le Lundi 23 mai 2022
le Lundi 28 février 2022 7:32 Éducation

La ruchée : rassembler artistes et enseignants

Équipe de tournage de la vidéo de la méthode CCPP.  — Photo : Courtoisie Julie Courtemanche
Équipe de tournage de la vidéo de la méthode CCPP.
Photo : Courtoisie Julie Courtemanche
IJL — RÉSEAU.PRESSE – LE VOYAGEUR (Ontario) – Les arts jouent un rôle plus important que ce qu’on le reconnait dans la vie de tous les jours et dans l’éducation. Pourtant, les ressources pour les inclure dans l’apprentissage scolaire manquent. La ruchée s’est penchée sur cet enjeu et s’apprête à offrir un éventail de solutions.

La Fédération culturelle canadienne-française (FCCF) travaille sur La ruchée depuis près de deux ans, mais l’idée de ce laboratoire virtuel d’éducation artistique remonte à plus loin encore. Elle est née du désir de rapprocher le milieu de l’éducation du milieu artistique afin d’encourager l’enseignement des arts dans les écoles en milieu minoritaire.

Marie-Christine Morin, directrice générale de la FCCF.

Courtoisie

«On sait que ce rapprochement-là est d’autant plus important et crucial en francophonie canadienne», avance la directrice générale de la FCCF, Marie-Christine Morin.

En créant son programme de microfinancement PassepART, la FCCF a remarqué que ce ne sont pas les idées qui manquent pour élargir la place accordée aux arts dans les écoles, mais plutôt les ressources. Pour cette raison, La ruchée vise principalement la mobilisation et la rétention d’enseignants qui ont le désir d’intégrer les arts à l’enseignement.

«On a besoin de formation continue pour nos profs, on a besoin de nourrir nos profs pour que ces curriculums-là en arts puissent vivre», explique Mme Morin.

La première étape se terminera à la fin de mars. La prochaine étape, qui est au cœur même de La ruchée selon Mme Morin, consisterait à rassembler toutes les idées, les outils et les services à une même adresse pour qu’ils soient faciles d’accès. En fait, la FCCF veut créer un centre d’expertise, et les démarches en ce sens sont en cours.

Consultez le site du journal Le Voyageur

Les arts, au cœur de tout

Si les ressources font défaut, c’est peut-être parce que l’enseignement des arts est toujours la première victime des compressions budgétaires, selon l’enseignante d’Azilda et collaboratrice à La ruchée Anne Quesnel.

«Les gens ne valorisent pas autant [les arts]. Les études sont là. Même la musique vient aider en mathématiques», fait-elle valoir. Elle ajoute que les arts nous aident même à affronter la pandémie.

Marie-Christine Morin estime qu’«on voit dans l’enseignement des arts une façon extraordinaire d’accéder à sa culture, et le milieu scolaire comprend cette réalité-là. On a besoin en tant que société de valoriser les arts comme formation». En milieu minoritaire, les arts s’inscrivent aussi dans la construction identitaire.

Puisque La ruchée s’est notamment donné comme objectif de fournir des outils aux enseignants en poste, elle pourrait contribuer à pallier en partie le manque de ressources.

«En tant qu’enseignante, on se fait demander d’enseigner les compétences du 21e siècle, rappelle Anne Quesnel. Pour moi, une de ces compétences, c’est la créativité», qui peut s’enseigner par l’entremise des arts. La créativité peut servir à trouver des solutions novatrices aux problèmes de l’avenir.

Tournage de la vidéo sur la méthode CCPP.

Photo : Courtoisie Julie Courtemanche

Une expertise venue des quatre coins du pays

L’équipe de La ruchée a choisi de commencer par se livrer à un exercice de réflexion. Elle a mobilisé des experts des milieux scolaire, universitaire et artistique de partout au Canada et leur a demandé de se pencher sur trois axes : comment recruter et conserver des enseignants, comment inclure les communautés artistiques dans l’enseignement et comment outiller les enseignants?

Répétition avant le tournage de la vidéo sur la méthode CCPP.

Photo : Courtoisie Julie Courtemanche

«On les a fait réfléchir pour qu’ils arrivent à une solution qu’ils pourraient expérimenter à petite échelle, sur le terrain, explique Marie-Christine Morin. Quand on met des gens qui sont experts dans leur domaine ensemble, souvent, ça donne quelque chose de merveilleux.»

À titre d’enseignante en 5e et 6e année à l’École élémentaire Sainte-Marie d’Azilda, Anne Quesnel est l’une de ces personnes-ressources qui ont participé à la réflexion. Elle a fait partie de l’équipe qui a élaboré les guides de création des prototypes et qui les a ensuite évalués avant de passer à l’expérimentation.

«On a vraiment poussé les équipes à réfléchir à la diversité et à l’inclusion. On se comprend mieux comme société en voyant différentes réalités, et les arts te permettent de faire ça», souligne Anne Quesnel.

L’enseignante vient d’une famille où les arts occupent une grande place. Elle continue de leur accorder une grande place dans sa vie et dans son école en s’engageant dans les activités parascolaires, comme en dirigeant la chorale des élèves.

Elle participera à la rédaction du rapport final «qui formulera des recommandations pour un futur centre d’expertise d’enseignement des arts».

Vaincre les résistances

L’équipe, menée par la femme de théâtre franco-ontarienne Hélène Dallaire, avait quant à elle pour mandat de concevoir un outil pour les étudiants des facultés d’éducation qui désirent enseigner à l’élémentaire et qui sont moins intéressés par les arts. «Comment est-ce qu’on peut bonifier l’offre qu’ils ont déjà?» demande-t-elle.

Avec les membres de son équipe, qui comptait la consultante en éducation artistique Julie Courtemanche de l’Ontario, la conseillère pédagogique Patricia Bouchard de la Colombie-Britannique et l’artiste d’Edmundston au Nouveau-Brunswick Sébastien Bérubé, ils ont conçu la méthode «Croyance, confiance, processus et performance» ou CCPP.

Ils ont d’abord analysé les raisons pour lesquelles un enseignant aurait davantage de réticences à enseigner les arts, puis ils ont élaboré des façons de les vaincre. «On a travaillé avec quelqu’un en neuroscience pour trouver comment changer leurs croyances, pour ne pas qu’ils aient l’impression d’être des imposteurs. Ensuite, on a travaillé sur la confiance créative et on a utilisé le design thinking», explique Hélène Dallaire.

La méthode de création est ensuite abordée «un peu comme une recette de cuisine». Pour la performance, ils mettent à contribution les outils des acteurs.

Des consultations avec des étudiants d’un peu partout ont confirmé que la méthode semblait porteuse.

Finalement, ils ont décidé que l’information serait transmise lors d’ateliers appuyés par une vidéo. L’auteur et dramaturge Alex Tétrault de Sudbury a conçu la vidéo en utilisant les données et la méthode pour créer un dialogue entre cinq personnages. La vidéo a été tournée pendant la semaine du 17 janvier et a été réalisée par la journaliste Sophie Houle-Drapeau, aussi de Sudbury.

Les autres équipes engagées dans l’exercice de réflexion de La ruchée ont exploré d’autres outils. L’une d’entre elles a cherché des solutions pour que les artistes puissent facilement appuyer les enseignants. Une autre a plutôt voulu trouver des moyens d’aider les artistes à bien faire comprendre en quoi leur expérience et leurs connaissances peuvent contribuer à livrer une partie du programme scolaire.

Il est à noter que la démarche de La ruchée a aussi pris en compte les enseignants en immersion.