le Mercredi 8 Décembre 2021
le Vendredi 12 novembre 2021 12:55 Actualité

Arctique : manger local et soutenir la cuisine autochtone

Des entrepreneur.e.s des trois territoires qui proposent une cuisine concoctée à partir de produits locaux ont émergé ces dernières années. Pour l’organisme EntrepreNorth, le choix du thème culinaire s’est imposé de lui-même.   — Edgar Castrejon – Unsplash
L’AURORE BORÉALE (Yukon) – L’insécurité alimentaire est un problème complexe qui affecte de nombreuses collectivités de l’Arctique. Or, des entrepreneur.se.s des trois territoires qui proposent une cuisine concoctée à partir de produits locaux ont émergé ces dernières années. Pour l’organisme EntrepreNorth, le choix du thème culinaire s’est imposé de lui-même.

Articles de l’Arctique est une collaboration des cinq médias francophones des territoires : les journaux L’Aquilon, l’Aurore boréale et Le Nunavoix ainsi que les radios CFRT et Radio Taïga.

Les noms des onze lauréat.e.s de la quatrième cohorte de l’organisme ont été dévoilés le 6 octobre dernier.

«C’était un choix assez facile, car il y a beaucoup de gens qui veulent acheter et consommer des produits locaux et ainsi soutenir les entrepreneurs autochtones du Nord», indique la gestionnaire de communauté de l’organisme, Xina Cowan.

Les onze participant.e.s sélectionné.e.s ont donc entamé un programme de mentorat de neuf mois qui a débuté ce mois-ci. La situation sanitaire à Yellowknife n’a pas permis aux personnes participantes de se rencontrer et cette première session a dû se tenir en format virtuel, contrairement à ce qui avait été initialement prévu.

Jusqu’au mois de juin 2022, les participant.e.s auront l’occasion de se familiariser avec divers outils liés à l’entrepreneuriat, comme le markéting ou encore la finance. Un curriculum unique a été créé pour ces entrepreneur.se.s du Nord qui doivent faire face à des défis spécifiques dans chaque territoire.

La cuisine autochtone se démarque

Comme le souligne Mme Cowan, le nombre de personnes souhaitant soutenir l’économie locale des territoires ainsi que la cuisine autochtone en consommant des aliments locaux de qualité a nettement augmenté.

«Quand on soutient les entrepreneurs, on aborde beaucoup de problèmes systémiques, comme l’insécurité alimentaire», rappelle-t-elle.

La cuisine rassemble dans les communautés nordiques et la nourriture partagée crée un lien social. Elle tient une place très importante dans la transmission de la culture, notamment par les histoires parfois racontées autour d’un repas.

Pour Kaitlyn White-Keyes, l’une des personnes sélectionnées cette année, un nouveau mode de consommation est en train d’immerger dans un contexte de changements rapides dus au réchauffement climatique. Il n’est maintenant plus aussi nécessaire de s’approvisionner en aliments venant du Sud.

«Il est impératif à l’avenir que les gens aient un plus grand lien avec leur alimentation, pour des raisons de durabilité et d’environnement, mais aussi pour mieux nourrir leur âme et prendre soin d’eux-mêmes», pense-t-elle.

John Niakrok vit à Rankin Inlet au Nunavut, et espère ouvrir son restaurant à l’issue du programme.

Je veux apporter des changements positifs dans la collectivité et proposer une cuisine différente de ce que l’on trouve aujourd’hui – comme des pizzas ou des frites.

— John Niakrok, cuisinier à Rankin Inlet, au Nunavut

Amateur de donair, il souhaite cuisiner et vendre des donairs à la viande de caribou ou de bœuf musqué qui sont chassés sur le territoire.

Teresa Ward vit depuis plusieurs années à Teslin. Originaire de la nation Tlingit d’Atlin, elle est aujourd’hui connue au Yukon pour sa célèbre recette de bannique, le pain typique autochtone.

Si chaque communauté a sa propre recette, la bannique de Teresa Ward est disponible dans plusieurs épiceries de Whitehorse, mais aussi dans les épiceries des collectivités.

Depuis le lancement de son site Internet, elle a fait croitre son marché et vend aujourd’hui partout au Canada et aux États-Unis : «C’est vraiment formidable pour moi d’en savoir plus sur la façon de mieux gérer mon entreprise. L’un de mes rêves est de m’étendre davantage, mais je veux m’assurer d’y aller étape par étape, sans sauter dans le feu de l’action tout de suite.»

Consultez le site du journal L’Aurore boréale

Courtoisies respectives

Les séquelles de la pandémie sur les entrepreneur.se.s

Les différentes éclosions de COVID-19 au Nunavut ont eu des impacts sur certains secteurs d’activités. Nuka Fennell a dû mettre la clé sous la porte et fermer son entreprise de restauration d’Iqaluit au printemps 2020.

«Quand la COVID-19 est arrivée, mon entreprise s’est effondrée. Il n’y avait plus de contrat et je ne pouvais proposer mes services de traiteurs nulle part.»

Pour iel, la nourriture est liée à des souvenirs forts de l’enfance où sa famille élargie se regroupait autour d’un repas. Aujourd’hui, la cuisine représente des valeurs de partage et d’échange dans sa vie.

Nuka Fennell espère pouvoir rouvrir son entreprise à l’issue du programme de mentorat, mais le manque d’infrastructures est une barrière à surmonter. Aucun local ni cuisine professionnelle n’est actuellement disponible à la location dans la capitale du Nunavut, qui traverse une crise du logement depuis plusieurs décennies.