le Mardi 7 Décembre 2021
le Vendredi 12 novembre 2021 14:35 Société

L’itinérance gagne en importance dans le nord-ouest du Nouveau-Brunswick

Selon Yves Sévigny, directeur de l’Atelier R.A.D.O. à Edmundston, la pandémie a accentué ce phénomène. Au cours des deux dernières années, il mentionne avoir remarqué une augmentation de cas de gens en situation d’itinérance au sein de sa clientèle. — Jon Tyson – Unsplash
L’ACADIE NOUVELLE (Nouveau-Brunswick) – L’itinérance, sous toutes ses formes, est de plus en plus présente dans le Nord-Ouest de la province, selon des intervenants œuvrant auprès des moins bien nantis de la région.

Selon Yves Sévigny, directeur de l’Atelier R.A.D.O. à Edmundston, la pandémie a accentué ce phénomène. Au cours des deux dernières années, il mentionne avoir remarqué une augmentation de cas de gens en situation d’itinérance au sein de sa clientèle.

«Quand les gens doivent choisir entre se nourrir ou payer des factures, ça fait en sorte que l’on voit des choses que l’on ne voyait pas avant à Edmundston», a-t-il indiqué.

«Cet été, ce que l’on a vu apparaitre, ce sont de vrais itinérants au sens propre du terme. Du monde qui n’a aucun toit. Ils dorment dans le bois, sous un porche, dans un cabanon ouvert, dans une maison abandonnée. On en a vu quelques-uns dans notre clientèle.»

Mélinda Michaud, qui est en poste depuis plus de quatre ans à la Banque alimentaire régionale de Grand-Sault, observe aussi de plus en plus de gens en situation d’itinérance.

«Je dois avoir vu au moins quatre sans-abris, juste cet été. Ce n’est pas quelque chose que je voyais avant. Peut-être un par an, pas plus», indique-t-elle.

«Il y a une partie des gens qui viennent de l’extérieur pour s’établir dans le coin, mais ils ne viennent pas tous de loin. Une personne qui a été aperçue en train de dormir dans le bois derrière une maison venait de Saint-Quentin. Des gens lui ont offert une chambre dans leur maison pour un certain temps et ils l’ont aussi apporté à la banque alimentaire», précise-t-elle.

À lire aussi sur l’Acadie Nouvelle : Il vient en aide à une personne sans logis en l’hébergeant dans son cabanon

«La pointe de l’iceberg»

De son côté, l’inspecteur Steve Robinson, de la Force policière d’Edmundston, dit ne pas avoir remarqué une augmentation des interventions auprès de sans-abris, mais il a confirmé que le phénomène existe dans la région.

«Je dirais que l’on a une dizaine d’appels par année. Souvent, ce sont les mêmes personnes. On a aussi des voyageurs qui arrivent ici et qui restent un certain temps. Il y en a aussi de la région qui sont à la rue pour quelconque raison», explique M. Robinson.

«On a trouvé des personnes dans le stationnement municipal au centre-ville, dans les parcs. D’autres essaient d’entrer dans des bâtiments plus abandonnés ou vont dans des endroits isolés», ajoute-t-il.

Pour Céline Ouellette, coordonnatrice du Réseau d’intégration communautaire du Nord-Ouest (RICNO), ce que les gens voient n’est que la pointe de l’iceberg.

Elle estime que l’itinérance se manifeste de façon moins visible dans les régions rurales comme le Nord-Ouest.

«C’est un sérieux problème dans notre coin. On a beaucoup d’itinérance, mais on ne le voit pas. Ce n’est pas comme dans les grosses villes où on va voir ces personnes se promener dans la rue», a affirmé Mme Ouellette.

«Je dirais que l’on a beaucoup de jeunes qui n’ont pas de place à habiter et ils font du “couch surfing”. Ils vont passer une semaine chez un ami et une autre semaine, chez un autre», précise-t-elle.

Bien qu’il n’y ait aucune statistique disponible pour la région, le responsable des relations avec les médias au ministère du Développement social, Robert Duguay, reconnait qu’il existe des cas d’itinérance dans le nord-ouest sous diverses formes.

C’est tellement complexe et vaste. C’est certain qu’il y a du travail social qui se fait pour répondre aux besoins des gens, mais ça varie. On s’adapte selon les régions.

— Robert Duguay, responsable des relations avec les médias au ministère du Développement social

«Dans la région d’Edmundston et du Nord-Ouest, on n’a pas de statistiques comme telles, mais souvent on les rejoint par les organismes communautaires avec lesquels ces gens en situation d’itinérance vont faire affaire», a-t-il poursuivi.

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Un effet du manque de logement 

L’un des problèmes soulevés par les intervenants du milieu est le manque de logements, que ce soit des logements abordables ou des refuges pour sans-abris.

«Il manque des refuges quand ce genre de situation arrive. On n’a pas d’aide plus qu’il faut pour aider les sans-abris, alors on est dans l’obligation de les envoyer dans un emplacement où l’on sait qu’ils vont avoir de l’aide», a mentionné Melinda Michaud.

Dans la plupart des cas, ces gens sont envoyés au refuge le plus près qui se trouve à Fredericton.

Céline Ouellette croit que la pandémie a eu pour effet d’accentuer le problème du manque de logements abordables dans la région.

Je travaille avec des familles qui ont encore de la difficulté à trouver un logement abordable. On a même des gens de la région qui se rendent dans de plus grands centres comme Moncton et qui sont hébergés dans des refuges pour sans-abris. On a aussi des logements qui sont abordables, mais les bâtisses qui les abritent ne sont pas toutes en bon état.

— Céline Ouellette, coordonnatrice du Réseau d’intégration communautaire du Nord-Ouest

Une évaluation pour des logements de transition

Pour sa part, Robert Duguay confirme qu’un projet est à l’étude afin d’établir des logements de transition qui pourraient permettre aux personnes en état d’itinérance de trouver un toit le temps de pouvoir reprendre leur vie en main.

M. Duguay a toutefois indiqué que l’initiative n’est qu’à l’étape d’évaluation.

«Ce n’est pas un projet spécifique en développement, mais c’est une évaluation pour déterminer les possibilités d’aller vers cette avenue-là avec les partenaires. On l’étudie comme une option possible et si ça peut aider à répondre aux besoins dans la région du Nord-Ouest.»

De son côté, la coordonnatrice du RICNO a dit souhaiter que le gouvernement fasse plus d’efforts afin d’offrir des logements plus abordables ou changer les critères d’admissibilités de la Société d’habitation du Nouveau-Brunswick.

«Le cout de la vie a augmenté, l’essence a augmenté, la nourriture a augmenté, mais on ne prend pas souvent ça en considération», a affirmé Céline Ouellette.