le Lundi 24 janvier 2022
le Lundi 29 novembre 2021 17:00 | mis à jour le 30 novembre 2021 10:29 Francophonie

L’identité fransaskoise en 2021, «un grand puzzle»

Près d’une trentaine de participants ont échangé sur la question du rôle et de l’identité individuelle de la femme fransaskoise, et plus largement de l’identité des francophones en Saskatchewan, à l’occasion d’une table ronde virtuelle organisée dans le cadre du Rendez-vous fransaskois 2021.  — Ashkan Forouzani – Unsplash
L’EAU VIVE (Saskatchewan) – Près d’une trentaine de participants ont échangé sur la question du rôle et de l’identité individuelle de la femme fransaskoise, et plus largement de l’identité des francophones en Saskatchewan, à l’occasion d’une table ronde virtuelle organisée dans le cadre du Rendez-vous fransaskois 2021. L’évènement était organisé par l’organisme Entr’elles Regroupement Femmes Saskatchewan.

«Les organismes fransaskois tentent de rejoindre les personnes qui parlent français dans la province, mais parfois cette fransaskoisie fait peur aux personnes qui n’ont pas le sentiment d’y appartenir. Il est donc important de se questionner sur son essence et sur notre identité», a lancé d’emblée Émilie Lebel, coordinatrice de projets pour Entr’elles, anciennement la Fédération provinciale des Fransaskoises.

La fransaskoisie est aussi ancestrale. Les Denis, Marchildon, Campagne, Lepage et autres sont autant de noms qui évoquent des racines, des pionniers et un héritage à porter.

«Rien que l’évocation de ces noms parle de l’essence de la communauté, poursuit Catherine Lemire. D’identité personnelle, on passe alors à l’identité communautaire, car ces gens ont creusé les fondations de la communauté.»

Le poids des racines peut parfois remettre en question l’identité de certaines personnes, comme l’exprime Margot Gough, issue d’une famille anglophone : «Être fransaskois, c’est accepter la responsabilité d’une culture, d’une histoire, de traditions et d’un folklore. Comme je n’ai pas développé un sentiment d’appartenance par la langue maternelle ou en ayant des ancêtres francophones, je ne sais pas encore si je suis disposée à accepter cette responsabilité.»

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Être francophone hors Québec

Lorsqu’on parle de culture, la langue n’est jamais loin. Mais peut-on se sentir francophone sans cocher la case linguistique?

Sylvie Walker partage son avis sur la question : «Je me suis beaucoup interrogée sur cette question et j’ai sondé les gens autour de moi. La réponse est oui, car certaines personnes sont des amoureuses de la langue française et sont des alliées de la culture francophone.»

La table ronde était animée par Catherine Lemire, Fransaskoise et Autochtone originaire de Saskatoon, et avait pour invitées la poète Éveline Hamon, l’autrice-compositrice-interprète Sylvie Walker et Margot Gough, issue d’une famille anglophone.

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Une définition propre à soi

La notion d’identité peut être abordée d’un point de vue anthropologique, sociologique et même philosophique. Qu’elle concerne un individu ou à la collectivité, l’identité se conçoit dans la rencontre de l’autre et se réalise à travers les expériences sociales, au sein de groupes vivant dans une même société.

Une trentaine de personnes ont assisté à la table ronde.

Capture d'écran - L'Eau vive

«Au travail, je n’accepte pas de traduire un document parce que je parle français, mais parce que je suis francophone. C’est mon identité», explique Éveline Hamon.

Originaire de Gravelbourg, elle ajoute que la création même du mot «fransaskois», au début des années 1970, l’a aidée à se démarquer et se faire reconnaitre : «Il était important de développer un nom pour définir les francophones hors Québec.»

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Catherine Lemire analyse pour sa part qu’en cherchant à trouver une identité sociale au sein de groupes, on devient sujet à l’adoption d’identités multiples et variées participant à une construction identitaire personnelle :

On dit souvent que les personnes qui parlent plusieurs langues ont plusieurs identités. J’aime cette idée d’être un grand puzzle construit au fil des expériences et des rencontres.

— Catherine Lemire, Fransaskoise et Autochtone originaire de Saskatoon

La fransaskoisie est aussi ancestrale. Les Denis, Marchildon, Campagne, Lepage et autres sont autant de noms qui évoquent des racines, des pionniers et un héritage à porter.

«Rien que l’évocation de ces noms parle de l’essence de la communauté, poursuit Catherine Lemire. D’identité personnelle, on passe alors à l’identité communautaire, car ces gens ont creusé les fondations de la communauté.»

Le poids des racines peut parfois remettre en question l’identité de certaines personnes, comme l’exprime Margot Gough, issue d’une famille anglophone : «Être fransaskois, c’est accepter la responsabilité d’une culture, d’une histoire, de traditions et d’un folklore. Comme je n’ai pas développé un sentiment d’appartenance par la langue maternelle ou en ayant des ancêtres francophones, je ne sais pas encore si je suis disposée à accepter cette responsabilité.»

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Être francophone hors Québec

Lorsqu’on parle de culture, la langue n’est jamais loin. Mais peut-on se sentir francophone sans cocher la case linguistique?

Sylvie Walker partage son avis sur la question : «Je me suis beaucoup interrogée sur cette question et j’ai sondé les gens autour de moi. La réponse est oui, car certaines personnes sont des amoureuses de la langue française et sont des alliées de la culture francophone.»

L’autrice-compositrice-interprète Sylvie Walker.

Enya Bird Photography – Archives L’Eau vive

De son côté, Margot Gough témoigne de son expérience au Québec : «Beaucoup d’étudiants pensaient que c’était impossible que je puisse parler français en étant Canadienne hors Québec. Je n’étais pas une étudiante internationale, donc pour eux c’était presque incroyable.»

Cette dernière revient notamment sur son accent anglophone :

On me testait, car j’ai un accent. Les gens tiraient des conclusions et basculaient tout de suite vers l’anglais alors que je parlais français.

— Margot Gough, francophone issue d’une famille anglophone

Il est donc important pour la communauté de se rendre accessible et accueillante pour laisser à chacun l’espace dont il a besoin pour s’y épanouir et, surtout, pour ôter l’étiquette de «club privé» que certains lui collent : «L’un de mes ex-copains, qui parlait pourtant français, m’a dit que j’étais culty [comme membre d’un culte, NDLR]», témoigne Sylvie Walker.

Selon Claude-Jean Harel, l’un des participants à la table ronde, la fransaskoisie d’aujourd’hui est un mélange d’influences et c’est dans cette dynamique qu’elle va continuer d’évoluer : «C’est quelque chose à quoi on adhère à travers les influences du territoire, des collectivités qu’on côtoie. C’est un concept en co-construction, au contact du soi avec l’autre.»