le Lundi 5 Décembre 2022
le Mercredi 23 février 2022 13:00 Francophonie

Les obstacles des services de santé en français en milieu minoritaire

Dans l’Ouest canadien, l’accès aux soins de santé en français est un défi.  — Photo : Online marketing – Unsplash
Dans l’Ouest canadien, l’accès aux soins de santé en français est un défi.
Photo : Online marketing – Unsplash
IJL — RÉSEAU.PRESSE – LE FRANCO (Alberta) – Dans l’Ouest canadien, l’accès aux soins de santé en français est un défi. Si les lois provinciales n’obligent pas les ministères de la Santé de la Saskatchewan, de l’Alberta, de la Colombie-Britannique et du Yukon à offrir un service en français, le besoin est omniprésent. Face à l’adversité, les réseaux santé francophones ne se laissent pas abattre.
Les obstacles des services de santé en français en milieu minoritaire
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Selon Brian Conway, président du RésoSanté Colombie-Britannique, l’offre et la demande en matière de soins de santé constituent un grand enjeu en milieu minoritaire. Dans sa province, il estime que de nombreux francophones ne savent même pas qu’il existe des services de santé dans leur langue maternelle.

En effet, d’après les données les plus récentes de Statistique Canada en 2016, seulement 0,8 % des professionnels de la santé parlent régulièrement français dans le cadre de leur pratique.

Les francophones ont ainsi tendance à consulter des praticiens anglophones. «Mais s’il y avait des services en français très développés, très disponibles et bien identifiés, il y aurait beaucoup plus de personnes qui les utiliseraient», mentionne M. Conway.

On observe la même situation en Saskatchewan où il y avait aussi seulement 0,8 % des professionnels de la santé qui utilisaient le français dans le cadre de leur travail en 2016 (Statistique Canada). Alors, pour obtenir des services de santé, «les francophones n’ont pas d’autre choix que de se tourner vers les anglophones».

Frédérique Baudemont, directrice générale du Réseau Santé en français de la Saskatchewan.

Photo : Courtoisie

C’est en ces termes éloquents que Frédérique Baudemont, directrice générale du Réseau Santé en français de la Saskatchewan (RSFS), résume la situation.

Néanmoins, toujours selon les données de 2016 de Statistique Canada, 5,4 % des travailleurs de la santé étaient tout de même capables de s’exprimer en français dans cette province. Malgré cela, ils pratiquent leur métier et vivent dans la langue de Shakespeare.

Les trouver peut relever d’un hasard, comme le souligne Frédérique Baudemont, qui souligne l’exemple d’un professionnel de la santé qui ne s’était pas exprimé en français depuis une quinzaine d’années.

Le défi des milieux ruraux 

En Alberta, Paul Denis, directeur général du Réseau santé Alberta (RSA), indique que les professionnels de la santé francophones qui pratiquent dans les zones rurales n’ont pas, ou peu de relève. «Plusieurs médecins prennent leur retraite» et très peu de jeunes viennent s’y installer, préférant les grands centres urbains.

 

Sandra Saint-Laurent, directrice du Partenariat communauté en santé au Yukon.

Photo : Courtoisie

Malgré tout, la difficulté d’offrir des services de santé en français est aussi présente dans les grandes villes. Entre 2015 et 2018, une clinique francophone a été ouverte à Calgary.

Malheureusement, le projet s’est terminé abruptement en raison d’un personnel démissionnaire et d’une incapacité à recruter de nouveaux employés. De plus, son achalandage n’était pas suffisant et les difficultés financières sont apparues. Il est à noter que le financement de Santé Canada dont la clinique avait bénéficié au moment de son ouverture n’avait pas été renouvelé par la suite.

Du côté du Yukon, les difficultés ont aussi un caractère humain. Faute de n’avoir aucun programme de formation en soins de santé ou en médecine offert sur le territoire, le poste de la masse salariale est incompréhensible. Sandra Saint-Laurent, directrice du Partenariat communauté en santé, évoque de nombreuses difficultés à l’embauche. «Nous devons aller chercher de la main-d’œuvre bilingue à l’extérieur de la province, alors le recrutement est un enjeu», indique-t-elle.

Un problème de visibilité des professionnels francophones

Les réseaux de santé de l’Ouest aident les membres des communautés francophones dans leurs recherches de soins de santé en français. Ils proposent tous sur leur site web un répertoire des professionnels francophones continuellement actualisé.

Brian Conway, président de RésoSanté Colombie-Britannique.

Photo : Courtoisie

Brian Conway confirme que si les organismes de la santé en français de la Saskatchewan et de la Colombie-Britannique ne tenaient pas de répertoires, les professionnels francophones resteraient invisibles pour la majorité.

Les ministères de la Santé de chacune de ces deux provinces ne les ont toujours pas inscrits dans le répertoire provincial. Une situation qui semble néanmoins évoluer, puisque les réseaux santé ont commencé à travailler de pair avec l’objectif commun de visibilité des soins de santé en français.

Sandra Saint-Laurent, elle, mentionne que la collaboration entre les réseaux santé est une grande force puisque ceux-ci vivent des défis similaires. Dans l’adversité, «on est là pour échanger les meilleures pratiques et s’entraider quand c’est le temps de les mettre en œuvre pour mieux desservir notre communauté».