le Samedi 22 janvier 2022
le Vendredi 14 janvier 2022 8:17 | mis à jour le 14 janvier 2022 8:18 Société

L’accessibilité de l’alcool inquiète à Rankin Inlet

Un montant de 32 000 $ a été dépensé lors de la journée d’ouverture du nouveau magasin d’alcool à Rankin Inlet.  — Courtoisie SACN
IJL — RÉSEAU.PRESSE – LE NUNAVOIX (Nunavut) – Le 4 décembre dernier, la Société des alcools et du cannabis du Nunavut a procédé à l’ouverture de son nouveau point de vente situé à Rankin Inlet. Alors que 444 clients ont dépensé un peu moins de 32 000 $ lors de la journée d’ouverture, des résidents de la communauté se disent préoccupés par cette nouvelle offre de services.

Quatre ans après l’ouverture d’un premier point de vente à Iqaluit, la Société des alcools et du cannabis du Nunavut (SACN) a inauguré un second magasin sur le territoire, situé dans la communauté de Rankin Inlet.

Le gouvernement territorial affirme qu’en plus de contribuer à réduire le niveau de consommation d’alcool, cette nouvelle offre de services aidera à freiner la contrebande.

Bien que les résidents de Rankin Inlet aient voté en majorité pour l’ouverture de ce magasin en 2017, les opinions sont partagées quant au bienfondé de rendre l’alcool plus accessible à la population.

Consultez le site du journal Le Nunavoix

Réduire la consommation excessive

Tout comme à Iqaluit, le nouveau point de vente de la SACN à Rankin Inlet propose à sa clientèle de la bière, du vin et d’autres boissons à faible teneur en alcool telles que du cidre. Une restriction journalière de trois litres de vin ou de 24 canettes de bière, de cidre ou de panaché est mise en application.

«L’objectif des magasins de bière et de vin est d’aider à changer les comportements de consommation excessive d’alcool et d’alcool fort. Les magasins de bière et de vin donnent accès à des quantités limitées de boissons à faible teneur en alcool pour encourager les gens à consommer de l’alcool de manière plus responsable», déclare Jo-Anne Falkiner, directrice des politiques ministérielles au ministère des Finances du gouvernement du Nunavut.

Parallèlement à l’ouverture de son nouveau magasin, la SACN offre à la collectivité de nombreuses ressources éducatives sur la consommation responsable et sécuritaire d’alcool et encourage toute personne présentant des problèmes de santé mentale ou de toxicomanie à demander de l’aide.

Nous avons des documents relatifs à l’utilisation responsable de l’alcool disponibles dans le nouveau magasin et nous incluons des messages sur l’utilisation responsable de l’alcool dans chaque commande expédiée aux clients. Nous utilisons les médias sociaux et notre site Web de responsabilité sociale pour rejoindre les personnes qui ne viennent au magasin.

— Jo-Anne Falkiner, directrice des politiques ministérielles au ministère des Finances du gouvernement du Nunavut

Freiner la contrebande

D’après le rapport Agir pour réduire les méfaits liés à l’alcool au Nunavut, publié par le gouvernement du Nunavut en octobre 2016, 23 % des décès prématurés sur le territoire entre 1999 et 2007 étaient liés à un abus d’alcool et 30 % de tous les homicides étaient liés aux drogues ou à l’alcool.

Selon Jo-Anne Falkiner, la contrebande d’alcool est une préoccupation importante dans de nombreuses collectivités et le gouvernement territorial s’est employé à renforcer l’application des lois existantes sur l’alcool et à moderniser la législation afin d’ajouter des mesures pour perturber les activités de contrebande.

«L’adoption récente de la Loi sur la confiscation de biens acquis ou utilisés illégalement, ainsi qu’une nouvelle division des confiscations civiles au ministère de la Justice, devraient renforcer les efforts d’application contre le marché de l’alcool illégal», déclare la directrice des politiques ministérielles.

Un travail de collaboration a également mené à un certain nombre d’accusations : «La SACN partage des informations avec la [Gendarmerie royale du Canada] concernant les achats d’alcool inhabituels, qui peuvent indiquer des activités illégales comme la contrebande, pour leur suivi et leur enquête», ajoute Jo-Anne Falkiner.

Un accueil mitigé

Bien que 74 % des électeurs de Rankin Inlet se soient prononcés en faveur de l’ouverture de ce magasin lors d’un référendum tenu le 1er mai 2017, des inquiétudes subsistent au sein de la population.

Résidente de Rankin Inlet, Taina Aliyak Kubluitok se dit heureuse d’avoir l’opportunité de déguster un verre de vin ou une bière, mais est préoccupée face aux possibles conséquences d’une plus grande accessibilité des boissons alcoolisées.

Il y a des gens qui ne gèrent pas leur consommation d’alcool. Ils pourraient devenir trop intoxiqués et tomber ivres morts dehors. Ou encore, s’ils ont des enfants à la maison, qui sera avec eux et est-ce qu’ils choisiront l’alcool plutôt que de mettre de la nourriture sur la table?

— Taina Aliyak Kubluitok, résidente de Rankin Inlet

Rosemary Brown, qui réside également à Rankin Inlet, affirme pour sa part que la consommation d’alcool est déjà problématique au Nunavut et croit que le fait d’y rendre des produits alcoolisés plus accessibles aura de lourdes conséquences chez les enfants dont les parents sont alcooliques.

«Je ne suis pas heureuse de voir des enfants marcher dans les rues et avoir froid parce que leurs parents ont besoin d’un verre. Je ne suis pas ravie de voir l’argent des impôts des enfants dépensé dans le magasin de bière et de vin au lieu d’acheter de la nourriture et des vêtements», exprime-t-elle.

Elle craint également que cela n’engendre une augmentation du nombre de suicides dans la communauté.