le Mardi 17 mai 2022
le Dimanche 27 février 2022 7:30 Éducation

Commission scolaire autochtone au Yukon : un exemple tangible de réconciliation

Selon la défenseure de l’enfance et de la jeunesse du Yukon, Annette King, le résultat des référendums montre que la population yukonaise reconnait la valeur de la culture, de la tradition et des connaissances autochtones et la place qu’elles devraient occuper dans le système d’éducation. — Laurie Trottier
Selon la défenseure de l’enfance et de la jeunesse du Yukon, Annette King, le résultat des référendums montre que la population yukonaise reconnait la valeur de la culture, de la tradition et des connaissances autochtones et la place qu’elles devraient occuper dans le système d’éducation.
Laurie Trottier
IJL — RÉSEAU.PRESSE – L’AURORE BORÉALE (Yukon) – Dès l’automne 2022, huit écoles du Yukon relèveront de la nouvelle commission scolaire des Premières Nations. Pour les organisations militant en faveur d’une reconnaissance accrue de la culture et des connaissances autochtones, cela représente une avancée majeure et attendue depuis longtemps.

Le soir du 27 janvier dernier, la Direction de l’éducation des Premières Nations du Yukon (YFNED) avait des raisons de célébrer.

Environ un an et demi après sa création dans le but d’obtenir une responsabilité accrue dans la gestion du programme scolaire, elle a atteint l’un de ses objectifs principaux, soit le rattachement d’écoles à une commission scolaire autochtone.

Neuf écoles yukonaises ont chacune participé à un référendum en janvier pour savoir si elles souhaitaient se joindre à une nouvelle commission scolaire des Premières Nations.

Huit d’entre elles — Chief-Zzeh-Gittlit (Old Crow), Ross River (Ross River), St. Elias (Haines Junction), Nelnah-Bessie-John (Beaver Creek), Grey Mountain (Whitehorse), Takhini (Whitehorse) ainsi que Johnson et Watson Lake (Watson Lake) — ont voté en faveur de la proposition et une — J.-V.-Clark (Mayo) — l’a rejetée.

Consultez le site du journal L’Aurore boréale

La classe dirigeante autochtone se réjouit

Différents organismes et leadeurs ont décrit le résultat des référendums comme étant entre autres historique, important, valorisant, réconciliateur.

«Il en a fallu du temps pour franchir ce pas», selon Dana Tizya-Tramm, chef de la Première Nation des Gwitchin Vuntut et président du Comité des chefs sur l’éducation.

Par voie de communiqué, le 31 janvier, il a rappelé que «près de 50 ans ont passé depuis que les chefs des Premières Nations du Yukon ont demandé à assumer le contrôle de l’éducation dans le document Together Today for Our Children Tomorrow».

Aujourd’hui, nous célébrons. Demain, nous retrousserons nos manches.

— Dana Tizya-Tramm, chef de la Première Nation des Gwitchin Vuntut et président du Comité des chefs sur l’éducation

Pour sa part, la ministre yukonaise de l’Éducation, Jeanie McLean, a assuré de veiller «à ce que tous les élèves aient la possibilité d’apprendre l’histoire, la culture et les langues des Premières Nations du Yukon, car elles font partie intégrante de nos vies».

Amorce d’un «changement systémique»

Toute l’équipe du Bureau du défenseur de l’enfance et de la jeunesse du Yukon a été impressionnée par le résultat des référendums.

La défenseure de l’enfance et de la jeunesse, Annette King, n’est cependant pas surprise parce qu’elle est convaincue que la nouvelle structure va «améliorer le système éducatif pour tous les élèves et minimiser l’écart pour ceux qui ont besoin de plus de soutien».

Son bureau a publié l’Examen de l’assiduité scolaire au Yukon qui révèle les lacunes du système d’éducation actuel, notamment le taux d’absentéisme élevé.

Dans ce rapport, nous avons remarqué qu’à l’école, il est essentiel d’avoir un sentiment d’appartenance. Si nous pouvons créer une appartenance culturelle pour tous les élèves à travers une lentille autochtone, nous aurons beaucoup plus de succès.

— Annette King, défenseure de l’enfance et de la jeunesse

Le rapport, publié en mai 2021, a notamment recommandé d’accroitre la représentation des Premières Nations sur tous les plans à l’école : personnel, enseignants, volet culturel et programme d’études.

Pour Annette King, il s’agit là d’un exemple tangible de réconciliation : «Notre rapport montre les besoins réels d’une réconciliation qui passe par l’enseignement de l’histoire des pensionnats et de ses impacts. Mais ça, c’est vraiment une étape concrète.»

La directrice des communications de la YFNED, Katharine Sandiford, abonde dans le même sens : «Tout le monde porte son chandail orange, mais la réconciliation prend quelle forme quand elle est mise en action?».

Participation de la CSFY

La Commission scolaire francophone du Yukon (CSFY) a offert de précieux conseils à la YFNED, et ce, depuis presque le début des négociations avec le gouvernement yukonais en vue de créer une commission scolaire autochtone au territoire.

Selon Jean-Sébastien Blais, président de la CSFY, il s’agit d’une immense contribution aux efforts de réconciliation.

Il aimerait d’ailleurs que cette collaboration se poursuive : «Ce qui m’intéresse le plus, c’est de voir avec les élus autochtones s’ils souhaiteraient qu’on se rencontre chaque année pour discuter de ce qui concerne nos deux [commissions scolaires]», précise-t-il.

Jean-Sébastien Blais et Marc Champagne, directeur général de la CSFY, avaient simplement pour but de faire part de l’expérience qu’ils ont vécue pour créer une commission scolaire, sans imposer leur démarche aux organisations autochtones.

«On est tous appelés à faire notre part pour la réconciliation avec les Premiers Peuples», explique Jean-Sébastien Blais, avant d’ajouter que cette collaboration lui a appris à ne pas craindre de tendre la main dans le domaine politique et en éducation.

D’ici aout, il y aura beaucoup de travail à faire à la commission scolaire autochtone. La prochaine étape consiste d’ailleurs à élire cinq commissaires.