le Samedi 22 janvier 2022
le Dimanche 5 Décembre 2021 13:00 | mis à jour le 3 Décembre 2021 16:08 Arts et culture

Dans l’intimité de la culture francophone hors Québec

Le Projet Ose explore entre autres les racines des francophones en milieu minoritaire. La projection du film Intimités francophones d’eux s’est tenue le 12 novembre sur Zoom et a rassemblé 11 participants.  — Capture d'écran
L’EAU VIVE (SASKATCHEWAN) – Dans le cadre de la Semaine nationale de l’immigration francophone qui a eu lieu en novembre, la Société canadienne-française de Prince Albert a présenté le documentaire "Intimités francophones d’eux". Réalisé en partenariat avec le Centre de la francophonie des Amériques, le film illustre les enjeux liés à l'identité linguistique, au droit à la langue et à l’hospitalité des langues.

«Ce documentaire part à la découverte de cette francophonie, de sa résistance, de son histoire et de ses acteurs. Une conversation des Amériques à travers le Canada et le Brésil qui permet de s’immiscer dans l’intimité citoyenne de ces francophones», décrit Pascal Kayishema, directeur général de la Société canadienne-française de Prince Albert (SCFPA).

La production du documentaire a démarré en 2014 et s’est étalée sur plusieurs années, laissant ainsi le temps à la réalisatrice Anne-Céline Genevois de tourner au Brésil et au Canada. Pendant une heure, le public retrouve certains visages bien connus de la Fransaskoisie, comme ceux de Michel Dubé, Zoé Fortier ou encore Joe Fafard.

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«Je suis très émue de toutes ces rencontres, témoigne Anne-Céline Genevois. J’ai pu parler à une centaine de personnes et ce sont elles, ainsi que le public, qui font que ce film prend tout son sens», dit celle qui est également directrice et fondatrice du Projet Ose, un organisme de création artistique et de coopération culturelle.

Un documentaire intime

Michel Dubé, président de la SCFPA, présent durant la projection, ajoute par ailleurs que la réalisatrice «a bien compris et exprimé les enjeux et défis rencontrés par les francophones en situation minoritaire, peu importe le territoire».

Le film énonce différentes composantes de l’identité francophone, en commençant par la langue, présentée comme individuelle, propre à soi, mais reliée aux autres. Au plus intime de l’étoffe d’un tissu social, la langue y est décrite comme «un palais composé de pièces intimes et parfois secrètes». Liée aux émotions, cette dernière tenterait d’exprimer ce qui réside en chacun de nous.

La réalisatrice parle aussi du passé et des luttes, oubliées, ignorées ou tout simplement inconnues. Anne-Céline Genevois évoque l’histoire des voyageurs, des vagues migratoires ou encore des communautés.

Ce qui a émergé pendant le tournage, c’est vraiment la puissance de l’expérience en milieu minoritaire. C’est quelque chose qui me bouleverse, car en tant que française je n’ai jamais eu ce problème d’être restreint par une langue dans mon pays.

 

— Anne-Céline Genevois, réalisatrice du documentaire "Intimité francophone d'eux"

Cette importance de la transmission de l’histoire et de racines est par ailleurs un cheval de bataille pour l’une des intervenantes du film : «Je fais en sorte que mon fils comprenne qu’il est Franco-Manitobain. En tant que mère, c’est important pour moi. Ce qu’il en fera plus tard lui appartiendra. Si les racines se brisent, au moins je lui aurais donné des ailes en étant bilingue.»

Langue et identité

De Whitehorse à São Paulo, en passant par Batoche, les spectateurs découvrent des perspectives différentes, dont celle d’un groupe d’étudiants francophones brésiliens qui rêvent de travailler en France. «L’Europe, pour nous, c’est la lune, et nous, nous sommes les illuminés», déclare un étudiant.

Avec le portugais comme langue maternelle, des influences africaines et le français comme langue seconde, les étudiants du film héritent d’un fort et précieux bagage culturel dont ils sont fiers. Leur enseignante dévoile néanmoins un effort de dissimulation ou d’atténuation de l’identité de ces élèves par l’Europe.

Capture d'écran

«Dans le formulaire que nous devons remplir pour eux, on nous demande si l’étudiant a un accent régional, autrement dit si l’étudiant parle avec un accent prononcé», révèle l’institutrice.

Ce choix d’identité est également le défi qu’ont dû relever des Canadiens francophones hors Québec. Durant leurs parcours, les intervenants du film ont tous eu à se justifier, parfois de manière insistante, sur leur apprentissage du français. «Au Québec, lorsque je parlais en français, tout de suite la personne entendait un accent et se mettait à me parler en anglais ou me corrigeait. C’est ridicule, car j’ai simplement un accent franco-manitobain», explique une personne interrogée dans le documentaire.

Des obstacles à la diversité culturelle

Le spectateur comprend que toutes les communautés relèvent des défis similaires à ceux des Autochtones ou des Métis, notamment dans l’obtention de services dans une autre langue que l’anglais. On y apprend que des années 1960 à 1980, le cri était oublié pour laisser la place à l’anglais et au français.

Un intervenant cri partage ainsi sa rencontre, il y a quelques années, avec une famille pakistanaise au détour d’une station-service : «Je demandais à mes enfants de remonter dans la voiture pour reprendre la route et c’est là qu’un homme indien m’a demandé pourquoi je leur parlais en anglais, et non pas en cri, quand lui s’adressait à toute sa famille en punjabi.»

Capture d'écran

 Le documentaire bouscule et finit par rappeler qu’il serait bon de revenir à une vision identitaire simple, comme celle de la communauté et de la culture inuites dont les membres utilisent la langue pour voir le monde et s’en rapprocher.