le Lundi 23 mai 2022
le Vendredi 4 février 2022 7:30 Économie et finances

Une hausse du cout du lait qui divise

À compter du 1er février, les consommateurs pourraient observer une augmentation du prix du lait sur les étagères. — Photo : NeONBRAND – Unsplash
À compter du 1er février, les consommateurs pourraient observer une augmentation du prix du lait sur les étagères.
Photo : NeONBRAND – Unsplash
FRANCOPRESSE – À compter du 1er février, les consommateurs pourraient observer une augmentation du prix du lait sur les étagères. À la fin 2021, la Commission canadienne du lait a annoncé une augmentation de 8,4 % des prix du lait à la ferme, une décision qui risque d’avoir des conséquences directes sur les consommateurs et les restaurateurs.

La décision de la Commission canadienne du lait (CCL) d’augmenter le prix du lait de 0,06 $ par litre vise à compenser les hausses des couts de production entrainées par la pandémie.

La CCL a expliqué sa décision par voie de communiqué en octobre, indiquant que «les couts associés aux aliments pour animaux, à l’énergie et aux engrais ont particulièrement été touchés».

Le directeur du Département d’économie agroalimentaire et des sciences de la consommation à l’Université Laval, Maurice Doyon.

Photo : Université Laval

«On ajuste l’offre à la demande», affirme Maurice Doyon, directeur du Département d’économie agroalimentaire et des sciences de la consommation à l’Université Laval.

«La hausse du prix du lait reflète la hausse du cout de la production du lait [en raison de l’augmentation généralisée des couts]. La Commission canadienne du lait (CCL) prend en considération les calculs des couts de production qui sont faits par des firmes indépendantes», précise le chercheur.

«Si on se compare avec les États-Unis, on voit des fluctuations qui peuvent atteindre plus de 40 % en quelques mois, donc des chutes de prix de 40 % en 2 à 3 mois […] alors qu’au Canada, les prix sont très stables» en raison de la gestion de l’offre, ajoute Maurice Doyon.

La gestion de l’offre, ce qu’elle permet, c’est qu’on va payer ce que ça coute pour produire du lait. Alors, si on veut plus de bienêtre animal au Canada, ce qui est le cas, si on veut un lait de qualité, si on ne veut pas utiliser d’hormones de croissance, ce qui est le cas toujours, ça va couter plus cher.

— Maurice Doyon, directeur du Département d’économie agroalimentaire et des sciences de la consommation à l’Université Laval

Une augmentation mise en perspective

Sébastien Pouliot, économiste supérieur chez Financement agricole Canada.

Photo : Financement agricole Canada

D’après Sébastien Pouliot, économiste supérieur chez Financement agricole Canada (FAC) l’augmentation de 8,4 % s’applique au prix du lait à la ferme et non directement au prix du lait sur les tablettes.

«Si on prend juste un litre de lait, il y a une certaine transformation qui est faite sur ce lait-là, qui n’est pas exactement le lait qui est pris à la ferme. Il est écrémé, il est homogénéisé, il est pasteurisé, il est emballé, réfrigéré, il y a du transport. Donc, il y a beaucoup d’autres couts qui sont ajoutés par la suite [au cout d’achat à la ferme par rapport au prix de revente] et ces couts n’ont pas augmenté ou n’augmenteront pas autant que sur du lait à la ferme», indique-t-il.

«Si on regarde de novembre 2020 à novembre 2021, l’inflation totale sur les produits laitiers était de 3 % […] si on regarde pour les aliments en général, c’est 5,2 %. Donc l’inflation sur les produits laitiers était moindre», offre Sébastien Pouliot à titre de comparaison.

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Un tout autre point de vue du milieu de la restauration

La hausse du prix du lait inquiète tout de même le secteur de la restauration.

«C’est énorme!» s’exclame Olivier Bourbeau, vice-président, Affaires fédérales et Québec chez Restaurants Canada.

Il demande à ce qu’un travail d’équipe soit opéré en ce qui a trait au cout du lait :

La CCL présente une augmentation une fois par année. Il devrait y avoir des discussions avec les parties prenantes, en l’occurrence les commerces de détail, les consommateurs, le food service, les services alimentaires, les restaurants, les producteurs évidemment et les transformateurs. Les cinq devraient être autour de la table à travailler ensemble.

— Olivier Bourbeau, vice-président, Affaires fédérales et Québec chez Restaurants Canada

Lors de la reprise des travaux parlementaires en octobre dernier, Restaurants Canada réclamait déjà la reprise des discussions avec les élus pour affronter la hausse des couts reliée à la pandémie.

Selon les résultats d’un sondage interne, l’organisme révélait à la fin 2021 que «8 opérations sur 10 perdent de l’argent de manière constante depuis la fin de la première vague d’isolements en [2020]».

«Au moment où on se parle, selon Olivier Bourbeau, il y a 12 000 restaurants qui ont fermé leurs portes en raison de la pandémie et il y a toujours un restaurant sur deux qui est toujours à risque de fermer.»

L’augmentation du prix du lait et des autres produits laitiers l’amène à s’inquiéter davantage pour plusieurs joueurs de l’industrie.

«Les produits qu’on va acheter vont nous couter entre 8,4 % et 12,4 % de plus, et on annonce une inflation encore plus élevée l’année prochaine. On comprend tous que les producteurs ont eu des hausses de couts de production, mais je serais curieux de mettre au grand jour les hausses de couts d’un restaurant», ajoute-t-il.

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Un indice des prix à la consommation en hausse

Selon l’Indice des prix à la consommation (IPC), le prix moyen des produits laitiers a augmenté de 2,8 % en 2021, en raison essentiellement de la hausse du prix du beurre. En 2020, le prix moyen des produits laitiers avait augmenté de 2,5 %.

De manière générale, l’Indice des prix à la consommation a augmenté de 3,4 % au cours de la dernière année comparativement à 0,7 % l’année précédente. Il s’agit de la croissance la plus rapide depuis 1991 selon Statistique Canada. Les prix des produits alimentaires, des frais de logement, du prix des véhicules automobiles, des meubles et articles ménagers, des repas aux restaurants et des frais d’hôtels sont restés plus élevés qu’à la normale pendant la pandémie.