|
Publié le jeudi 29 juillet 2010
Recensement : Militer pour l’obligation
Rendall Sylvain
OTTAWA – À la suite du passage du ministre de l’Industrie, Tony Clement, bon nombre d’experts se sont déplacés au parlement ce 27 juillet dernier afin de témoigner devant le comité parlementaire de l'industrie, des sciences et de la technologie au sujet du recensement obligatoire.
Une fois les livres fermés, le consensus qui émergeait allait à l’encontre de la thèse émise par les conservateurs et le ministre, qui écarte le questionnaire obligatoire au profit d’un formulaire volontaire. Martin Simard, professeur-chercheur du Département des sciences humaines de l’Université du Québec à Chicoutimi a joint sa voix aux urbanistes et aux géographes canadiens dans le but de démontrer l’importance capitale des statistiques du recensement dans la société. « Les changements apportés par les conservateurs semblent mineurs, mais ils ont des conséquences majeures dans le portrait de la société, des politiques publiques et exercent un impact sur les entreprises privées. Le volontariat dans un sondage du genre introduit un biais statistique dans l’échantillonnage et mine la crédibilité des données éventuelles », a expliqué M. Simard. De son côté, Don McLeish, président de la Société Statistique du Canada, a rappelé que son organisation et lui-même n’ont pas été consultés avant l’annonce du retrait du recensement traditionnel. « Nous aurions donné des conseils aux conservateurs, dont celui qu’un sondage volontaire revêt des effets pervers. Toutefois, bien malin est celui qui peut prédire, avec exactitude, la fiabilité du nouveau questionnaire », a dit M. McLeish. « Pour 2011, nous aurions suggéré un projet pilote, qui aurait accompagné le formulaire obligatoire. En 2016, tout le monde aurait été prévenu et préparé. Or, nous pensons que le mal est fait et qu’une partie des données, à cause de la mauvaise représentation dans le sondage, sera biaisée », a-t-il ajouté. D’ailleurs, un des messages réitérés par plusieurs invite les membres du Parti conservateur à comprendre que certains fragments de la population ne seront pas bien représentés. « Dans le prochain sondage volontaire, les Inuits ne pourront illustrer la réalité qui les entoure. Le recensement sert à comprendre la vie des Inuits ainsi qu’à dresser un parallèle entre les anciennes communautés, celles d’aujourd’hui et celles de demain », a déclaré Elisapee Sheutiapik, membre du conseil Inuit de Tapririit. Mike Lake, député d’Edmonton–Mill Woods–Beaumont, réfutait les arguments de la représentante des Inuits. « Les gens sondés ne peuvent être menacés d’aller en prison pour une question qui cherche à savoir combien de nombres de salles de bain ils ont par ménage », affirmait-il. « Toutes les questions sont importantes pour les minorités. Les Inuits n’ont pas le même nombre de salles de bain ou même de toilettes, ne parlent pas la même langue officielle et n’ont pas la même éducation. Si le formulaire se veut volontaire, peu de gens de notre communauté le rempliront. Il en va de même pour les autres minorités », a répliqué Mme Sheutiapik. « Ce seront des gens de race blanche, bien éduqués, financièrement aisés et qui ont du temps devant eux qui répondront. À l’inverse, les mères monoparentales, qui gagnent peu de sous, qui n’ont pas le temps et qui baragouinent une des deux langues ne s’acquitteront pas de la tâche », a-t-elle conclu.
|











