le Lundi 23 mai 2022
le Jeudi 10 mars 2022 7:30 Sciences et environnement

Du Yukon à Yellowstone, des passages fauniques indispensables

Passerelle faunique de Banff_Cr. Kelly Zenkewich/Y2Y. Une des passerelles fauniques du parc national de Banff. — Kelly Zenkewich Y2Y
Passerelle faunique de Banff_Cr. Kelly Zenkewich/Y2Y. Une des passerelles fauniques du parc national de Banff.
Kelly Zenkewich Y2Y
L’AURORE BORÉALE (Yukon) – En 1993, un espace nord-américain de protection de la faune a été créé sur plus de 3 400 kilomètres grâce au travail de plusieurs écologistes et scientifiques. Quel rôle joue le Yukon dans cette initiative?

Le programme De Yellowstone au Yukon (Y2Y) est le fruit d’une collaboration internationale entre deux provinces et deux territoires canadiens ainsi que cinq États américains.

Partout dans le monde, des espèces animales parcourent des centaines, voire des milliers de kilomètres à la recherche de nourriture, d’un nouveau territoire ou d’un endroit pour se reproduire et bénéficier d’une diversité génétique.

Dans leur quête, ces animaux doivent contourner de nombreux obstacles tels que des routes, des villes et d’autres risques urbains.

Pour que leurs déplacements se fassent sans heurts, des couloirs de protection peuvent être mis en place et prendre différentes formes : des espaces naturels protégés, comme les parcs et les réserves, des bordures de terrain le long de champs, des viaducs autoroutiers ou des passages souterrains d’autoroute.

Les rivières, marais et lacs peuvent également servir de passages pour les poissons et les oiseaux.

Consultez le site du journal L’Aurore boréale

Protéger une région de plus de 3 400 km

L’initiative de conservation Y2Y a pour objectif de protéger les habitats naturels et de maintenir les passages de l’un à l’autre, c’est-à-dire le mouvement sans entrave des espèces à travers neuf régions du Canada et des États-Unis.

Elle réunit plus de 400 entités prêtes à travailler à des actions de conservation, telles que des propriétaires fonciers locaux, des entités autochtones, des entreprises, des organismes gouvernementaux, des bailleurs de fonds, des donateurs, des donatrices et des scientifiques.

Candace Batycki, directrice du programme Y2Y en Colombie-Britannique et au Yukon, explique que la collaboration est le nerf de la guerre de l’organisation.

Nous effectuons des études scientifiques, parlons aux politiciens, soutenons des initiatives locales et offrons du financement.

— Candace Batycki, directrice du programme Y2Y en Colombie-Britannique et au Yukon

Elle poursuit cependant en ajoutant que «nous voulons surtout réunir les différents acteurs autour d’une table afin de discuter de l’évolution d’un territoire et de trouver des solutions constructives écologiquement et économiquement basées sur des données scientifiques».

Concilier nature et activités humaines

La hausse des activités humaines pendant les dernières décennies menace de fragmenter la région montagneuse de Y2Y.

Selon Jill Pangman, membre du conseil de Y2Y, naturaliste et guide touristique en milieu sauvage au Yukon, l’initiative du couloir faunique est née en raison de l’intensification de l’activité humaine.

Elle s’explique : «Dans la Colombie-Britannique, l’Alberta et le nord des États-Unis, la région s’est développée très rapidement avec un réseau routier dense, des zones industrielles, forestières et agricoles.»

« Pourtant, c’est aussi un environnement très riche en matière de faune et de flore, fait-elle valoir. L’objectif du Y2Y était donc de protéger les zones de biodiversité et de promouvoir une coexistence harmonieuse entre les gens et les animaux.»

Un exemple majeur de protection de la faune se situe dans le parc national de Banff, en Alberta.

D’après un article publié par l’initiative Y2Y en 2016, plus de 34 000 véhicules circulent sur les quatre voies du parc chaque jour pendant l’été.

Le programme Y2Y, en collaboration avec de nombreuses parties prenantes, a mis en place des passages sécurisés pour les animaux sauvages. Des clôtures ont été construites le long de l’autoroute afin d’éviter l’intrusion des animaux sur la route et de les guider vers ces passages sécurisés.

En 2016, un total de 6 passerelles et 38 souterrains ont été recensés entre la porte est du parc national de Banff et la frontière qui sépare la Colombie-Britannique et l’Alberta.

D’après l’organisation, il s’agit de la plus grosse concentration de passages sur une seule portion d’autoroute au monde.

C’est une initiative fantastique. Évidemment, ce n’est pas idéal, car l’autoroute est toujours au milieu, mais au moins il est possible pour la faune de circuler en toute sécurité.

— Jill Pangman, membre du conseil de Y2Y, naturaliste et guide touristique en milieu sauvage au Yukon

Le Yukon : de l’eau et des terres vierges

Jill Pangman explique que la situation du Yukon est tout autre que celle du reste de la zone Y2Y.

«La faible densité de la population yukonaise nous offre le potentiel de protéger la vie sauvage. J’ai voyagé partout dans le monde pour mon travail et, selon moi, les plus grandes richesses du Yukon sont son eau et ses terres vierges – sans infrastructure. Un territoire unique au monde», selon elle.

[Avec le changement climatique], des espèces animales se déplacent vers le Nord pour assurer leur survie, et ce n’est que le début. J’espère que nous aurons des espaces protégés pour assurer leurs déplacements en toute sécurité dans le territoire et aux frontières.

— Jill Pangman, membre du conseil de Y2Y, naturaliste et guide touristique en milieu sauvage au Yukon

Pour Candace Batycki, il est possible de trouver un juste équilibre entre développement économique et protection de l’environnement.

«Chaque lieu et projet doit être évalué séparément. Je suis toujours heureuse de pouvoir discuter avec des gens qui veulent trouver des solutions. Tout le monde a besoin d’un emploi, d’un revenu et, quel que soit le projet, la préservation des écosystèmes doit être une priorité dans son développement.»

Elle se réjouit du changement des mentalités : «Avant les gens disaient “oui, oui, la nature c’est important”, mais avec les changements climatiques récents – tout particulièrement dans le Nord – il y a une plus grande compréhension de la valeur des écosystèmes. La nature nous donne de l’eau pure, capture du carbone dans les sols – et c’est fondamental.»