le Lundi 28 novembre 2022
le Vendredi 10 Décembre 2021 17:00 Société

Lutter contre la sédentarité à Cambridge Bay

Deux représentants de l’équipe, Hubert Rousseau (à gauche) et Mathieu Brillon (à droite), accompagnés du président de la communauté autochtone de Sherbrooke, Michel Fontaine (au centre), lors de la levée de fonds organisée cet automne. — Zoé Lord
Deux représentants de l’équipe, Hubert Rousseau (à gauche) et Mathieu Brillon (à droite), accompagnés du président de la communauté autochtone de Sherbrooke, Michel Fontaine (au centre), lors de la levée de fonds organisée cet automne.
Zoé Lord
IJL - Réseau.Presse - Le Nunavoix (Nunavut) – Des finissants du baccalauréat en kinésiologie de l’Université de Sherbrooke, au Québec, travaillent actuellement sur un projet visant à diminuer la sédentarité chez les adolescents de la communauté de Cambridge Bay. L’activité physique est un moyen efficace de diminuer la détresse psychologique et les maladies chroniques, deux problématiques répandues au Nunavut.
Lutter contre la sédentarité à Cambridge Bay
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Par leur projet-pilote «Better on the Land», des finissants au baccalauréat en kinésiologie de l’Université de Sherbrooke désirent faire une différence dans la vie des jeunes Nunavummiut.

En collaboration avec le ministère de la Santé du gouvernement du Nunavut, les futurs kinésiologues travaillent à une initiative visant la promotion de l’activité physique chez les jeunes de 10 à 19 ans dans la communauté de Cambridge Bay, dans l’espoir d’y réduire la détresse psychologique et les maladies chroniques.

Par l’entremise de cette initiative, les étudiants désirent également faire leur part dans le processus de réconciliation avec les peuples autochtones au Canada.

Consultez le site du journal Le Nunavoix

Outiller la communauté

Le projet s’inscrit dans le cadre du cours «Approche populationnelle et santé publique» que suivent 29 étudiants en kinésiologie de l’Université de Sherbrooke cette session-ci.

«On voulait avoir un réel impact auprès d’une population qui n’a pas nécessairement accès à notre expertise, la kinésiologie étant une profession en plein essor et de plus en plus mise de l’avant», explique Jean-Gabriel Turgeon, l’un des finissants au baccalauréat en kinésiologie qui a participé à la mise sur pied du projet.

Les étudiants ont ainsi créé du contenu éducatif de formation et de sensibilisation à l’importance d’adopter de saines habitudes de vie pour les intervenants du milieu, tels que les enseignants et les intervenants de la maison des jeunes.

Jean-Gabriel Turgeon explique que la sédentarité peut avoir plusieurs conséquences, tant sur la santé physique que sur la santé mentale. Parmi celles-ci, il cite l’obésité, le diabète de type 2, les maladies cardiovasculaires, l’hypertension, le cancer, l’augmentation du stress perçu ainsi que la diminution de la confiance en soi.

Il affirme également que la sédentarité a des impacts sur la qualité de vie tels qu’une espérance de vie générale diminuée et une diminution de la capacité à réaliser ses activités de la vie quotidienne, ses loisirs et ses activités professionnelles.

Des sports à composante culturelle

Le projet-pilote comprend aussi la mise sur pied d’une «olympiade multiculturelle annuelle», qui se tiendra pour la première fois en décembre 2021 avec un groupe de 20 à 40 adolescents. Elle permettra la pratique de sports propres au territoire, mais également d’autres activités moins connues des Nunavummiut.

Nous avons choisi des sports pratiqués partout au Canada et y avons ajouté une composante culturelle afin que les jeunes prennent conscience qu’un mode de vie actif peut contribuer à leurs activités de la vie quotidienne

— Jean-Gabriel Turgeon, finissant du baccalauréat en kinésiologie de l'Université de Sherbrooke

«Lors du ballon chasseur, ils auront à lancer des harpons sur des cibles en mouvement afin de ramener leurs coéquipiers dans la partie», cite-t-il en exemple. Les adolescents seront également amenés à ramper, à se déplacer avec discrétion et à travailler en équipe afin de reproduire des tâches s’apparentant à une journée à la chasse.

Les futurs kinésiologues proposent également un programme d’entrainement incluant des séances animées localement aux deux semaines, en plus de publier du contenu hebdomadairement sur la page Facebook de la Municipalité de Cambridge Bay en vue d’une journée d’activités prévue en mars 2022.

«Les jeunes représentent l’avenir d’une population»

Maryse Caron est chargée de cours en kinésiologie à l’Université de Sherbrooke et guide le groupe de finissants dans la réalisation de ce projet. Elle estime que la sédentarité représente un enjeu de santé publique à travers le pays et s’enthousiasme de pouvoir participer à agir sur cette problématique. Le projet-pilote lui apparait comme une belle situation d’apprentissage pour les étudiants et comme une façon d’avoir un impact positif sur la santé de la population nunavoise.

«La population du Nunavut a une histoire, une culture et un quotidien qui diffèrent sur plusieurs points avec ce que nous vivons au Québec. Je trouvais donc que de travailler en collaboration avec des membres de cette communauté était réellement une expérience hyper enrichissante pour ma gang», déclare-t-elle.

«Les jeunes représentent l’avenir d’une population, peu importe la province, le territoire ou encore le pays. D’avoir l’occasion de soutenir les jeunes vers de saines habitudes de vie, c’est aussi avoir l’occasion de soutenir un avenir en santé. Et ça, c’est vraiment stimulant!» ajoute Maryse Caron.

Puisqu’ils arrivent au terme de leurs études universitaires, les étudiants souhaitent donner un projet «clé en main» aux différents intervenants du Nunavut afin de faciliter l’implantation de saines habitudes de vie dans la population. Ils lègueront également le contenu qu’ils ont créé aux cohortes d’étudiants à venir.

«En santé publique, nous avons un rôle de chef d’orchestre qui transmet du contenu et notre expertise alors que les intervenants du milieu, “les musiciens”, appliquent et adaptent le contenu qu’on leur partage», vulgarise Jean-Gabriel Turgeon.

S’allier à une bonne cause

Afin de couvrir les couts reliés à la production du matériel éducatif destiné aux jeunes ainsi que ceux associés à l’olympiade, les futurs kinésiologues ont lancé une campagne de sociofinancement Gofundme.

Estimant que ce projet peut avoir des impacts sur la réconciliation avec les peuples autochtones, ils ont décidé de s’associer au mouvement Every Child Matters et s’engagent à remettre 50 % de la somme amassée pour la cause.

On n’est pas beaucoup plus vieux que les enfants et les adolescents qui ont subi ces préjudices. C’est naturel pour nous d’être empathiques et de vouloir être solidaires pour cette cause. De plus, nous croyons que notre projet permettra de faire un pas de plus vers la réconciliation qui dépend d’une éducation collective.

— Jean-Gabriel Turgeon, finissant du baccalauréat en kinésiologie de l'Université de Sherbrooke

Il précise qu’une levée de fonds, en collaboration avec la communauté autochtone de Sherbrooke, a également eu lieu à l’automne lors d’un match de rugby de l’équipe universitaire du Vert et Or.