le Mardi 25 janvier 2022
le Samedi 4 Décembre 2021 17:00 | mis à jour le 3 Décembre 2021 15:35 Société

La pénurie de main-d’œuvre, un danger pour la francophonie du Sud-Est?

Une personnalité impliquée dans le milieu culturel du Sud-Est confiait récemment au Moniteur Acadien qu’à Cap-Pelé, il est parfois difficile de se faire servir en français dans certains magasins en raison de l’arrivée de travailleurs issus de pays anglophones. — ElasticComputeFarm – Pixabay
LE MONITEUR ACADIEN (Nouveau-Brunswick) – D’un côté, le désir d’intégrer avec respect le travailleur étranger dans sa communauté d’accueil. De l’autre, l’envie d’être reconnu en tant que francophone. Entre les deux, le besoin de recevoir des services. La situation dérange de plus en plus dans le Sud-Est, mais plusieurs hésitent à en parler de peur de créer des tensions.

Une personnalité impliquée dans le milieu culturel du Sud-Est confiait récemment au Moniteur Acadien qu’à Cap-Pelé, il est parfois difficile de se faire servir en français dans certains magasins en raison de l’arrivée de travailleurs issus de pays anglophones.

Contactée à plusieurs reprises, elle n’a pas répondu à nos demandes d’entrevue à ce sujet. Même chose du côté de la Municipalité de Cap-Pelé.

Si se faire servir en anglais au dépanneur est problématique pour plusieurs, la question de la langue est d’autant plus épineuse en matière de soins de santé. Elle se pose toutefois de plus en plus.

À Memramcook, Paul Rossignol est directeur général du Foyer Saint-Thomas et de ses corporations. Il l’admet :

C’est triste, mais c’est là qu’on est rendus.

— Paul Rossignol est directeur général du Foyer Saint-Thomas

M. Rossignol explique qu’en raison du manque de personnel, son entreprise et d’autres passent par le Programme pilote d’immigration au Canada atlantique. Il s’agit d’un programme d’immigration accéléré qui permet aux employeurs des quatre provinces atlantiques d’embaucher des ressortissants étrangers pour des positions qu’ils n’ont pas pu combler localement.

C’est en fait une forme de parrainage de la part de l’employeur, qui permet à celui-ci d’obtenir rapidement du renfort et à la personne immigrante d’accélérer son statut de résident permanent. La personne recrutée devra travailler un minimum d’un an pour son parrain employeur.

Consultez le site du journal Le Moniteur Acadien

«Je dois voir aux soins à donner»

Il arrive donc que des entreprises fassent appel, en raison de leurs compétences, à des personnes qui ne connaissent pas le français.

«En tant que gestionnaire, poursuit M. Rossignol, je dois voir aux soins à donner. C’est une dure réalité. Mais je m’arrange pour jumeler une personne anglophone à du personnel bilingue. Les familles le comprennent.»

Sur les 90 employés travaillant dans les trois établissements gérés par M. Rossignol, une douzaine de personnes sont dans ce cas. Elles proviennent notamment de l’Inde.

 

Le Foyer Saint-Thomas et de ses corporations, à Memramcook, embauche de plus en plus d’employés qui ne parlent pas français en raison du manque de main-d’œuvre.

Google Maps – Capture d’écran

Il s’agit d’une nette augmentation depuis les trois dernières années. M. Rossignol avoue que son conseil d’administration s’est questionné sur l’embauche de personnel unilingue anglophone, mais face au dilemme, il a fallu choisir : l’importance des soins à donner a pris le dessus.

Parfois, raconte M. Rossignol, un anglophone se fera tout de même mieux comprendre qu’un francophone. À titre d’anecdote, il mentionne qu’il avait embauché une personne provenant de la Belgique. En raison de son accent, les pensionnaires avaient de la difficulté à la comprendre… Il a fallu la changer de poste.

Têtes bilingues recherchées?

En matière de recrutement francophone, les entreprises peuvent notamment se tourner vers le Réseau de développement économique et d’employabilité du Nouveau-Brunswick (RDÉE NB).

On a fait comprendre au Moniteur Acadien que le RDÉE ne prend pas position dans les médias face à certains dossiers. Cependant, la même source a précisé que des consultants privés recrutent également pour des entreprises. Il semblerait que pour certains d’entre eux et certains employeurs, le critère du bilinguisme ne soit pas une priorité.

Si on se fie aux offres d’emploi qui paraissent sur certains sites, le français semble effectivement loin dans les préoccupations des employeurs. Dans les deux premières pages d’offres d’emploi du site d’Option-Carrière, sur les 29 emplois proposés par des employeurs de Dieppe et Moncton, neuf seulement demandaient la connaissance du français.

Selon la présidente de la Chambre de commerce du Grand Shediac (CCGS), Sophie Belliveau-Doiron, «la plupart des employeurs désirent offrir un service bilingue (français/anglais) et y mettent des efforts considérables»

En raison de la pénurie de main-d’œuvre éprouvée par les commerçants du grand Shediac et ailleurs, il est souvent impossible d’embaucher des employés qui peuvent s’exprimer en français. Quoique la priorité est d’embaucher des personnes bilingues, il est parfois très difficile, voire impossible, de trouver des individus avec ces qualifications, même dans des emplois auprès du public

— Sophie Belliveau-Doiron, présidente de la Chambre de commerce du Grand Shediac (CCGS)

Une solution à court terme? Comme l’explique celle qui est aussi directrice générale du Parc pour VR-Camping Ocean Surf à Pointe-du-Chêne, certains membres de la CCGS ont mentionné à leurs représentants qu’ils offraient aux employés unilingues des opportunités de formation pour les aider à améliorer leur français.

«D’autres nous mentionnent qu’au sein de leur équipe, il y a des personnes qui peuvent offrir le service en français même si toute l’équipe ne le peut pas. De telles initiatives démontrent une grande ouverture d’esprit et un engagement envers un service à la clientèle bilingue», félicite Sophie Belliveau-Doiron.