le Lundi 23 mai 2022
le Dimanche 20 février 2022 7:37 | mis à jour le 20 février 2022 7:38 Société

Vers une revitalisation de la langue des signes inuite

Différentes organisations ont choisi de s’allier pour faire la promotion de la langue des signes inuite et pour veiller à sa préservation.  — Photo : Isaac Demeester – Unsplash
Différentes organisations ont choisi de s’allier pour faire la promotion de la langue des signes inuite et pour veiller à sa préservation.
Photo : Isaac Demeester – Unsplash
IJL — RÉSEAU.PRESSE – LE NUNAVOIX (Nunavut) – Bien que des ressources existent pour les personnes inuites atteintes de surdité, de grandes lacunes compliquent encore leur accès à des services. Différentes organisations ont choisi de s’allier pour faire la promotion de la langue des signes inuite et pour veiller à sa préservation.

Reconnue depuis 2008, la langue des signes inuite (IUR, pour Inuit Uukturausingit en inuktitut) est issue d’une longue et fière tradition culturelle. En partenariat avec divers organismes, l’Institut canadien de recherche et de formation sur la surdité (ICRFS) travaille à la promotion de cette langue.

Les Nunavummiuts qui présentent une surdité ainsi que leur famille souhaitent également que l’IUR soit davantage connue, ce qui faciliterait l’accès à divers services, tels que la justice, la santé, l’éducation et l’emploi.

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Un travail de reconnaissance

Selon Jenny Paige MacDougall, directrice de l’ICRFS, il n’existe pas de stigmatisation liée à la surdité au Nunavut. «On a l’impression que les sourds sont plus intégrés dans la société dans les communautés autochtones, et spécialement inuites, parce que leurs valeurs ne sont pas nécessairement la productivité, mais beaucoup plus leur rôle dans leur famille. Le plus important, c’est l’identité familiale et dans la communauté», explique-t-elle.

Carte-éclair montrant le signe pour «aide» en langue des signes inuite.

Source : Courtoisie Jenny Paige MacDougall

Depuis de nombreuses années, elle travaille néanmoins avec son père, James MacDougall, dans l’espoir de venir en aide aux Nunavummiuts sourds ainsi qu’à leur famille. La langue des signes a toujours fait partie du quotidien de cette famille parce que James MacDougall, qui avait des parents sourds, l’a apprise avant même d’apprendre à parler.

«On a commencé à travailler avec des Inuits en 2006 et mon père a fait des groupes [de discussion] dans les différentes communautés pour parler des besoins en termes de services ; [et pour voir] ce qui se passe avec le langage des signes avec les Inuits sourds parce que, avant ces rencontres en 2006, on ne reconnaissait pas qu’il y avait un langage des signes inuit», déclare Jenny Paige MacDougall.

Pendant plusieurs décennies, la langue des signes américaine (ASL) a été enseignée dans les pensionnats autochtones du Sud au détriment de l’IUR. «De la même façon que tous les Inuits étaient forcés à apprendre l’anglais et le français et à abandonner leur langue inuite et inuktitute, la même chose s’est passée avec les sourds», se désole-t-elle.

Il existe plusieurs différences entre l’ASL et l’IUR puisque le signe utilisé est lié à la culture. Par exemple, le signe pour «dimanche» sera différent selon qu’il est associé à l’église, à la détente ou à la famille.

Les ressources demeurent insuffisantes

Différentes organisations travaillent à l’amélioration de la qualité de vie des personnes sourdes au Nunavut. Parmi celles-ci, la Société des sourds du Nunavut, créée en 2014, qui s’affaire à joindre un à un les Inuits sourds dans les différentes communautés et à travailler à la revitalisation de l’IUR.

Carte-éclair montrant le signe pour «aide» en langue des signes inuite.

Source : Courtoisie Jenny Paige MacDougall

De son côté, la Nunavummi Disabilities Makinnasuaqtiit Society préconise l’acceptation et la pleine inclusion de tous les Nunavummiuts sourds ou malentendants. «Cela comprend l’accès aux ressources, au financement, à l’éducation et à l’emploi», déclare Lisa Spencer, spécialiste des communications de cet organisme.

«Actuellement, nous cherchons à offrir des cours de langue des signes en ligne pour favoriser la participation communautaire», ajoute-t-elle en précisant que sa société a choisi d’accorder la priorité à l’IUR dans un objectif de promotion et de revitalisation culturelle.

L’ICRFS a participé à la création de matériel éducatif dont des cartes-éclairs illustrant des mots en IUR ainsi que des vidéos racontant l’histoire de vie de personnes inuites sourdes. Jenny Paige MacDougall insiste également sur la contribution du gouvernement territorial et fédéral pour l’avancement des services.

Malgré tous les efforts déployés, il n’y a toujours aucun interprète en IUR. Selon Jenny Paige MacDougall, cela occasionne de graves problèmes de compréhension culturelle.

«Il n’y a pas d’interprète qui peut aider dans une situation devant la justice, avec une situation médicale et de santé. On essaie de documenter le langage des signes inuit avec des cartes, etc. Éventuellement, l’idée est de faire des programmes pour les Inuits pour avoir des interprètes pour eux-mêmes», conclut-elle.