le Mardi 7 Décembre 2021
le Mercredi 3 novembre 2021 10:28 Politique

Heather Stefanson, première ministre du Manitoba : une victoire historique, mais contestée

«Heather Stefanson [en photo] va devoir trouver une manière de collaborer et de construire une relation avec tous les membres du parti», indique Christopher Adams, professeur associé au département de sciences politiques de l’Université du Manitoba. — Ophélie Doireau – La Liberté
IJL LA LIBERTÉ (Manitoba) – La candidate défaite à la direction du Parti progressiste-conservateur du Manitoba Shelly Glover a demandé le 1er novembre une annulation des résultats de la course à la chefferie et la tenue d’une nouvelle élection. Elle conteste les résultats de celle qui a vu Heather Stefanson devenir, le 30 octobre, la nouvelle la cheffe du Parti progressiste-conservateur, et par le fait même la première femme première ministre désignée du Manitoba. Son assermentation a eu lieu le mardi 2 novembre, mais les résultats demeurent contestés par Shelly Glover et ses partisans.

L’avocat de Shelly Glover, Dave Hill, a envoyé une lettre à la lieutenante-gouverneure du Manitoba, Janice Filmon, pour souligner «qu’il semblerait qu’il y ait des irrégularités substantielles dans le décompte des voix, affectant le résultat».

«Je vous demande respectueusement de reporter l’assermentation d’une nouvelle première ministre du Manitoba jusqu’à ce que la Cour se soit prononcée sur cette question», indiquait encore l’avocat de Mme Glover dans la lettre.

Shelly Glover a déposé le mardi 2 novembre sa requête devant les tribunaux, visant à contester la victoire de Heather Stefanson le samedi soir précédent. Mais cette dernière a bel et bien été assermentée ce 2 novembre.

Michel Lagacé, analyste politique et éditorialiste pour La Liberté, commentait la situation avec le peu de détails connus sur le moment : «C’est une situation bien gênante pour la lieutenante-gouverneure, qui se tient généralement loin de la partisanerie.»

Une décision délicate, d’autant plus que lors de son annonce dans la course à la chefferie, Heather Stefanson était soutenue par les ministres actuels du gouvernement.

«Ils vont devoir agir avec un sens de la justice et un véritable doigté pour ne pas créer de situation floue par la suite. C’est la première fois que l’on voit cette situation au Manitoba parce que c’est la première fois qu’une élection se déroule par voie postale», ajoute-t-il.

«Pour que la Cour du Banc de la Reine décide d’écouter l’appel, il faudra prouver qu’il y a eu infractions, soit à la Loi électorale soit à la Loi sur le financement des élections», précise Michel Lagacé.

Contestation officielle

La contestation officielle de Shelly Glover intervient alors que déjà quelques jours avant l’élection, elle faisait savoir qu’au moins 1 200 membres n’avaient pas reçu leurs bulletins de vote.

Marta Guerrero – La Liberté

Dimanche 31 octobre, des partisans de Shelly Glover ont manifesté dans l’après-midi devant le bureau du Parti, pour souligner leur contrariété à la suite de l’annonce des résultats de la course à la chefferie du Parti.

Ils estimaient que le processus de vote était injuste à cause des bulletins de vote qui n’étaient jamais arrivés.

Sur les quelque 26 000 membres du Parti progressiste-conservateur du Manitoba, Tom Wiebe, son président, a déclaré que 16 456 bulletins de vote avaient été comptabilisés le samedi 30 octobre pour l’élection de la nouvelle cheffe du Parti progressiste-conservateur.

Sur ce nombre, 82 étaient annulés et 17 contestés. Heather Stefanson a récolté 8 405 voix, soit 51,1 % des votes, contre 8 042 pour Shelly Glover.

Pour le professeur associé au département de sciences politiques de l’Université du Manitoba, Christopher Adams, qui a donné une entrevue à La Liberté lundi 1er novembre, avant la contestation officielle de Shelly Glover, cette situation pourrait créer une division au sein du parti qui va donner du travail à la première ministre lorsqu’elle prendra officiellement ses fonctions.

Shelly Glover est venue de l’extérieur du parti dans cette campagne. Dès le début, elle faisait campagne pour contester la course à la chefferie. Si elle ne concède pas la victoire, c’est un schéma typique de [sa part]. Mais en même temps, elle a beaucoup de membres derrière elle, donc il y aura un impact sur le parti.

— Christopher Adams, professeur associé au département de sciences politiques de l’Université du Manitoba

Selon ce qu’a annoncé Tom Wiebe, depuis aout dernier, le parti est passé de 5 000 membres à 26 000. Une augmentation significative, mais un défi d’autant plus complexe pour la nouvelle cheffe.

«Heather Stefanson va devoir trouver une manière de collaborer et de construire une relation avec tous les membres du parti», indique-t-il.

Cependant, Heather Stefanson ne devra pas se limiter à rassembler seulement les membres de son parti. La popularité du Parti progressiste-conservateur était en chute dans les sondages au moment où Brian Pallister a décidé de démissionner.

L’enjeu des prochains mois pour Heather Stefanson sera donc de regonfler l’image du Parti auprès de tous les Manitobains dans un contexte sanitaire peu favorable.

Étant principalement restée dans l’ombre de Brian Pallister, elle devra se démarquer du style de leadeurship de l’ancien premier ministre élu.

Il faudra donc que Heather Stefanson commence ce travail plus tôt que tard pour que sa relation avec le Parti soit solide avant d’entrer dans les élections provinciales de 2023.

«Il faut remarquer le travail accompli par Kelvin Goertzen comme premier ministre par intérim. Heather Stefanson devrait regarder à sa manière de diriger. Il y a beaucoup à apprendre de ses décisions», précise Christopher Adams.

«La nouvelle première ministre va devoir travailler avec ses collègues membres de l’Assemblée législative pour être rassembleuse», conclut-il.

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Plaider pour la francophonie

Angela Cassie, la présidente de la Société de la francophonie manitobaine (SFM) reconnait la transition qui s’opère au sein du gouvernement du Manitoba. «C’est un moment historique, Heather Stefanson va être la première femme à devenir première ministre du Manitoba.»

«On veut aller de l’avant avec elle. On est prêt à travailler en collaboration, à la rencontrer et à la sensibiliser sur nos priorités francophones du Manitoba. On pense évidemment aux services en français en santé, à l’immigration. Plus récemment, Heather Stefanson a parlé de relancer l’économie. La SFM est certaine que les francophones auront un rôle dans la relance économique manitobaine», ajoute-t-elle.

Pour faire entendre la voix des francophones, Angela Cassie aura un rôle à tenir au sein du conseil consultatif des affaires francophones.

«Un nouveau greffier, Don Leitch, vient d’être nommé. Et je viens juste de prendre mon rôle de présidente. Avec tous ces changements, le conseil devrait donc se rencontrer soit vers la fin de l’année, soit au début 2022. On travaille sur les dates.»

Angela Cassie souligne :

On aimerait que les personnes leadeuses reconnaissent l’importance du français dans toutes les stratégies et les politiques adoptées par le gouvernement. On veut qu’il y ait une conscience de la réalité francophone en amont.

— Angela Cassie, la présidente de la Société de la francophonie manitobaine (SFM)

«Ce n’est pas seulement la première ministre qui devra avoir cette conscience sur la réalité francophone» appuie encore Angela Cassie.

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