le Mardi 5 juillet 2022
le Lundi 10 janvier 2022 13:00 Arts et culture

La culture autochtone démystifiée en Saskatchewan

Extraits de la série de livres de coloriage lancés par Colouring It Forward.  — Courtoisie Diana Frost
Extraits de la série de livres de coloriage lancés par Colouring It Forward.
Courtoisie Diana Frost
IJL — RÉSEAU.PRESSE – L’EAU VIVE (Saskatchewan) – Un partenariat entre le Réseau en immigration francophone de la Saskatchewan (RIF), le Service d’accueil et d’inclusion francophone (SAIF-SK) et la compagnie Colouring It Forward a permis de faire découvrir la culture et l’histoire autochtones à des immigrants.

Une dizaine d’immigrants francophones ont pu suivre un premier atelier diffusé en novembre dernier sur les enseignements et les traditions autochtones à travers l’art et la culture.

Animé par Diana Frost, d’origine algonquine et métisse, fondatrice de l’entreprise à vocation sociale Colouring It Forward, ce premier volet d’une série de deux visait à dépeindre de façon originale l’apport de la communauté autochtone en s’appuyant notamment sur l’art.

Se familiariser avec de nouvelles réalités

Lors de ce premier atelier, l’animatrice, basée à Calgary, a présenté des informations sur l’histoire, les problématiques et les valeurs des peuples autochtones, «afin d’aider les immigrants avec leur adaptation à une nouvelle culture. Nous avons aussi parlé de la roue médicinale et de la façon de l’utiliser pour améliorer leur propre bienêtre», retrace-t-elle.

Diana Frost croit que ce genre d’initiatives peut aider les gens à mieux comprendre les nouvelles dans les médias et la colère entre la population autochtone et non autochtone.

En outre, cette information est utile à tous, souligne-t-elle, pas seulement aux nouveaux arrivants.

On peut tous bénéficier de ces enseignements, au même titre que ceux de Gandhi ou de mère Teresa. Ils nous aident à mieux vivre en harmonie avec notre environnement, notre communauté, notre famille, les uns avec les autres. On a tous besoin de ça!

— Diana Frost, fondatrice de l’entreprise à vocation sociale Colouring It Forward

Diana Frost, fondatrice de l’entreprise à but social Colouring It Forward.

Courtoisie

Le deuxième atelier a dû être reporté à une date ultérieure. La fondatrice de Colouring It Forward précise que ce sera l’occasion d’explorer l’univers des cérémonies autochtones et de pratiquer une cérémonie de purification avec de la sauge.

Des rapprochements sur la colonisation subie

L’animatrice, qui a elle-même vécu en Afrique, a trouvé très bénéfiques les échanges avec certains participants africains et les parallèles entre la culture de colonisation subie par les peuples africains et autochtones.

«Les gens ont souffert de complexes d’infériorité à cause de la colonisation, ils se sentaient comme des sauvages, aussi bien en Afrique qu’ici», commente-t-elle.

Issue de la communauté métisse et algonquine au Québec, ce n’est qu’à l’âge de 20 ans que Diana Frost découvre ses racines.

«Ma mère m’a annoncé que nous avions du sang autochtone, mais elle ne savait rien de sa culture parce qu’elle a été élevée dans une école résidentielle pendant presque toute son enfance. Elle n’a donc pas eu la chance d’apprendre sa langue, sa culture ou sa spiritualité», raconte-t-elle.

Enthousiasmée par cette découverte, celle qui est alors jeune étudiante en ingénierie veut en savoir plus. Mais l’entreprise s’avère plus difficile que prévu et elle doit abandonner ses recherches, faute de soutien.

«C’était difficile, car on n’avait pas de connexion avec la famille. J’ai commencé à essayer de trouver des gens de qui je pourrais apprendre les enseignements, mais dans ma petite ville, il n’y avait pas beaucoup de personnes autochtones», regrette Diana Frost.

La jeune femme décide alors de se consacrer à sa carrière d’ingénieure. Spécialisée dans le secteur des eaux, elle a l’occasion de travailler dans certains pays en voie de développement, dont l’Afrique et l’Amérique latine.

«À chaque fois que j’allais là-bas, je me disais : “Mais pourquoi aller si loin alors que ma communauté des Premières Nations a elle-même des problèmes avec l’eau?”»

Un rêve prémonitoire

L’idée de pouvoir changer les choses pour son propre peuple a fait son chemin et, en 2016, Diana Frost fait un rêve qui changera sa vie et celle de sa communauté. «J’ai rêvé que j’allais faire une série de livres de coloriage avec des Ainés, et qu’on y inclurait des enseignements et la culture à travers l’art!»

Après plusieurs questionnements sur la façon d’entreprendre ce projet, elle finit par trouver des collaborateurs prêts à contribuer à ce livre. Quelques mois plus tard, elle perd son emploi d’ingénieure. Elle sait désormais quelle voie suivre et s’engage complètement dans «sa nouvelle trajectoire».

Le premier livre de coloriage connait un succès fou et la nouvelle entrepreneure en vend pas moins de 2 500 exemplaires en l’espace de six semaines.

«C’était le premier livre de coloriage autochtone, alors je suis passée partout dans les médias!», se réjouit-elle. Elle-même artiste, elle collabore depuis avec des dizaines d’autres artistes, artisans et Ainés autochtones pour mettre en valeur leurs savoirs et leurs sagesses.

L’art guérisseur

Outre son entreprise florissante, Diana Frost crée en 2017 une ONG en l’honneur de sa mère et de son père dont l’objectif est d’organiser des marches de chandails orange.

L’entrepreneure explique que, cette année, la troisième marche à Calgary a connu un franc succès. «Nous avons eu une bonne collaboration avec la Ville de Calgary. C’est une belle façon d’aider à la réconciliation», pointe-t-elle.

Celle qui se définit comme une «facilitatrice du rapprochement avec la culture autochtone» conserve aussi une forte appartenance à la culture et à la langue francophones en faisant profiter plusieurs écoles et institutions francophones de ses initiatives.

Le travail de Diana Frost permet de faire découvrir les artistes autochtones, leur vision du monde et leur contribution essentielle à la société. Une entreprise qui, elle l’espère, mettra fin aux stéréotypes dont sont souvent victimes les membres des Premières Nations.

Un nouvel atelier sera annoncé prochainement.