le Samedi 22 janvier 2022
le Jeudi 25 novembre 2021 13:00 | mis à jour le 15 Décembre 2021 13:37 Éducation

Vers une table de concertation pour la collaboration au postsecondaire?

Le milieu de l’éducation postsecondaire francophone a besoin des meilleures structures pour favoriser la collaboration. C’est ce qui ressort de l’atelier «Collaborer pour innover» des États généraux sur le postsecondaire en contexte francophone minoritaire. — Dylan Gillis – Unsplash/Montage Francopresse
FRANCOPRESSE – Le milieu de l’éducation postsecondaire francophone a besoin des meilleures structures pour favoriser la collaboration. C’est ce qui ressort de l’atelier «Collaborer pour innover» des États généraux sur le postsecondaire en contexte francophone minoritaire. Les représentants des établissements participants ont aussi évoqué l’idée de créer une table de concertation nationale pour discuter des enjeux spécifiques à leurs réalités.

«Il y a des projets, des collaborations qui devaient s’établir et qui finalement n’ont pas fonctionné parce que les organisations n’ont pas réussi à mettre les principes de base ou le système en place pour faire en sorte que la collaboration ait du succès. Donc il faut systématiser, je pense, jusqu’à un certain point […] donner les bases de ça veut dire quoi, une collaboration?», souligne Jean Léger, directeur général du Réseau des cégeps et collèges francophones du Canada (RCCFC).

Il estime que le RCCFC et l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC) — qui organisait la table ronde du mercredi 24 novembre, la troisième depuis le début des États généraux — ont une «responsabilité d’être des facilitateurs» de ce renforcement des capacités de collaboration.

Les participants de la table ronde du troisième atelier des États généraux sur le postsecondaire en contexte francophone minoritaire (de g. à d.) : Martin Normand (animateur), Josée Clermont, Peter Dorrington (en haut) ; Michel Landry, Jean Léger (en bas).

Capture d’écran – Francopresse

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Cartographier les collaborations

Pour Peter Dorrington, professeur agrégé et vice-recteur à l’enseignement et à la recherche à l’Université de Saint-Boniface (USB), au Manitoba, l’une des priorités est de renforcer le continuum en éducation, soit d’assurer qu’il est possible d’apprendre en français de la petite enfance au postsecondaire partout au pays.

Il estime que cela passe inévitablement par la collaboration entre les divers établissements postsecondaires, mais aussi avec les organismes de la francophonie canadienne ainsi qu’avec le Québec.

L’USB est d’ailleurs en discussions avec l’Université Simon Fraser, en Colombie-Britannique, à cet effet, a lancé M. Dorrington.

«Il serait intéressant d’établir une cartographie régionale [de] ce qu’on fait ensemble, ce qu’on offre ensemble, comment on peut recruter ensemble, puis d’établir les collaborations en conséquence», suggère le vice-recteur à l’enseignement et à la recherche.

«Il serait peut-être même encore plus intéressant de songer à l’idée d’une cartographie nationale, peut-être avec une table de concertation nationale où il y aurait l’ACUFC, le RCCFC, la FCFA, mais aussi le Québec pour s’assurer ensemble qu’il y ait une cohérence et qu’on travaille ensemble dans un esprit de complémentarité où […] on gagne ensemble.»

— Peter Dorrington, professeur agrégé et vice-recteur à l’enseignement et à la recherche à l’Université de Saint-Boniface

À l’Université de Saint-Boniface, le baccalauréat en sciences infirmières découle d’ailleurs d’une collaboration avec l’Université d’Ottawa et le Consortium national de formation en santé (CNFS), rappelle Peter Dorrington.

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«Avoir assez confiance les uns en les autres»

Dans les Maritimes, le Centre de formation médicale du Nouveau-Brunswick (CFMNB) est un autre exemple de collaboration interétablissements ayant mené au renforcement du continuum en éducation.

Depuis son inauguration en 2006, les francophones de la province peuvent former leurs propres médecins.

