le Mardi 7 Décembre 2021
le Lundi 25 octobre 2021 17:29 Arts et culture

À Winnipeg, un musée veut expliquer la purge LGBTQ+, une «atteinte mal connue du public»

En partenariat avec le Musée canadien pour les droits de la personne et le Fonds Purge LGBT, un conseil consultatif vient de s’établir dans le but de développer des ressources sur l’histoire de la purge LGBT au Canada. — Teddy Österblom – Unsplash
IJL LA LIBERTÉ (Manitoba) – En partenariat avec le Musée canadien pour les droits de la personne et le Fonds Purge LGBT, un conseil consultatif vient de s’établir dans le but de développer des ressources sur l’histoire de la purge LGBT au Canada.

Des années 1950 aux années 1990, des milliers de personnes LGBTQ+ des Forces armées canadiennes, de la Gendarmerie royale canadienne et de la fonction publique fédérale ont vu leur emploi entravé ou cessé à cause de leur orientation sexuelle.

En 2017, le fédéral a présenté officiellement des excuses. Des indemnisations individuelles ont été faites et un fonds pour des projets de commémoration a été pensé.

C’est dans ce contexte que le Musée canadien pour les droits de la personne (MCDP) à Winnipeg a imaginé ce conseil consultatif. Riva Harrison, coprésidente du conseil consultatif, annonce :

Nous voulons créer une exposition au Musée pour 2024 au sujet de la purge. Cette atteinte aux droits de la personne est vraiment mal connue du public.

— Riva Harrison, vice-présidente chargée des relations externes et des mobilisations communautaires du Musée canadien pour les droits de la personne

«Dans le but de nous aider à préparer cette exposition, on a fait appel à des membres de la communauté LGBTQ+, à des survivants de la purge, à des spécialistes des droits de la personne. On a besoin d’entendre leur avis et leur rétroaction sur le développement de cette exposition pour rester pertinent», assure-t-elle.

Travailler à regagner la confiance

«C’est la première étape pour dessiner les lignes directrices des projets que l’on souhaite mettre en place au Musée», ajoute-t-elle encore.

L’exposition devrait ouvrir ses portes en 2024. D’ici là, le MCDP espère mettre en œuvre des programmes.

«On espère avoir des panels de discussions qui peuvent explorer les enjeux liés à cette purge, ou encore des activités pédagogiques pour les écoles. Et l’on souhaiterait vraiment les faire avant 2024. Même si c’est difficile pour l’instant de planifier quoique ce soit en matière d’évènements», souligne-t-elle.

Marta Guerrero

En 2020, le MCDP a été accusé d’avoir délibérément censuré des expositions relatives aux différents genres et orientations sexuelles. Le Musée avait d’ailleurs confirmé que de janvier 2015 à milieu 2017, des écoles et des classes pouvaient demander d’exclure certaines expositions de leur visite.

Depuis, une nouvelle directrice générale a été nommée, Isha Khan, et des recommandations ont été faites par Me Laurelle Harris pour rendre le Musée plus inclusif.

Riva Harrison assure que sans ce travail préliminaire, il aurait été impossible de mettre en place une telle exposition : «Il y a eu et il continue d’y avoir des enjeux de confiance du public envers le Musée à la suite de ces accusations. C’est tout à fait normal.»

Elle explique que «le travail que nous faisons avec cette exposition fait partie d’un plus long processus pour regagner la confiance de tous. Nous avons déjà commencé ce chemin en appliquant les recommandations faites par Me Laurelle Harris.»

Établir des droits fondamentaux

Pour Riva Harrison, cette exposition est une première étape pour dire que ce qui est arrivé au Musée n’arrivera plus : «On veut que les gens sachent que le Musée est un endroit où ils peuvent partager leur histoire sans jugement. Nous allons continuer de travailler à reconstruire la confiance du public envers nous.»

La purge des personnes LGBTQ+ couvre une large période de l’histoire, ce qui va donner au conseil consultatif un travail important à réaliser en amont. 

On parle d’une part significative de l’histoire canadienne, il y a des artéfacts, des témoignages et tellement d’autres encore.

— Riva Harrison

Elle affirme : «On veut être surs et certains de construire cette exposition de la manière dont les survivants et survivantes de cette purge l’ont ressentie. On veut qu’en racontant leurs histoires, les survivants et les survivantes de la purge sentent qu’une certaine justice leur a été rendue.»

«C’est une histoire qui doit être relatée. C’est aussi une manière de célébrer ces personnes qui se sont battues pour assurer des droits fondamentaux à la communauté LGBTQ+, ici, au Canada», conclut-elle.