le Mercredi 8 Décembre 2021
le Mardi 16 novembre 2021 10:21 Société

La crise des opioïdes perdure, la volonté de la vaincre aussi

En Colombie-Britannique, le taux de personnes en surdoses d’opioïdes a atteint de sombres records cet été, alors que la province vit sa cinquième année d’état d’urgence pour cette crise. — Eric Ward – Unsplash
FRANCOPRESSE – Au cours des cinq dernières années, le Canada a enregistré près de 23 000 décès apparemment liés à une intoxication aux opioïdes. Pendant la première année de la pandémie, le nombre de décès par surdose a augmenté de 88 % selon le gouvernement fédéral. Malgré les mesures mises en place par les organismes, les services de police et les provinces, la crise des surdoses d’opioïde est encore bien réelle.

Selon les plus récentes données, le gouvernement du Canada a recensé «1 772 décès apparemment liés à une intoxication aux opioïdes […] entre janvier et mars 2021 (approximativement 20 par jour)».

Il s’agit d’une augmentation 65 % par rapport à janvier à mars 2020 (1 073 décès).

En Colombie-Britannique, le taux de personnes en surdoses d’opioïdes a atteint de sombres records l’été dernier, alors que la province vit sa cinquième année d’état d’urgence de santé publique dans la gestion de cette crise.

Le financement provincial pour les trousses de naloxone utilisées par la police a pris fin en avril 2020. Depuis, certains services achètent leurs propres trousses, une situation dénoncée notamment par l’opposition.

Rebecca Kwan – IJL APF – Ontario/Montage Francopresse

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La naloxone

Comme le précisent les services de santé de la Colombie-Britannique, la naloxone est un médicament qui inverse rapidement les effets d’une surdose d’opioïdes tels que l’héroïne, la méthadone, le fentanyl et la morphine. En Colombie-Britannique, elle est disponible sans ordonnance et administrée par injection dans un muscle.

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Louise Chaynes est directrice générale de La Boussole, un centre communautaire francophone qui offre, entre autres services, une prévention aux surdoses à Vancouver. Malgré la fin du financement provincial des trousses de naloxone remises aux services policiers, elle indique que son organisme n’a pas senti de différence, car leurs missions sont différentes.

«La police effectue un travail de proximité avec les résidents touchés par les surdoses. […] Il n’y a pas de relation directe entre notre organisme et la police pour faire face à cette crise des opioïdes», pointe-t-elle.

Courtoisie

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«Un grand soutien de la communauté»

Sur le terrain, la prévention et la prévoyance perdurent.

En outre, mi-octobre, la ministre provinciale de la Santé mentale et des Dépendances, Sheila Malcolmson, a annoncé un investissement de 132 M$ sur trois ans pour renforcer le système de santé publique et répondre à la crise des opioïdes ainsi qu’à la crise de santé mentale qui en découle.

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est qu’en Colombie-Britannique, il y a un grand manque de soutien [du gouvernement] au niveau de la santé mentale, qui est très liée avec la crise des surdoses.

— Louise Chaynes, directrice générale de La Boussole

D’après la directrice de La Boussole, la Colombie-Britannique est la province qui enregistre le taux le plus fort d’itinérance au pays. En 2020, le Grand Vancouver comptait au moins 3000 itinérants sur une population d’environ 2,463 millions selon le recensement de 2016.

«Au niveau de la santé mentale, une grosse partie de ces personnes [itinérantes] sont concernées», explique Louise Chaynes. Elle voit «la crise de la COVID-19 d’un côté, qui demande plus l’attention des pouvoirs publics, et la crise des opioïdes de l’autre, qui est moins prise en compte, car cela touche une population qui est beaucoup plus marginalisée».

Au sein de La Boussole, toute l’équipe est formée pour administrer la naloxone. L’organisme, situé dans le quartier de Downtown Eastside, est l’un des plus pauvres de Vancouver et il est touché de plein fouet par cette crise des surdoses, «notamment parce que la Ville a appliqué une politique de décriminalisation de la possession simple de drogues incluant les opioïdes», illustre Louise Chaynes.

«Il y a eu des décisions où les personnes pouvaient consommer de manière plus ouverte, ce qui permettait de les protéger en cas de surdose. Toute personne dans la rue, dans ce quartier, pourrait intervenir en cas de surdose», ajoute la directrice.

Les membres de son équipe ne sont pas forcément les premiers répondants comme les policiers, les pompiers ou les ambulanciers, mais cette année, La Boussole a dû intervenir deux fois pour appuyer des personnes en surdose.

Les intervenants de l’organisme sont constamment à l’affut lorsqu’ils croisent une personne étendue dans la rue pour vérifier si elle est inconsciente ou endormie. Ils doivent aussi vérifier si la personne respire toujours et si elle est capable de répondre aux questions.

«On fait ces checkups fréquemment. Les résidents du quartier vérifient très souvent aussi, il y a un grand soutien de la communauté», assure Louise Chaynes.

Les organismes comme le sien s’occupent surtout de «tout ce qui est visible». Malheureusement, rappelle-t-elle, la majorité des surdoses se déroulent dans des endroits clos, où les personnes sont isolées.

Gouvernement du Canada – Capture d’écran Francopresse

D’autres initiatives au pays

En Ontario, un programme a récemment fait ses preuves, comme le rapporte une étude de l’International Journal of Drug Policy publiée en aout dernier. Le Programme d’opioïdes contrôlés (POC), géré par le Ottawa Inner City Health (OICH), est le premier au Canada à offrir un approvisionnement sécuritaire d’hydromorphone et une chambre privée en centre communautaire.

L’étude s’étant penchée sur le POC conclut que «les personnes atteintes de troubles de consommation d’opioïdes sévère engagées dans un traitement à l’hydromorphone injectable et ayant accès à un logement ont montré un taux de rétention élevé dans les programmes de soins et des améliorations substantielles dans les résultats de santé et de bienêtre social centrés sur le patient.» (traduction libre)

Fin septembre, le gouvernement ontarien a annoncé la création de 30 nouveaux lits de traitement au Pine River Institute à Toronto pour les jeunes de 13 à 19 ans qui souffrent de troubles de consommation de drogues. Le programme accueille également des jeunes dépendants d’opioïdes.

«Le programme dure entre 14 et 16 mois, c’est variable selon les cas. Nous avons actuellement 43 jeunes alors avec l’élargissement, ça nous fera 65 lits au total», explique Vaughan Dowie, directeur général de l’institut.

D’autres initiatives tentent, çà et là, de lutter contre les surdoses au pays ; comme à Moncton, où un centre de consommation de drogues supervisé verra bientôt le jour. En Colombie-Britannique, un premier centre de prévention des surdoses par inhalation [un autre mode de consommation que l’injection] ouvre ce mois-ci à Victoria.

Malgré ce type d’initiatives, Louise Chaynes insiste : «Le gouvernement a encore beaucoup d’efforts à faire sur cette crise humanitaire et sanitaire.»