le Mardi 17 mai 2022
le Lundi 14 mars 2022 7:30 Francophonie

Les Prairies et les TNO n’abandonnent pas la cible de 4,4 % d’ici 2023

La vitalité des communautés francophones passe notamment par le renforcement du sentiment d’appartenance des immigrants d’après Ida Kamariza. — Photo : Anete Lusina – Unsplash
La vitalité des communautés francophones passe notamment par le renforcement du sentiment d’appartenance des immigrants d’après Ida Kamariza.
Photo : Anete Lusina – Unsplash
FRANCOPRESSE – La deuxième édition du Forum des réseaux en immigration francophone de la région des Prairies et des Territoires du Nord-Ouest s’est tenue virtuellement du 8 au 10 mars, une occasion pour les intervenants en établissement de partager leurs défis et de mettre en commun leurs meilleures pratiques. La coordonnatrice du Réseau en immigration francophone de l’Alberta, Ida Kamariza, se réjouit que l’évènement ait mis en lumière la volonté du milieu de travailler fort pour atteindre la cible de 4,4 % d’immigration francophone hors Québec d’ici 2023.

Francopresse : La deuxième édition du Forum des réseaux en immigration francophone (RIF) des Prairies et des Territoires du Nord-Ouest (PTN) vient tout juste de se conclure. Qu’est-ce qui a poussé les RIF à mettre sur pied cet évènement?

Ida Kamariza est coordonnatrice du Réseau en immigration francophone de l’Alberta, qui a organisé l’évènement.

Photo : Courtoisie

Ida Kamariza : La manière dont ça se passe, c’est qu’il s’agit d’une organisation tournante parce que la région des Prairies et des Territoires du Nord-Ouest est constituée de quatre RIF. L’an dernier, c’est le RIF de la Saskatchewan qui a organisé le Forum, cette année, c’est nous [le RIF de l’Alberta], l’an prochain c’est celui du Manitoba et l’année suivante ce sera le RIF des TNO.

Après des échanges avec nos collaborateurs du bureau d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) de l’Ouest, on a vu que c’était une occasion qui permettrait des échanges de pratiques et de voir ensemble des choses qui se ressemblent et qu’on pourrait renforcer ensemble. Tout est pensé dans une logique de développement de capacités de façon globale.

Le thème du Forum 2021 était «Parcours d’accueil et d’intégration dynamique». Quel était celui de cette année?

C’était la trilogie de la relance économique, l’immigration francophone et le secteur de l’établissement, donc trois volets. La raison qui nous a fait choisir ce thème-là, c’est qu’avec la pandémie, on a vu que l’économie avait beaucoup souffert dans tous les secteurs, et à écouter les discours des différents niveaux de gouvernements, on entend toujours que l’immigration est un des piliers pour la relance économique postpandémie.

À un autre niveau, nous voulions voir comment positionner l’immigration francophone pour qu’elle contribue elle aussi à cette relance économique. Pour y arriver, ça prend qu’on réussisse l’établissement des immigrants qui arrivent chez nous, donc c’est pour ça qu’on a un cette trilogie comme thème.

Avec le succès du secteur de l’établissement, on renforce l’immigration francophone et là on la fait contribuer à la relance économique. C’est comme trois maillons d’une même chaine.

— Ida Kamariza, coordonnatrice du Réseau en immigration francophone de l’Alberta

Gilbert McLaughlin, directeur de la recherche à l’Institut sociologique Res Publica.

Photo : Archives Acadie Nouvelle

Les avantages socioéconomiques de l’immigration francophone

Gilbert McLaughlin, directeur de la recherche à l’Institut sociologique Res Publica (ISRP), a livré une présentation sur les avantages socioéconomiques de l’immigration francophone dans les communautés francophones en situation minoritaire (CFSM).

Il a notamment souligné que 55 % des petites et moyennes entreprises au Canada estiment être touchées par la pénurie de main-d’œuvre et que 33 % des propriétaires d’entreprises ayant du personnel salarié au Canada sont issus de l’immigration.

Le chercheur a mis de l’avant quatre recommandations pour favoriser l’immigration francophone dans les CFSM, soit la mise en place de cibles provinciales, le renforcement des structures d’accueil et d’établissement, la modification des structures qui limitent l’intégration économique et l’ajout d’investissements dans les groupes communautaires et la recherche.

