le Mercredi 7 Décembre 2022
le Dimanche 6 mars 2022 13:00 Sciences et environnement

Le scientifique en chef du Québec veut rassembler les conseils scientifiques francophones

Rémi Quirion, scientifique en chef du Québec, était de passage à l’Université de l’Ontario français. — Enora Paniez
Rémi Quirion, scientifique en chef du Québec, était de passage à l’Université de l’Ontario français.
Enora Paniez
L’EXPRESS (Ontario) – Dans le monde, 90 % des publications scientifiques sont en anglais. Rémi Quirion, scientifique en chef du Québec, fait partie de ceux qui militent pour créer des conseils scientifiques francophones. Il a expliqué son projet à l’Université de l’Ontario français (UOF), à Toronto, le mercredi 23 février.
Le scientifique en chef du Québec veut rassembler les conseils scientifiques francophones
00:00 00:00

Rémi Quirion et Linda Cardinal, professeure à l’Université de l’Ontario français.

Enora Paniez

Rémi Quirion est scientifique en chef du Québec depuis dix ans, un poste créé spécialement pour lui. Avant cela, il a été chercheur en neurosciences et directeur de plusieurs centres de recherche.

Il est à la tête de l’International Network for Government Science Advice (INGSA), qui compte plus de 5 000 membres à l’échelle internationale.

«C’est la première fois que je donne une conférence à Toronto en français», s’étonne-t-il. C’était l’occasion pour lui de mettre en avant la communauté scientifique francophone, mais aussi son travail en tant que scientifique en chef au Québec.

Consultez le site du journal L’Express.

Conseiller le gouvernement dans le domaine scientifique

Rémi Quirion détient un mandat unique et ses missions sont variées. En tant que scientifique en chef, il doit avant tout conseiller le gouvernement en matière de recherches et de sciences.

Pour le Québec, Rémi Quirion a fait croitre la recherche intersectorielle en lien avec les grands défis modernes (démographie, climat, nouvelles technologies…).

Il est président et dirigeant de trois fonds de recherches du Québec et détient donc un levier puissant pour les budgets et l’actualisation de programmes scientifiques.

Des missions multipliées durant la pandémie

La pandémie a forcé les gouvernements à miser davantage sur la recherche scientifique pour répondre à l’urgence. Le conseil scientifique s’est retrouvé au cœur de tous les efforts. «Les ministres et le gouvernement nous ont découverts avec la COVID et ont tout de suite fait appel à nous», explique Rémi Quirion.

Il a participé à cette mobilisation des chercheurs et décideurs à l’échelle internationale. «Les principales plateformes de diffusion scientifique se sont adaptées à ce contexte. Elles ont pu accélérer le processus de découverte pour les vaccins, en un temps record!», rappelle-t-il.

Depuis 2020, les conseils scientifiques sont bien présents sur la place publique, ce qui a donné de la visibilité aux chercheurs et à leur travail.

Cependant, selon Rémi Quirion, «on est devenus dépendants des recherches aux États-Unis, en Angleterre et en Suisse. On le voit avec les vaccins : la France et le Canada sont en retard.»

Valoriser les sciences en français

«Même si la grande majorité des publications scientifiques sont en anglais, ça vaut la peine de faire de la recherche et publier en français», affirme Rémi Quirion.

«Ça sert aux collègues scientifiques, aux universités et aux étudiants», ajoute-t-il.

Rémi Quirion veut ainsi promouvoir le français dans les sciences par des prix, comme le Prix Gisèle Lamoureux qui récompense une publication francophone. Il mise aussi sur des mesures d’aide aux revues scientifiques en français, à l’image du site Érudit, qui recense revues, rapports et thèses.

Il tient aussi à contribuer à la création de néologismes scientifiques, notamment dans le domaine de l’intelligence artificielle. Selon lui, «accroitre la culture scientifique dans les provinces francophones va servir au Canada, mais aussi en Afrique de l’Ouest, au Maghreb, en France…»

Un réseau scientifique francophone international

Cette année, Rémi Quirion a lancé un projet de création d’un réseau francophone de conseils scientifiques dans le monde. Il espère que ce projet se concrétisera à l’automne.

Quand la pandémie est arrivée, j’ai réalisé que seuls mes collègues scientifiques du Commonwealth s’étaient organisés pour discuter. Il n’y avait rien du côté francophone. Alors j’ai voulu rassembler les scientifiques pour échanger en français.

— Rémi Quirion, scientifique en chef du Québec

Ce réseau francophone à naitre aura notamment pour objectif de favoriser les échanges entre scientifiques sur les pratiques exemplaires, de mettre sur pied des programmes de formation et d’accroitre les capacités des conseils scientifiques.

«Le but sera aussi de développer cette diplomatie scientifique, pour qu’elle soit accessible à tous les pays, et qu’on arrive à travailler ensemble», déclare Rémi Quirion.