukonaise de la Société pour la nature et les parcs du Canada

L’adaptation, maintenant

Le ministère de l’Environnement du Yukon a tenu à souligner le dépôt du rapport, déclarant par écrit à l’Aurore boréale que le Yukon «subit déjà les effets des changements climatiques, comme le dégel du pergélisol affectant les infrastructures et les collectivités, l’augmentation des inondations et des incendies et les conditions changeantes qui menacent l’accès sécuritaire au territoire». Il s’engage à continuer les efforts d’adaptation déjà en branle au territoire.

Pour Chris Rider, il est clair qu’il faut en faire plus, notamment en sachant que les impacts des changements climatiques au pays ont des impacts démesurés sur les populations vulnérables et, au territoire, sur les Premières Nations.

Selon le groupe d’experts, «les progrès en matière d’adaptation sont inégaux et les écarts se creusent entre l’action engagée et ce qui est nécessaire pour faire face aux risques croissants». Le rapport déplore d’ailleurs le fait que les mesures d’adaptation arrivent toujours en réaction à un évènement et pas assez sont mises en place à des fins préventives. De plus, les États ne démontrent pas assez d’efforts dans le but de transformer réellement les systèmes en place.

Le Yukon s’est engagé à réduire les émissions de gaz à effet de serre de 45 % d’ici 2030, par rapport aux émissions de 2010. Cependant, il est à noter qu’entre 2009 et 2019, les émissions de gaz à effet de serre au Yukon ont augmenté de 24 %, selon le rapport publié par le Secrétariat des changements climatiques yukonais en aout 2021.