«On aimerait travailler de plus près en collaboration avec l’Université de Moncton et le Réseau de santé Vitalité pour faire vraiment un pôle de recherche en santé francophone qui serait plus gros, plus d’envergure […] qui nous permettrait de compétitionner avec les grosses institutions et d’avoir quelque chose de francophone», note Michel Landry, directeur et doyen associé du CFMNB.

Il souligne qu’un des défis qui entrave parfois la collaboration, «c’est l’égo». Michel Landry remarque qu’il faut «avoir assez confiance les uns en les autres» pour accepter que le projet soit mené par l’établissement le mieux placé.

Se faire confiance assez pour savoir que dans certains partenariats, on va supporter et pousser, et dans d’autres c’est nous qui allons être devant et tirer […] Ça prend une relation de confiance parce que souvent, tu as deux organismes qui vont faire un partenariat et les deux vont dire “c’est mon projet, c’est pas le tien”

— Michel Landry, directeur et doyen associé du CFMNB

«Il faut s’assurer qu’on focus sur c’est quoi les besoins de la communauté et qui est la meilleure personne ou le meilleur organisme pour que le projet soit un succès», encourage le directeur et doyen associé.

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Faire front commun en matière de financement

Sachant que le fédéral a promis des fonds supplémentaires pour les établissements postsecondaires francophones en situation minoritaire et qu’en raison des élections fédérales qui viennent d’avoir lieu, «il va y avoir de l’argent pour les infrastructures», Michel Landry estime qu’il faut «se préparer, savoir ce qui s’en vient et être prêts quand le train passera».

«Il faut une planification et un travail de collaboration en amont […] Les grosses institutions vont présenter des grosses demandes, si on n’a pas de demandes on n’aura rien», souligne-t-il.

Au Collège nordique francophone de Yellowknife, dans les Territoires du Nord-Ouest, la directrice générale, Josée Clermont, note que «la communauté franco-ténoise augmente, donc ça veut dire qu’on a besoin de plus d’infrastructures pour mieux accueillir les personnes qui arrivent d’ailleurs», comme de locaux supplémentaires, d’équipement, mais aussi de logement abordable.

Au-delà des partenaires académiques, on doit aussi se pencher sur des partenariats pour assurer un milieu d’apprentissage sain et sécuritaire. Pour nous, un investissement de la part du fédéral dans les infrastructures et le logement serait souhaitable et bénéficierait aux collaborations et à l’expansion de l’éducation postsecondaire en français dans les Territoires du Nord-Ouest.

— Josée Clermont, directrice générale du Collège nordique francophone de Yellowknife

Un partenariat vient notamment d’être créé entre le Collège nordique francophone et le collège La Cité d’Ottawa pour offrir «quatre nouveaux programmes dans le domaine de l’éducation en petite enfance. Il s’agit de reconnaissance des acquis, formation continue, double accréditation secondaire et postsecondaire, mais aussi d’offrir un programme en format hybride», mentionne Josée Clermont.

Peter Dorrington, de l’Université de Saint-Boniface, rappelle enfin «qu’il y a lieu, comme francophones, d’être très fiers de ce qu’on fait dans nos provinces et territoires respectifs. Il s’agit de planifier la prochaine étape à l’intérieur d’un cadre qu’on pourrait établir – comment on va travailler de façon productive, constructive et complémentaire, dans le respect, où tout le monde gagne et notamment nos communautés francophones».

«Il y a du financement qui s’en vient et je pense que si on se positionne, qu’on montre qu’on travaille ensemble et que ça va donner des résultats encore plus intéressants, je pense que les gouvernements vont le remarquer», conclut-il.

Le prochain atelier des États généraux aura lieu le mercredi 15 décembre et aura pour thème «Des établissements au cœur de leurs communautés».

Francopresse est le partenaire médiatique officiel des États généraux sur le postsecondaire en contexte francophone minoritaire.