le Vendredi 1 juillet 2022
le Dimanche 26 Décembre 2021 7:30 Francophonie

En Alberta, la «force de communication» de Guy Armel Bayegnak

Guy Armel Bayegnak a vécu au Cameroun et en Allemagne et vit depuis 18 ans à Edmonton.  — Courtoisie
Guy Armel Bayegnak a vécu au Cameroun et en Allemagne et vit depuis 18 ans à Edmonton.
Courtoisie
LE FRANCO (Alberta) – Peut-on raconter l’histoire d’un homme et d’une collectivité en même temps? À en croire les dires et — surtout — les mots de Guy Armel Bayegnak, c’est possible. Dans son roman "Poids plume, poids d’or", l’auteur d’Edmonton offre un voyage dans la communauté franco-albertaine plurielle, à travers les yeux d’un immigrant africain.

À travers une campagne électorale, le roman invite à suivre Sebouka, un immigrant franco-africain, et les difficultés de sa vie au quotidien. Entre l’arrivée imminente de son premier nouveau-né dans le foyer, la nécessité d’une promotion professionnelle, mais également un manque d’espace politique que lui réserve sa communauté d’accueil en tant qu’immigrant, Sekouba n’a pas les conditions pour avoir un esprit candide.

En prenant le point de vue de l’immigrant franco-africain, souvent relégué au second plan selon l’auteur Guy Armel BayegnakPoids plume, poids d’or explique les angles morts d’une communauté francophone minoritaire marquée par la diversité culturelle et ethnique.

Bien qu’il s’agisse d’une fiction, l’œuvre peut être lue à plusieurs niveaux, notamment celui de la réflexion sociétale. C’est un objectif que Guy avait en tête au moment de l’écriture. Il pose plusieurs questions sur l’individu et sa place dans la communauté.

Comprendre les incompréhensions

Géologue de formation, il semble que cette fibre scientifique l’amène à étudier attentivement le monde dans lequel il évolue. Après 18 ans dans la capitale albertaine, il décide de matérialiser ce qu’il observe dans sa communauté : des malaises persistants.

L’auteur, né au Cameroun, apporte une nuance entre une communauté francophone, constituée de personnes qui partagent la langue de Molière, et une communauté francophone plurielle.

Dans son œuvre, il déconstruit l’apparence d’une communauté francophone homogène perçue par les observateurs extérieurs à la communauté. Formée de Québécois, de Franco-Albertains, d’immigrants africains et européens, la communauté est plurielle et hétérogène.

Poids d’or, poids plume est le troisième livre de Guy Armel Bayegnak.

Courtoisie

Les membres «forment des agrégats qui partagent une langue commune, qui partagent peut-être aussi une vision commune, mais qui, à la fin, ne se comprennent pas et qui ne se fréquentent pas assez. Il y a donc des incompréhensions», rapporte l’auteur.

Ces incompréhensions sont au cœur de son roman, mais également d’évènements marquants de la communauté franco-albertaine de ces dernières années. Parmi les exemples que Guy cite, il note la manifestation organisée par l’Association des parents noirs de l’Alberta (APNA) en juillet 2020.

L’APNA dénonçait toutes les formes de discrimination dans les écoles du Conseil scolaire Centre-Nord, mais également une sous-représentation des enseignant.e.s noir.e.s.

«Est-ce que j’ai vécu ces [incompréhensions] directement? Pas toujours, mais indirectement», mentionne l’auteur. Il affirme que ce n’est pas parce qu’il n’est pas touché personnellement en tant qu’individu qu’il n’est pas concerné. Ces incompréhensions le touchent et l’interpellent en tant que membre de sa communauté.

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Une invitation et de l’espoir

Guy Armel Bayegnak s’ouvre sur l’expérience migratoire qu’il a vécue dans «un environnement linguistique minoritaire». «Quand on arrive dans un environnement minoritaire, on a toujours cet instinct, cette tendance à rechercher celui qui comprend notre réalité, celui qui comprend notre vécu et tout simplement partager [ces éléments].»

Pour l’auteur, la parole revêt un atout quasi magique. Il s’agit d’une «force de communication». Cependant, il déplore le fait que cette force n’est pas maximisée pour créer des ponts entre les différents agrégats de la communauté.

En effet, il constate que certains perçoivent l’immigrant comme celui qui «veut retirer quelque chose à ce qui existe déjà, alors que le nouvel arrivant […] a l’impression de pouvoir y apporter quelque chose».

C’est d’ailleurs pourquoi, en plus de proposer un questionnement à ses lecteurs, il les invite à poser un geste : se rencontrer les uns les autres afin que les gens puissent se fréquenter, se parler et apprendre le point de vue d’autrui.

«C’est également un roman d’espoir. Au-delà de l’invitation et du questionnement, il y a de l’espoir. Les questions sont posées, on n’y apporte pas de réponse, mais il y a l’espoir que ces ponts seront construits, que ces passerelles seront parcourues dans les deux sens pour se rencontrer, se parler et arrêter de se mettre la tête dans le sable.»

Le livre de Guy Armel Bayegnak est disponible dans les librairies francophones.