le Mercredi 7 Décembre 2022
le Lundi 7 mars 2022 16:42 Politique

Conflit russo-ukrainien : «Le Canada devrait peut-être repenser ses frontières nord»

Pays membres du Conseil de l'Arctique. — Francopresse
Pays membres du Conseil de l'Arctique.
Francopresse
FRANCOPRESSE - Le conflit qui sévit entre la Russie et l’Ukraine est en passe de redéfinir les approches et les stratégies de défense des pays membres de l’OTAN, de l’avis de nombreux experts. Le Canada et les États-Unis devraient porter un regard nouveau sur la protection de leurs frontières en Arctique.
Conflit russo-ukrainien : «Le Canada devrait peut-être repenser ses frontières nord»
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Le Canada s’est joint à ses alliés circumpolaires jeudi dernier dans une déclaration conjointe pour se retirer de toutes les prochaines réunions du Conseil de l’Arctique.

«Le Canada, le Royaume du Danemark, les États-Unis, la Finlande, l’Islande, la Norvège et la Suède condamnent l’invasion non provoquée de l’Ukraine par la Russie et soulignent les graves obstacles à la coopération internationale, y compris dans l’Arctique, que soulèvent les actions de la Russie.» Les pays membres du Conseil accusent aussi la Russie de violation des «principes fondamentaux de souveraineté et d’intégrité territoriale fondés sur le droit international».

Pays membres du Conseil de l’Arctique.

Francopresse

Stéphane Roussel, professeur titulaire à l’École nationale d’administration publique (ÉNAP), craint une «paralysie du Conseil de l’Arctique» qui est présidé par la Russie jusqu’en 2023.

«Les projets de recherche pour l’environnement, l’écologie et le développement économique risquent d’être gelés. Tout cela, c’est le mandat du Conseil de l’Arctique. C’est ce qui est arrivé en 2014, lors de l’annexion de la Crimée», rappelle-t-il.

À lire aussi : Articles de l’Arctique, 4 mars 2022 : Invasion russe en Ukraine : quelles conséquences pour la diplomatie arctique? (L’Aquilon, Territoires du Nord-Ouest)

Dominique Arel, politologue, titulaire de la chaire d’études ukrainiennes à l’Université d’Ottawa.

Photo : Courtoisie

«Chose est certaine, après cette invasion, on est passé à un autre niveau»,  estime Dominique Arel, titulaire de la Chaire des études ukrainiennes à l’Université d’Ottawa.

«Avec l’agression de l’Ukraine, on assiste à une remise en cause fondamentale des systèmes de défense pour tous les pays membres de l’OTAN. On voit la tendance très nettement après seulement quelques jours», considère le chercheur.

Voir, le Canada repenser ses frontières au Nord et sa position dans l’Arctique s’inscrit dans le même ordre d’idée, note Dominique Arel.

Pour Stéphane Roussel, «on devrait peut-être se remettre à y réfléchir, même si ce n’est pas urgent».

«Les distances sont tellement grandes et il n’y a pas moyen de changer le cours des choses à court terme. À vrai dire, il n’y a pas de menaces réelles. S’il y aura menace, elle ne pourra qu’être symbolique et la Russie n’a rien à revendiquer dans ces territoires», tient-il à préciser.

Stéphane Roussel.

Photo : Courtoisie

Néanmoins, il souligne que «si la Russie décide de poser les pieds sur ce territoire, les USA comme le Canada ne pourront pas faire grand-chose» en raison de la faible couverture sécuritaire de cette région et le manque de navires canadiens pouvant opérer dans la région Arctique.

«Peu importe l’endroit, si les Russes franchisent un territoire appartenant à un pays membre, ce sera considéré comme une déclaration de guerre contre l’OTAN», avertit Stéphane Roussel.

Il considère d’ailleurs que le Canada lui semble «plus vulnérable à des attaques informatiques ou des attaques subversives, pour notamment encourager les mouvements complotistes».

«Le Canada renforce son approche défense»

Dans une réponse écrite à Francopresse, le bureau du ministre des Affaires du Nord, Dan Vandal, souligne que «par l’intermédiaire de Savoir Polaire Canada, le gouvernement du Canada continuera de faire progresser les connaissances du Canada sur l’Arctique et à renforcer le leadership canadien en science et technologie polaires» sans toutefois se prononcer sur les questions de sécurité.

L’annonce du président russe, à la fin février, de mettre en alerte la «force de dissuasion» de son pays a relancé les discussions entre Ottawa et Washington sur la protection de la région arctique.

Le ministère de la Défense se dit conscient que les progrès technologiques et les changements climatiques risquent de rendre la région arctique plus accessible. C’est pour cette raison que «les Forces armées canadiennes (FAC) mettent actuellement en œuvre un certain nombre d’initiatives pour améliorer leur capacité d’opérer dans le Nord et contribuer à la défense continentale» a précisé le ministère de la Défense par écrit à Francopresse.

Ces efforts incluent, selon le ministère, «l’acquisition d’une gamme de capacités maritimes, terrestres, aériennes et spatiales avec des applications dans l’Arctique, notamment : des véhicules tout-terrain, des motoneiges et des véhicules utilitaires semi-amphibies; systèmes aériens; remplacement du CP-140 Aurora».

Le Canada, qui est ainsi dans une phase ascendante, après l’augmentation de son budget défense en 2017, semble avoir anticipé sur bien des situations.

Pour preuve, en s’engageant, dès lors, à augmenter ses dépenses de défense de 70% sur dix ans,  le ministère de la Défense a inscrit parmi un certain nombre de grands projets d’approvisionnement l’acquisition de six navires de patrouille extracôtiers et de l’Arctique pour la marine royale canadienne, dont le premier a été déjà livré.

«Rien ne justifie l’invasion militaire d’un pays», estime Dominic Arel, titulaire de la la Chaire des études ukrainiennes à l’Université d’Ottawa. «Dans le droit international, la guerre est justifiée qu’en cas d’attaque militaire».

«Le parallèle direct qu’on puisse faire est l’invasion de l’Allemagne nazie de la Pologne en 1939», note-il.

«Il y a grande frustration du côté des russes, puisque jusqu’à la dernière semaine qui a précédé l’invasion, il y avait un débat légitime qui se tenait sur l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN. […] La Russie dit qu’elle a des intérêts sécuritaires légitimes et qu’elle se trouve face à une position existentielle, comme c’était le cas avec les États-Unis en 1962 avec la découverte de l’installation de bases de missiles balistiques russes à Cuba», rappelle-t-il.