le Lundi 17 janvier 2022
le Jeudi 9 Décembre 2021 13:00 | mis à jour le 9 Décembre 2021 14:12 Arts et culture

Patrimoine de Winnipeg : la bataille continue

Sculpture intitulée «Entre Chien Loup» à Saint-Boniface, dans le Jardin de sculptures, devant les locaux du Festival du Voyageur de Saint-Boniface.  — Courtoisie SFM
IJL - Réseau.Presse - La Liberté (Manitoba) – L’ancienne station de police et le bâtiment actuel des locaux du Festival du Voyageur pourraient obtenir des désignations historiques. C’est en tout cas ce que recommande le comité de ressources et des bâtiments historiques de la Ville de Winnipeg. Pourtant, cette décision n’est pas nécessairement synonyme de bonne nouvelle pour tout le monde.

Pour le président de l’organisme Les Ami.e.s du carré civique de Saint-Boniface, Robert Loiselle, le plan d’action est établi.

«De notre côté, on serait pour que les bâtiments entrent sur la liste commémorative. Mais on ne veut pas d’une désignation historique. On va préparer une soumission pour faire valoir notre point de vue au comité d’orientation permanent des biens et de l’aménagement, du patrimoine et du développement du centre-ville de Winnipeg, qui va devoir décider si les bâtiments peuvent obtenir une désignation», explique-t-il.

La désignation historique, un frein?

Robert Loiselle assure qu’à l’ancienne station de police, le Dr Fréchette a déjà investi beaucoup pour transformer le lieu en clinique médicale. «C’est un projet dans lequel on croit et on l’appuie. Une désignation historique peut freiner un projet comme celui-ci. Lorsqu’on demande des permis de construire, les désignations ne sont pas une bonne chose», souligne-t-il.

Par rapport aux locaux du Festival du Voyageur, Robert Loiselle dit savoir qu’à un moment, si le bâtiment revient entre leurs mains, il y aura besoin de rénovations. Le président des Ami.e.s du carré civique de Saint-Boniface veut gérer ces bâtiments avec un respect patrimonial.

Ce sont des bâtiments qui datent des années 1960. Nous sommes en 2021, on voudrait rendre les bâtiments plus verts. Avec des désignations, ce n’est pas envisageable, en tout cas c’est certainement plus compliqué. Le but est que ces bâtiments s’inscrivent dans une durée avec une utilité.

— Robert Loiselle, président de l’organisme Les Ami.e.s du carré civique de Saint-Boniface

Quant à l’histoire de ces bâtiments et à l’importance de les préserver, Philippe Mailhot, historien, raconte : «Dans les années 1960, la Ville de Saint-Boniface existait séparément de la Ville de Winnipeg. Elle était alors en plein essor, il y avait de l’investissement et de la construction.»

Il précise que pour favoriser l’épanouissement de Saint-Boniface et de ses citoyens, il y a eu de nouveaux bâtiments municipaux.

«Il y avait déjà l’hôtel de ville et la caserne de pompiers. Mais on voulait ajouter une station de police et un bâtiment qui abriterait des services sociaux», indique-t-il.

C’est en 1963 que le bâtiment de l’unité sanitaire de Saint-Boniface a ouvert ses portes (les actuels locaux du Festival du Voyageur). Dans La Liberté et Le Patriote du 15 février 1963, on apprend que le bâtiment «a couté 140 000 $ payés par la ville cathédrale et les gouvernements fédéral et provincial.»

La notion de carré civique n’était pas explicite, mais on peut lire «qu’il a été conçu comme partie d’un tout.» Ce n’est que l’année suivante, en 1964, que la station de police est achevée.

À cette époque-là, il y avait un style d’architecture très populaire à Winnipeg et identifié comme particulier à Winnipeg, le brutalisme. Ce sont des édifices où il n’y a pas beaucoup de fenêtres, on dirait un peu des forteresses de béton. Dans Winnipeg, on peut encore apercevoir des bâtiments de cette époque comme le bureau de la Manitoba Teachers’ Society, sur la rue Portage.

— Philippe Mailhot, historien

Il note que «c’est un style dur qui est fait pour rester. L’architecte Étienne Gaboury a réalisé les deux bâtiments. Dans la manière dont tout était placé, il y avait une volonté de créer le campus civique de Saint-Boniface», assure l’historien, qui conclut : «Aujourd’hui, les édifices sont encore là et ils rappellent l’histoire de Saint-Boniface comme ville séparée de la Ville de Winnipeg».  

En 2006, la Ville de Winnipeg avait mis de côté des fonds pour plusieurs nouveaux postes de police, dont celui de Saint-Boniface, dans le cadre d’un plan visant à réduire le nombre de districts à l’échelle de la ville. L’année suivante, le bâtiment était déclaré excédentaire alors que la cour provinciale y exerçait encore ses activités jusqu’en 2014. En 2013, l’ancienne station de police a été vendue Dr Fréchette.

Une collecte de fonds pour Noël

Dans le dossier du carré civique et de l’organisme Les Ami.e.s du carré civique de Saint-Boniface, Robert Loiselle assure : «On est arrivé à un point où, du côté administratif, tout est en place. Le conseil d’administration se rencontre mensuellement. Les discussions entre Manitoba Possible et la Ville se poursuivent. Notre prochaine étape est d’amplifier notre présence pour s’assurer que notre voix soit entendue.»

«Pour ce faire, on appelle à la générosité de la communauté pour faire des dons ponctuels pour que l’on puisse concevoir nos infrastructures virtuelles. On aimerait mettre en place un site web et avoir une présence sur les réseaux sociaux pour conscientiser davantage de personnes.»

Les Ami.e.s du carré civique de Saint-Boniface possède déjà un fonds à Francofonds qui s’élève à environ 10 500 $. Pour cette collecte de fonds, l’organisme s’est fixé l’objectif de 20 000 $.

L’organisme est en pleine démarche pour obtenir un numéro de charité. Grâce à ce numéro, s’ils parviennent à récolter 20 000 $, Francofonds verserait 15 000 $.

«Cet argent servirait donc pour notre présence virtuelle. Mais aussi au maintien des édifices lorsqu’il le faudra» appuie Robert Loiselle.