le Dimanche 4 Décembre 2022
le Dimanche 12 Décembre 2021 7:30 Société

Au Nunavut, des élèves s’unissent pour la prévention du suicide

Joe Ashoona (à gauche) et Deion Pearce (à droite), lors de la manifestation tenue le 16 novembre dernier à Iqaluit.  — Eleanor Oolayou
Joe Ashoona (à gauche) et Deion Pearce (à droite), lors de la manifestation tenue le 16 novembre dernier à Iqaluit.
Eleanor Oolayou
IJL – Réseau.Presse – Le Nunavoix (Nunavut) – Des élèves de l’école secondaire Inukshuk à Iqaluit ont récemment organisé une manifestation pour la prévention du suicide, un évènement auquel les jeunes de Rankin Inlet ont décidé de se joindre. Le suicide demeure une problématique inquiétante au Nunavut et davantage de ressources sont réclamées.
Au Nunavut, des élèves s’unissent pour la prévention du suicide
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Face au fait que le Nunavut présente un taux de suicide dix fois supérieur à celui du reste du Canada et dans la foulée de l’annonce récente du décès par suicide d’un élève du secondaire, des centaines de jeunes d’Iqaluit ont participé le 16 novembre dernier à une manifestation pour la prévention du suicide.

Pour appuyer la cause, un évènement similaire a par la suite été organisé par des jeunes de la communauté de Rankin Inlet. Plusieurs réclament davantage de services et d’actions, afin de réduire le taux de suicide dans la population.

Une mobilisation importante

Selon Deion Pearce, l’un des organisateurs de l’évènement, 200 à 300 jeunes ont marché de l’École secondaire Inukshuk jusqu’à l’Assemblée législative, afin de revendiquer plus de ressources en santé mentale et en prévention du suicide destinées aux Nunavummiut.

«Moi et un petit groupe d’amis avons décidé de mettre en place [cette manifestation] parce que nous avons remarqué un très gros problème ici, au Nunavut. Il doit y avoir un changement. Nous savions qu’il y avait suffisamment de gens qui nous soutiennent dans cette cause pour que nous puissions envoyer un message», affirme-t-il.

Déclarant que la manifestation faisait suite à la perte très malheureuse d’un jeune, Deion Pearce explique également que cet évènement a été créé pour les nombreuses personnes, jeunes et plus âgées, qui se sont suicidées.

«Cette question nous est si chère parce que c’est notre peuple qui souffre et souffre depuis bien trop longtemps», relate-t-il.

Le jeune homme déplore un énorme manque de ressources et de soutien en matière de santé mentale pour les jeunes et les personnes de tous âges au Nunavut.

Nous savons que les services actuels essaient de leur mieux, mais nous en demandons plus au gouvernement parce que cela a été négligé par le fédéral depuis trop longtemps maintenant. Nous voulons faire passer le message qu’on nous a réduits au silence, ignorés, blessés et balayés sous le tapis et que nous méritons un changement.

— Deion Pearce, l’un des organisateurs de la marche

Se ralliant à la cause, des jeunes de la communauté de Rankin Inlet ont également organisé un évènement le 20 novembre dernier.

«Nous suivons Iqaluit avec leur manifestation pour sensibiliser face au besoin d’avoir de meilleurs soins de santé mentale à Rankin et au Nunavut», affirme Meagan Akumalik Netser, organisatrice de l’évènement tenu à Rankin Inlet.

L’intervention en milieu scolaire

Doug Workman, président de l’administration scolaire du district d’Iqaluit, affirme avoir été contacté le 14 novembre dernier par la direction de l’école à la suite du suicide d’un élève. Il a été mis au courant que des interventions auraient lieu auprès des étudiants et du personnel dès le lendemain.

«Après notre conversation téléphonique, j’ai contacté le reste de notre conseil d’administration qui a fait quelques suggestions de soutien faisant partie du protocole, comme Embrace Life et Youth Wellness Team», affirme-t-il.

Il précise qu’il a vu en début de soirée que des élèves préparaient une manifestation sur le besoin de plus de soutien pour la population afin de prévenir le suicide. Face à cet évènement, la direction scolaire a suivi le protocole relié à une telle situation.

«Il est reconnu parmi notre personnel, et dans la littérature, que la communication est un élément clé dans notre réponse à une mort subite ou à un suicide. Un autre élément important est également d’être attentif à la manière dont nous communiquons, afin de ne pas déclencher de réponses qui mettent nos élèves en danger», peut-on lire dans le document Procédure mort subite et suicide produit en septembre 2018.

Doug Workman dit avoir vu de nombreuses pancartes réalisées par les élèves pendant la manifestation indiquant, par exemple, «Donnez-nous de l’espoir» ou «Nous avons besoin de plus de ressources pour arrêter le suicide».

«Bien sûr, nous soutenons tous de telles initiatives parce que nous avons tous eu des êtres chers ou connaissons des personnes qui se sont suicidées beaucoup trop tôt», déclare-t-il.

Actions gouvernementales

Le ministère de la Santé du Nunavut reconnait qu’il y a eu d’importants deuils liés au suicide sur le territoire et s’engage à veiller à ce que toutes les mesures soient prises pour fournir des services complets de prévention et de postvention en santé mentale aux familles touchées par ces tragédies.

À ce sujet, la division de la santé mentale crée un plan de postvention pour fournir un soutien à la famille et à la communauté après chaque perte par suicide.

Selon l’Association québécoise de prévention du suicide (AQPS), la postvention «correspond à l’ensemble des interventions déployées après un suicide dans le milieu dans lequel le suicide a eu lieu ou dans les milieux qui étaient fréquentés par la personne décédée».

«Le gouvernement du Nunavut reconnait que la prévention du suicide nécessite une approche à multiples facettes pour fournir des interventions qui nécessitent une collaboration interministérielle, afin de lutter contre les facteurs qui contribuent au risque de suicide», déclare Danarae Sommerville, spécialiste des communications au ministère de la Santé du gouvernement du Nunavut.

À la suite des récents suicides survenus dans la région du Kivalliq, l’équipe de Santé mentale et toxicomanie travaille en collaboration avec la communauté afin de développer des services de postvention.

«Le plan de postvention est conçu pour identifier les personnes à risque et étendre les services à l’ensemble de la population. Les objectifs d’un plan de postvention sont de minimiser la probabilité de déclencher ce comportement chez d’autres au sein de la communauté et des groupes ciblés à risque. Il s’agit d’un plan global dépendant du réseau connecté à l’individu, à la situation et aux besoins», précise Danarae Sommerville.

L’équipe de santé mentale a reconnu la nécessité d’accroitre les initiatives de prévention et a examiné les services actuels au sein de la communauté. «La stratégie adoptée par notre équipe est de renforcer les activités de sensibilisation, car elles jouent un rôle crucial dans la promotion de la santé mentale», conclut-elle.