le Mercredi 7 Décembre 2022
le Samedi 29 janvier 2022 7:15 Politique

Arielle Kayabaga, un départ à toute allure

Arielle Kayabaga a été élue députée de London-Ouest le 20 septembre 2021. — Photo : Page Facebook Arielle Kayabaga/Montage Francopresse
Arielle Kayabaga a été élue députée de London-Ouest le 20 septembre 2021.
Photo : Page Facebook Arielle Kayabaga/Montage Francopresse
FRANCOPRESSE – Après avoir remporté la circonscription de London-Ouest le 20 septembre 2021, Arielle Kayabaga, nouvelle venue francophone à la Chambre des Communes, en apprend «un peu plus tous les jours» sur son rôle de députée à Ottawa. Déterminée, elle assure que son expérience de conseillère municipale va nourrir cette nouvelle fonction.
Arielle Kayabaga, un départ à toute allure
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En 2018, Arielle Kayabaga est devenue la première femme noire élue au conseil municipal du quartier 13 de London, Ontario.

En septembre dernier, elle accède à la Chambre des communes sous la bannière libérale, en l’emportant avec 36 % face au conservateur Rob Flack. Elle succède ainsi à Kate Young, députée libérale de London-Ouest depuis 2015.

Rythme effréné

Arielle Kayabaga et son fils Noah.

Photo : Heather Lynch Photography

Arielle Kayabaga, 31 ans, rapporte que cette prise de fonction a été mouvementée et dit avoir accueilli la pause des Fêtes avec reconnaissance : «Heureusement qu’on a eu la pause de Noël, on en avait besoin! [Avec mon équipe] on a fini la campagne et on est tout de suite partis à Ottawa, on était pas mal fatigués. La pause était bienvenue!»

La députée jongle entre sa vie à London avec son fils de 12 ans, Noah, ses voyages fréquents à Ottawa et ses études en gestion politique à l’Université Carleton, qu’elle prévoit terminer en 2024.

Pour fluidifier le tout, Arielle Kayabaga est en lien constant avec son personnel, qui se divise entre London-Ouest et Ottawa.

«Certains députés ont des appartements à Ottawa. Ce n’est pas le cas de tout le monde. Moi par exemple, je suis à l’hôtel, donc je dois transporter tout mon vécu avec moi! J’ai perdu beaucoup de lotions et de maquillage entre tous ces voyages, il va falloir que je m’organise mieux pour avoir des sacs des deux côtés», plaisante-t-elle.

Ce rythme va reprendre de plus belle lors de la reprise des travaux au Parlement le 31 janvier prochain, d’autant que la députée fraichement élue fait partie de deux comités permanents : celui des langues officielles et celui de la citoyenneté et l’immigration. «On a commencé à se réunir avant de partir pour Noël, mais nous n’avons pas encore commencé le grand travail», précise-t-elle.

Arielle Kayabaga se sent dans une «courbe d’apprentissage» constante depuis septembre dernier, mais assure : «Je ne suis plus en phase de breffage intense, mais j’apprends un peu plus tous les jours.»

Après un bref temps de réflexion, elle observe :

Je ne suis pas sure que même une personne qui est députée depuis huit ou dix ans peut dire qu’elle a tous les outils. C’est le genre d’environnement où on apprend pendant le travail. On doit être flexibles et adaptables. Là, je pense que les priorités commencent juste à s’assembler pour moi.

— Arielle Kayabaga, députée de London-Ouest

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L’expérience municipale, une «base» pour le fédéral

Cet «assemblage» des priorités est familier à la députée, car il est nourri par son expérience en tant que conseillère municipale de London.

Arielle Kayabaga a été élue députée de London-Ouest le 20 septembre 2021.

Photo : Page Facebook Arielle Kayabaga

«J’ai eu l’opportunité d’acquérir une base à travers [ce poste]. Je connais London, je sais ce dont la ville a besoin, surtout dans le domaine des logements abordables et des transports en commun. Je veux amener cette expérience-là [à la Chambre des Communes]», explique Arielle Kayabaga.

Elle ajoute : «Pendant la pandémie, on a vu que les trois niveaux de gouvernement [municipal, provincial et fédéral] doivent travailler ensemble, notamment pour apporter le soutien important et nécessaire aux villes, qui en ont vraiment besoin».

Sa francophonie est l’autre atout que la députée ramène à Ottawa. Arielle Kayabaga est même trilingue : elle parle le français, l’anglais et le kirundi, langue apprise dans son Burundi natal.

La députée y a une grande partie de sa famille et ne veut pas oublier d’où elle vient.

Impliquée dans la communauté burundaise au Canada, elle met aussi un point d’honneur à ce que son fils connaisse un peu sa langue maternelle :

En somme, on parle trois langues à la maison. C’est une configuration que connaissent beaucoup de Burundais ici. On peut commencer une phrase en kirundi et la finir en français ou en anglais. Le problème, c’est que tu penses dans les trois langues en même temps!

— Arielle Kayabaga, députée de London-Ouest

La députée est originaire du Burundi, pays qu’elle a fui avec sa famille pour immigrer au Canada lorsqu’elle avait une dizaine d’années.

Photo : Capture d’écran – Google Maps

Originaire de la ville de Bujumbura, capitale économique du pays située au nord du lac Tanganyika, la députée a dû quitter le pays en guerre, avec sa famille, lorsqu’elle avait une dizaine d’années. Elle explique y être retournée quelques fois depuis.

«Le pays était différent pour moi, car je ne me souvenais pas trop du Burundi avant que j’y retourne. C’est un pays qui se retrouve encore en guerre, qui a des hauts et des bas. Je dirais que le cycle de violence qu’on a connu au Burundi n’est pas encore arrivé à sa fin», explique-t-elle.

Ainsi, la question de l’immigration la touche personnellement. À la reprise des travaux parlementaires, le 31 janvier, Arielle Kayabaga assure que l’un des enjeux du Comité permanent de la citoyenneté et de l’immigration sera de se pencher sur la question de l’immigration africaine, notamment francophone, «qui n’a pas beaucoup avancé. On travaille avec l’opposition sur la question. On aura besoin [de l’immigration] pour avancer le pays, notamment dans la relance post-COVID».

«Mon siège de député.e» est une série de portraits des député.e.s francophones, francophiles, francocurieux et francocurieuses du Canada. Ces élu·es ont accepté de se prêter au jeu et de s’ouvrir quant aux enjeux qui leur tiennent à cœur, qu’il s’agisse de la place du français à la Chambre des communes ou de tout autre sujet d’importance dans la société canadienne.