Vous qui avez assisté à pratiquement tous les évènements au programme, qu’est-ce que vous en avez tiré?

Ce que j’ai retenu, c’est qu’il y a un engagement vraiment de tous les partenaires, de tous les intervenants à travailler fort pour qu’on atteigne la cible des 4,4 % d’immigration francophone [hors Québec] d’ici 2023. C’est revenu à plusieurs reprises, on l’a entendu de plusieurs bouches et de personnes qui sont en position de pouvoir agir pour que ça se réalise.

Pour la clôture du forum, nous avons été honorés d’avoir un message — préenregistré bien sûr, mais ça reste toujours égal — du ministre d’IRCC [Sean Fraser]. Il a dit lui-même que ce n’est pas facile, mais que toute chose importante n’est jamais facile. Donc il s’est engagé à travailler fort pour qu’on arrive à cette cible et il nous a partagé d’autres initiatives pour lesquelles il compte s’engager pour favoriser le succès de l’immigration francophone.

Le ministre d’IRCC, Sean Fraser, a livré un discours bilingue préenregistré de quelques minutes.

Photo : Capture d’écran – Francopresse

Un discours bilingue du ministre Sean Fraser

Le ministre Fraser a livré un discours bilingue de quelques minutes. Il a notamment fait mention du Plan des niveaux d’immigration 2022-2024 dévoilé le 14 février, qui prévoit l’accueil d’en moyenne 443 233 nouveaux immigrants en 2022, 2023 et 2024.

Pour atteindre la cible de 4,4 % d’immigrants d’expression française à l’extérieur du Québec, mentionnée dans la Stratégie en matière d’immigration francophone, le Plan prévoit qu’il faudra accueillir entre 14 014 et 17 886 immigrants d’expression française d’ici 2023.

«En particulier, nous savons que nous devons pourvoir des postes dans les professions liées à la santé et remédier aux pénuries d’enseignants francophones, particulièrement à l’extérieur du Québec», a souligné le ministre Fraser.

Il a ajouté que pour y parvenir, le gouvernement fédéral travaillera «avec les gouvernements provinciaux et territoriaux pour reconnaitre les qualifications des enseignants francophones formés au Canada» et qu’il prévoit «d’attirer les enseignants francophones ici en mettant en place un nouveau corridor d’immigration francophone qui visera spécifiquement à recruter des francophones et des enseignants de langue française».

Enfin, le ministre d’IRCC a souligné l’importance de faire connaitre les services d’établissement francophones aux premiers concernés : «Je pense qu’il est important que l’IRCC demande, dans les accords de contribution, que les fournisseurs de services d’établissement dirigent les clients francophones vers des organisations de fournisseurs de services francophones.»

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Est-ce qu’il y a des solutions qui sont particulièrement ressorties des échanges?

Je ne sais pas si je parlerais de solutions parce qu’on ne posait pas vraiment de problématique. C’était plus des échanges de pratiques, et comme nous étions trois provinces et un territoire, c’était de constater qu’est-ce qui se fait de bien dans une région qui pourrait être implanté dans une autre région.

Bien sûr, il y a d’autres éléments qui nous ont été présentés qui sont les résultats de recherches, qui nous montrent vraiment comment se porte l’immigration francophone dans notre région et qui nous ont donné des pistes d’orientation d’avenir.

On a un comité d’organisation qui va se réunir pour une évaluation post-mortem, et avec cette évaluation et le rapport du forum qui va sortir dans les prochaines semaines, chaque RIF ira avec ses membres pour analyser la situation et voir quelles sont les leçons à en tirer et qu’est-ce qui peut être appliqué.

Si vous aviez à identifier un défi principal pour 2022 en matière d’immigration francophone, quel serait-il?

Je ne pense pas à un défi particulier ou nouveau, mais il y a le défi de l’intégration économique qui est récurrent. On voit que c’est un défi sur lequel nous devons travailler fort et on sait que c’est un défi qui nous attend. On va s’y adonner à bras le corps.

Bien sûr, il y a un autre défi dont on parle moins : le renforcement du sentiment d’appartenance des immigrants francophones à nos communautés. Avoir des immigrants francophones qui arrivent dans nos communautés, c’est une très bonne chose, mais si on n’a pas ce sentiment d’appartenance pour renforcer leur rétention, on sera loin de l’atteinte de notre objectif ultime qui est la vitalité des communautés francophones.