le Dimanche 22 mai 2022
le Lundi 24 janvier 2022 17:00 Francophonie

Diane Bernier-Ouellette, figure marquante de la littératie en milieu minoritaire

«Ce n’est pas de la fausse modestie. En mon for intérieur, je crois que, seule, j’ai accompli très peu de choses. Je travaille en équipe», souligne Diane Bernier-Ouellette. — Amanda Kember
«Ce n’est pas de la fausse modestie. En mon for intérieur, je crois que, seule, j’ai accompli très peu de choses. Je travaille en équipe», souligne Diane Bernier-Ouellette.
Amanda Kember
LA VOIX ACADIENNE (Île-du-Prince-Édouard) – Francopresse, en partenariat avec l’Alliance des radios communautaires du Canada et ONFR+, a dévoilé le 3 janvier sa 7e édition du Palmarès des personnalités influentes de la francophonie canadienne. La Prince-Édouardienne Diane Bernier-Ouellette, qui a été l’une des premières à s’intéresser au concept de littératie en francophonie minoritaire, y figure.

«On ne se lève pas le matin en pensant qu’on mérite des récompenses. Pour ma part, je suis reconnaissante aux personnes qui ont jugé que je méritais cet honneur, mais d’un autre côté, il y a tellement de gens qui sont sur mon palmarès à moi!» a réagi Diane Bernier-Ouellette, consultante en littératie sociale et chargée de cours à l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard.

Elle ajoute :

Ce n’est pas de la fausse modestie. En mon for intérieur, je crois que, seule, j’ai accompli très peu de choses. C’est en équipe que j’aime travailler. Alors je partage cet honneur avec les équipes dont je fais partie.

— Diane Bernier-Ouellette, consultante en littératie sociale et chargée de cours à l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard

À lire aussi : Palmarès des personnalités influentes de l’année 2021

La littératie pour revendiquer le respect de ses droits

Diane Bernier-Ouellette a été l’une des premières personnes à saisir et à préciser le concept de littératie et tout ce qu’il contient.

«La littératie, ce n’est pas une matière. Ça transcende toutes les matières et les secteurs d’activité humaine. On n’est plus à l’étape d’enseigner à nos jeunes comment et où trouver de l’information ; on est à l’étape de les aider à comprendre les tonnes d’informations qu’ils reçoivent, à aiguiser leur capacité à questionner, à synthétiser et à utiliser ces informations pour rendre le monde meilleur», explique-t-elle.

La somme d’informations produite sur la planète est phénoménale. Il y a de quoi bousculer nos croyances, remettre en question nos valeurs et influencer nos décisions, sans même que l’on en soit pleinement conscient.

«La littératie, c’est l’ensemble des outils qui, à terme, permettent à une personne de s’exprimer clairement, de revendiquer le respect de ses droits, de comprendre que certaines situations n’ont tout simplement pas de sens», estime Diane Bernier-Ouellette.

La grand-maman adore lire à ses petits-fils et leur acheter des livres. Elle a même une petite bibliothèque juste pour eux (à leur portée) dans sa maison. Ils aiment choisir les livres eux-mêmes.

Courtoisie famille Bernier-Ouellette

À titre d’exemple, elle cite la compagnie Amazon qui, malgré des profits exorbitants, n’augmente en rien le salaire de base de son personnel. «[Le propriétaire], il n’est pas plus intelligent qu’un autre, mais ça se passe parce que notre société laisse ça passer. La seule chose qui va changer cela, c’est un peuple qui lit, qui réfléchit, qui s’exprime et qui dénonce par ses paroles et ses actions. C’est ça, la littératie. Ce qui nous anime, moi et les autres personnes qui travaillent en littératie, c’est la croyance que l’équité sociale passe par des élèves qui sont confiants et compétents en lecture et en communication orale et écrite», affirme Diane Bernier Ouellette.

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Permettre aux enseignants de mieux faire leur travail

Diane Ouellette ne cache pas qu’elle aime travailler en équipe. Parmi ses équipes préférées, il y a celle de l’organisme De mots et de craie.

«C’est un regroupement pancanadien. Nous sommes tous des bénévoles et nous sommes tous animés par les mêmes valeurs et les mêmes objectifs, qui sont en gros de permettre aux enseignants francophones de tout le pays d’accéder aux formateurs les plus à la pointe des connaissances en littératie», explique-t-elle.

«Nous faisons un congrès tous les deux ans et en alternance, un institut. À notre plus récent congrès, en 2021, en format virtuel, plus de 25 enseignants de l’Île-du-Prince-Édouard étaient inscrits, grâce au soutien du ministère de l’Éducation et de l’Apprentissage continu», enchaine la consultante.

Depuis deux ans, Diane Ouellette fait aussi partie d’une équipe qui œuvre au Liban dans le but d’implanter des pratiques exemplaires en littératie, en anglais, en arabe et en français.

«J’ai été mise en contact avec [cette équipe] à travers mon implication avec De mots et de craie, mais je suis aussi moi-même une étudiante et, dans une des formations que j’ai suivies, j’avais rencontré des acteurs en littératie du Liban. Une chose a mené à une autre et j’ai accepté de travailler avec eux!» relate-t-elle.

À l’Île-du-Prince-Édouard, Diane Bernier-Ouellette travaille de près avec la Fédération des parents de l’Île-du-Prince-Édouard (FPIPE) ainsi qu’avec le réseau des mentors en littératie des écoles de la Commission scolaire de langue française (CSLF).

«Ce sont [ces personnes] qui font le travail sur le terrain, dans les écoles. Mon rôle est de les appuyer, de faire des recherches pour leur permettre de mieux faire leur travail. Dans ma carrière, j’ai travaillé avec tous les mentors en littératie de toute l’Île. Depuis que je suis à la retraite, je travaille seulement avec les mentors de la CSLF», précise-t-elle.

Cruciale pour la pérennité de la francophonie

Au cœur de la littératie se trouvent les sentiments de confiance et de compétence dont une personne a besoin pour prendre plaisir à s’exprimer et à lire.

«Dans notre contexte minoritaire, c’est crucial», estime Diane Bernier-Ouellette.

Si nos jeunes ne se sentent pas confiants et compétents en français, ils vont rapidement opter pour l’anglais. La même chose pour la lecture. L’anglais est facile, comparé au français, surtout ici à l’Île. La langue française est très belle, c’est une grande satisfaction de la maitriser, mais elle est difficile à apprendre et à enseigner.

— Diane Bernier-Ouellette, consultante en littératie sociale et chargée de cours à l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard

Malgré sa grande passion pour l’enseignement, Diane Bernier-Ouellette a une priorité qui devance tout : sa famille. Elle aimerait dire que l’époque où elle-même, jeune maman, devait insister pour se faire servir un peu en français au café local est bel et bien révolue, mais un récent incident lui fait craindre que la lutte ne soit pas encore finie.

«J’étais chez Indigo. Il y avait beaucoup de livres de Noël en anglais. Bien poliment, je leur ai demandé de m’indiquer la section des livres de Noël en français. Il y avait un seul livre. Je ne pouvais pas croire qu’une grande librairie comme Indigo n’aurait pas une plus grande sélection en français, en 2021-2022, avec une communauté francophone et francophile comme la nôtre!» s’étonne-t-elle.

Celle pour qui la lecture est un ingrédient essentiel à la pérennité de la francophonie n’a vraisemblablement pas fini de lutter.